_Paris, le 12 novembre 1816.
«Le Roi, Monsieur le Comte, vous autorise à remettre les étendards de
l'ancienne compagnie des grenadiers à cheval à la famille de feu M. le
marquis de La Rochejaquelein. Ils ne peuvent être confiés à des mains
plus dignes de garder les enseignes qui devaient servir de guides au
courage et à la fidélité.
Recevez, Monsieur le Comte, l'assurance de ma considération distinguée,
etc.
_Signé_ comte de Pradel.»
Paris, le 10 mars 1816.
Madame la Marquise,
J'attendais votre arrivée avec impatience, pour avoir l'honneur de vous
adresser la lettre que j'ai reçue de M. le comte de Pradel, et qu'il m'a
écrite en réponse à celle que je l'avais prié de mettre sous les yeux de
Sa Majesté.
J'en joins ici la copie.
Vous verrez que le roi a daigné favorablement accueillir ma demande,
dictée par le voeu de tous ceux qui ont eu l'honneur de faire partie de
la compagnie des grenadiers à cheval.
Je ne saurais assez vous exprimer combien je me trouve heureux d'avoir à
vous transmettre cette grâce de Sa Majesté.
Je remettrai donc à votre volonté, Madame, les étendards de ce corps,
et nous verrons tous avec une vive satisfaction la famille de
l'incomparable chef qui nous était si cher, en devenir dépositaire.
Vous ne les trouverez pas tout-à-fait semblables à la description que
j'en avais faite dans ma lettre au roi.
Comme ils n'avaient encore été ni bénis, ni reçus; comme ce n'était pas
d'ailleurs la compagnie qui avait été chargée de leur confection, nous
ne les avions pas encore vus, et nous les croyions, d'après des rapports
un peu inexacts, tels que je les avais dépeints.
Mais quand ils nous ont été remis, nous avons remarqué que les deux
côtés représentaient une explosion de grenades avec la devise: _Undiquè
terror, undiquè lethum_, et que les armes du roi étaient seulement
rappelées par des fleurs de lis d'or brodées sur les cravates.
Nous nous sommes de plus assurés, par des recherches positives au dépôt
de la guerre, qu'ils étaient absolument conformes à celui qui fut donné
par Louis XIV à l'ancienne compagnie des grenadiers à cheval, qui a été
supprimée le 1er janvier 1776. J'ai l'honneur, etc.
_Lettre à M. le comte de Gibon, lieutenant-commandant d'escadron de
l'ancienne compagnie des Grenadiers à cheval de la garde-du-corps du
roi, maréchal-de-camp, commandeur de l'ordre royal et militaire de
Saint-Louis._