IV.

Charette vint se réfugier deux fois à Montaigu. Sa première fuite fut

causée par une terreur panique, parce que les républicains, sortis des

Sables, s'étaient avancés jusqu'à Palluau, et que l'armée de Beysser

occupait en même temps Machecoul. M. de Royrand le reçut très-mal, et

lui observa assez rudement que du moins il fallait voir l'ennemi avant

de décamper.

Le courroux de M. de Royrand tenait aussi à des causes personnelles; le

poste de Légé évacué, il se trouvait à découvert de sa droite, et il

pouvait être pris entre deux feux.

D'un autre côté, et c'était là le principal motif, l'armée de Charette,

si elle fût demeurée sur son territoire (celui de l'armée Royrand),

pouvait l'affamer dans quelques jours. Ce dernier chef, homme délicat

et probe, était très-avare de réquisitions et nourrissait son armée

au moyen des excursions qu'il faisait sur le pays ennemi, ou avec des

grains qu'on payait en partie avec la caisse prise sur le district

de Montaigu. L'armée Charette eût donc dérangé le système d'ordre et

d'économie, et elle eût même pu amener la disette dans les communes ou

elle se serait répandue. D'ailleurs, stationnée à Montaigu, quel

service pouvait-elle rendre au parti? Et elle laissait à la merci

des républicains les bandes de Savin et de Jolly, qui pouvaient être

facilement coupées.

Le poste de Saint-Colombin était gardé par quatre cents hommes environ,

tirés d'anciens régimens de ligne; celui de Rohan en avait fourni la

meilleure partie. Ce poste fut surpris et fit peu de résistance. La

moitié fut faite prisonnière.

Charette soutint vers ce temps-là un autre combat contre une colonne

sortie de Machecoul, forte de cinq à six cents hommes, et qui vint

l'attaquer à Légé; il la battit complètement et prit les deux pièces de

canon qu'elle avait amenées avec elle. Ce détachement était en partie

composé de Nantais.

Mémoires de Mme la marquise de La Rochejaquelein écrits par elle-même · 第 40 / 56 题