Paris, le 17 avril 1817.
Madame la Marquise,
Vous avez désiré obtenir du Roi de pouvoir joindre aux armes de la
famille de La Rochejaquelein des supports représentant les deux
étendards de l'ancienne compagnie des grenadiers à cheval de sa garde,
en les réunissant par une bande portant ces mots: _Vendée, Bordeaux,
Vendée_. Sa Majesté veut bien me permettre de vous annoncer que s'il
était besoin d'une autorisation pour cet objet, elle la donnerait
volontiers comme une marque du souvenir qu'elle conserve des actes de
dévouement et de fidélité que ces supports et cette devise sont destinés
à rappeler. Vous pouvez donc, Madame la Marquise, profiter, dès qu'il
vous conviendra, du droit que vous donnent les intentions du roi, dans
une circonstance où je me félicite d'en être l'organe auprès de vous.
Agréez, je vous prie, la nouvelle assurance des sentimens respectueux
avec lesquels j'ai l'honneur d'être, Madame la Marquise, votre
très-humble et très-obéissant serviteur,
_Le Directeur général du Ministère, ayant le porte-feuille_,
Comte de Pradel.
_Extraits des lettres de pairie délivrées, le 18 février 1818, en faveur
de Henri-Auguste-George, marquis de La Rochejaquelein, créé pair le 17
août 1815.
...........................................................
.........Prenant, en considération les services signalés de feu le
marquis de La Rochejaquelein, la fidélité et le dévouement à notre
personne de sa famille, à laquelle il nous a plu de confier la garde
des étendards de l'ancienne compagnie des grenadiers à cheval de notre
garde, nous autorisons notredit très-cher, amé et féal marquis de La
Rochejaquelein, son fils, à joindre à ses armoiries, qui sont, savoir,
de sinople, à la croix d'argent, chargée en abyme d'une coquille
de gueule et cantonnée de quatre coquilles d'argent, les supports
représentant lesdits étendards réunis par une bande portant ces mots:
_Vendée, Bordeaux, Vendée._ Et nous concédons à lui et à ses successeurs
le droit de placer ces armoiries et ces supports sur un manteau
d'azur, doublé d'hermine, etc........................
.....................................................
_Lettre de Son Exc. M. le général comte de Goltz, ambassadeur de Sa
Majesté le roi de Prusse, à madame la marquise de La Rochejaquelein._
Paris, le 8 novembre 1817.
Madame,
Les officiers de l'armée prussienne, qui, en 1815, ont contribué Pour la
seconde fois au rétablissement du trône légitime en France, éprouvèrent,
après la lecture des Mémoires intéressans que vous avez publiés, Madame,
sur la guerre de la Vendée, le besoin de rendre un hommage public à la
vertu malheureuse, et d'exprimer par un monument durable l'admiration
dont les avait pénétrés le caractère éminemment loyal et chevaleresque
que MM. de Lescure et de La Rochejaquelein ont déployé dans cette lutte
sanglante. Ils résolurent d'offrir un présent au fils du général de ce
nom qui, ainsi que son frère, trouva une mort glorieuse sur le champ de
bataille, et un second à vous, Madame, l'inséparable compagne de deux
chefs qui se sont illustrés par leurs sentimens et leurs exploits. Mais,
sentant que ce n'était pas le prix de la matière qui devait faire celui
d'un pareil présent; que ce n'était ni de l'or, ni des diamans, dont des
soldats devaient faire hommage au descendant et à la veuve des
guerriers de la Vendée, ils conçurent l'idée d'offrir à M. Henri de La
Rochejaquelein une épée dont les emblèmes feraient tout le prix, et de
vous faire remettre, Madame la marquise, deux candélabres de marbre,
dans le genre de ceux qui ornent le tombeau que la piété conjugale a
érigé, à Charlottenbourg, à celle qui fut à la fois la plus parfaite des
épouses et des mères, et la plus chérie des reines: monument de deuil
sur cette terre et de triomphe dans le ciel.
