Charette vint se réfugier deux fois à Montaigu. Sa première fuite fut
causée par une terreur panique, parce que les républicains, sortis des
Sables, s'étaient avancés jusqu'à Palluau, et que l'armée de Beysser
occupait en même temps Machecoul. M. de Royrand le reçut très-mal, et
lui observa assez rudement que du moins il fallait voir l'ennemi avant
de décamper.
Le courroux de M. de Royrand tenait aussi à des causes personnelles; le
poste de Légé évacué, il se trouvait à découvert de sa droite, et il
pouvait être pris entre deux feux.
D'un autre côté, et c'était là le principal motif, l'armée de Charette,
si elle fût demeurée sur son territoire (celui de l'armée Royrand),
pouvait l'affamer dans quelques jours. Ce dernier chef, homme délicat
et probe, était très-avare de réquisitions et nourrissait son armée
au moyen des excursions qu'il faisait sur le pays ennemi, ou avec des
grains qu'on payait en partie avec la caisse prise sur le district
de Montaigu. L'armée Charette eût donc dérangé le système d'ordre et
d'économie, et elle eût même pu amener la disette dans les communes ou
elle se serait répandue. D'ailleurs, stationnée à Montaigu, quel
service pouvait-elle rendre au parti? Et elle laissait à la merci
des républicains les bandes de Savin et de Jolly, qui pouvaient être
facilement coupées.
Le poste de Saint-Colombin était gardé par quatre cents hommes environ,
tirés d'anciens régimens de ligne; celui de Rohan en avait fourni la
meilleure partie. Ce poste fut surpris et fit peu de résistance. La
moitié fut faite prisonnière.
Charette soutint vers ce temps-là un autre combat contre une colonne
sortie de Machecoul, forte de cinq à six cents hommes, et qui vint
l'attaquer à Légé; il la battit complètement et prit les deux pièces de
canon qu'elle avait amenées avec elle. Ce détachement était en partie
composé de Nantais.