19 décembre 1816.

Il m'est impossible de vous dire, Monsieur le Comte, tous les sentimens

dont je suis pénétrée. Je viens de recevoir une lettre de M. le comte

de Gibon qui me transmet celle par laquelle vous lui annoncez que Sa

Majesté daigne confier à la famille de La Rochejaquelein la conservation

des étendards de l'ancienne compagnie des grenadiers à cheval de sa

garde.

Hélas! dans ma douleur profonde, je ne me croyais susceptible d'aucune

consolation. J'ai perdu, pour la cause du roi, tant d'êtres qui

m'étaient chers, que je me trouve, pour ainsi dire, isolée dans le monde

avec mes huit enfans; mais cette marque de bonté de Sa Majesté remet

quelque sentiment de calme dans mon ame flétrie par tant de perles

cruelles, et je sens que je puis jouir encore des témoignages d'estime

et de confiance que Sa Majesté veut bien accorder à la famille de mon

mari.

Ces étendards, nous les conserverons avec orgueil. Veuillez donc,

Monsieur le Comte, déposer aux pieds de Sa Majesté l'hommage de notre

profonde reconnaissance. Je voudrais même, s'il était possible, la

consacrer en quelque sorte, en changeant le support de nos armes, et en

prenant les deux étendards à la place des deux lions; on les réunirait

par une bande, sur laquelle seraient ces mots: _Vendée, Bordeaux,

Vendée_. Cela indiquerait à la fois les différens temps et les différens

théâtres sur lesquels la famille a versé son sang pour son roi. Je vous

prie, Monsieur le Comte, de vouloir bien demander l'autorisation de Sa

Majesté, et lui dire en même temps que tout ce qui peut rappeler à

mes enfans les nobles exemples du dévouement de leur père et de leur

famille, m'occupera jusqu'à mes derniers momens.

J'ai l'honneur d'être, etc.

DONNISSAN DE La ROCHEJAQUELEIN.

Mémoires de Mme la marquise de La Rochejaquelein écrits par elle-même · 第 33 / 56 题