Je m'estime heureux, Madame, que mes camarades m'aient choisi pour leur
organe, en me chargeant de remettre à M. de La Rochejaquelein l'épée qui
atteste à la fois leur respect pour les vertus guerrières, et la loyauté
des sentimens dont ils sont pénétrés. Je vous prie, Madame, de vouloir
bien me fixer le jour et l'heure où je pourrai remettre cette épée entre
les mains de M. votre fils, en présence des membres de votre famille et
de vos amis.
Les deux candélabres, qui ont été sculptés à Carare, doivent arriver
incessamment à Paris, et je vous demanderai alors la permission, Madame
la Marquise, de vous en faire également hommage.
Veuillez agréer,
Madame la Marquise,
l'assurance de la haute considération avec laquelle j'ai l'honneur d'être,
Madame la Marquise,
Votre très-humble et très-obéissant serviteur,
_Signé le comte de Goltz.
_Réponse de madame la marquise de La Rochejaquelein à M. le général
comte de Goltz, ambassadeur de Sa Majesté le roi de Prusse_.
Paris, le 10 novembre 1817.
Monsieur le Comte,
C'est avec un profond attendrissement, et j'ose ajouter avec un noble et
juste orgueil, que mon fils et moi recevrons les glorieux présens par
lesquels l'armée prussienne se plaît à signaler son estime pour le
généreux dévouement de MM. de Lescure et de La Rochejaquelein à la cause
de leur roi. Certes, il doit être permis à des coeurs français qui n'ont
jamais battu que pour l'honneur et la gloire, de tressaillir en recevant
de tels témoignages de la part de tels guerriers.
Quand vous m'avez annoncé, Monsieur le Comte, les dons que l'armée
prussienne daigne me faire, j'ai cru ma reconnaissance à son comble;
il me semblait que cette marque de bienveillance épuisait toute ma
sensibilité: mais vous m'avez appris que de plus vives émotions
pouvaient encore s'élever dans mon ame, en ajoutant que les candélabres
dont je vais être honorée ont quelque rapport avec ceux qui ornent la
tombe auguste d'une reine dont le monde gardera l'héroïque souvenir,
dont la Prusse pleurera à jamais la perte.
L'histoire, qui racontera tout ce qu'a fait de grand l'armée prussienne
pour affranchir la Prusse, la France et l'Europe, dira aussi que
cette armée, juste appréciatrice de la loyauté, de l'honneur et de la
fidélité, a voulu honorer ces vertus dans la mémoire de ceux qui en
furent les victimes. Il appartenait à des guerriers qui ont fait
triompher la cause sacrée pour laquelle MM. de Lescure et de La
Rochejaquelein ont combattu jusqu'à la mort, d'enrichir leur famille
d'un monument de gloire qui s'y conservera de génération en génération.
Tout le sang des miens est consacré à leur roi; l'épée que vous allez
confier aux mains de mou fils, encore enfant, en lui rappelant vos
exploits et les actions de son père, m'est un sûr garant qu'il se rendra
digne de la porter.
Ces nobles dons, Monsieur le Comte, reçoivent encore plus de prix de la
main qui a bien voulu se charger de nous les offrir: ce sera un nouvel
honneur pour nous de les tenir de votre excellence même. Je voudrais
pouvoir hâter un si beau moment; mais vous avez la bonté de me demander
le jour où je pourrai avoir l'honneur de vous recevoir: c'est avec un
grand regret que je me vois forcée de vous prier d'attendre jusqu'au
jeudi 20 novembre, à cause de l'éloignement de mon fils que je vais
faire venir.
Les hautes leçons que lui donnent de tels gages d'une estime qu'il n'a
pu encore mériter, se joindront aux grands exemples que lui ont laissés
ses parens. Hélas! pourquoi faut-il que sa mère infortunée ait acheté
tant de gloire par d'inconcevables douleurs!
J'ai l'honneur d'être,
avec la plus haute considération,
Monsieur le Comte,
Votre très-humble et très-obéissante servante,
_Signé_ Donnissan, marquise de La Rochejaquelein.