Vendéens, honneur de la France! rappelez-vous la gloire que vous
avez acquise dans la guerre généreuse que vous avez soutenue pendant
plusieurs années; vous êtes destinés à renverser pour jamais l'empire du
crime et du mensonge, pour mettre la vertu sur le trône légitime. Le
roi vous aime; il n'a pas dépendu de lui de vous mieux traiter: vous le
croirez, puisque je vous le dis.
Le roi cherchait à calmer tous les partis; mais il ne vous a jamais
oubliés.
Je vous apporte des armes et des munitions en abondance; les nations
de l'Europe, pleines d'admiration pour votre courage, vous donnent les
moyens nécessaires pour coopérer au rétablissement de l'autel et du
trône.
Rappelez-vous combien de fois mon frère vous a conduits à la victoire!
Essayant de marcher sur ses traces, je ne ferai que vous répéter ses
paroles, qui surent si bien enflammer vos coeurs généreux: _Si j'avance,
suivez-moi; si je recule, tuez-moi; si je meurs, vengez-moi._
Je ne viens point ici pour allumer le flambeau de la guerre civile et
attirer sur ma noble patrie les maux qui l'ont rendue si célèbre; je
viens par ordre du roi, pour détruire les factieux.
Sachez que Buonaparte affecte de ne pas vous craindre; le monstre
n'ignore pas que votre réveil sera le signal de sa destruction.
Vendéens! rappelez-vous votre antique valeur; ne perdez pas de vue le
titre de peuple de géans: l'usurpateur lui-même vous l'a donné. L'Europe
a les yeux fixés sur vous; elle marche pour vous soutenir. Déjà le crime
frissonne, et sa chute est prochaine. Souvenez-vous de ces paroles
mémorables du roi: _Je devrai ma couronne aux Vendéens!_
Marchons, et que ce cri de l'honneur français nous guide à la victoire;
Vive le roi!
_Signé_
le marquis DE LA ROCHEJAQUELEIN,
_Maréchal-de-camp_.
_Extrait des délibérations du Conseil d'administration de l'ancienne
compagnie des Grenadiers à cheval de la maison du Roi_.
_Séance du 1er août 1816._
Le conseil d'administration assemblé, cejourd'hui 1er août 1816, dans
le lieu ordinaire de ses séances, pour procéder à la liquidation de ses
comptes;
Présens: M. le comte de Gibon-Kérisouet, président; M. le baron Perrot,
M. le comte de Termes et M. le comte de Reynaud;
Considérant que son travail va bientôt être terminé, et que par
conséquent les registres de ses délibérations vont cesser d'être à sa
disposition;
Arrête:
Que la résolution prise par les officiers de la compagnie, la veille
de son licenciement, et dont la teneur suit, sera consignée sur les
registres de ses délibérations.
«Les officiers de la compagnie, profondément affectés de toucher au
terme où ils vont cesser de faire partie de la maison de Sa Majesté:
Plusieurs d'entre eux ayant de plus la douleur de ne pouvoir même faire
partie du 1er régiment de grenadiers à cheval de la garde royale, où va
être incorporée la compagnie; Et tous joignant aux bien vifs regrets de
se voir ainsi séparés de leurs compagnons d'armes, ceux inexprimables
d'avoir perdu leur intrépide chef, qui, comme feu son frère, de si
héroïque mémoire, est allé combattre et mourir pour son roi à la tête de
ses braves compatriotes de la Vendée;
Voulant consacrer à la fois les sentimens de fidélité, d'amour et de
vénération dont ils ne cesseront jamais d'être animés pour Sa Majesté,
et les souvenirs douloureux qu'ils conserveront aussi toujours de la
perte de leur ancien capitaine-lieutenant;
Ont unanimement résolu,
Qu'il sera fait des anneaux portant en dessus, en conformité des
anciens étendards de la compagnie des grenadiers à cheval, une grenade
éclatante, avec la devise: _Undiquè térror, undiquè lethum_; d'un côté
de cette grenade, le mot _Honneur_, et de l'autre celui de _Fidélité_;
en dedans, deux mains réunies, et d'un côté écrit, _le marquis de La
Rochejaquelein_; de l'autre, le nom de l'officier, sous-officier ou
grenadier qui devra porter ledit anneau; et que ces anneaux seront
distribués par le digne frère de feu leur brave capitaine-lieutenant, M.
le comte Auguste de La Rochejaquelein, colonel du premier régiment des
grenadiers à cheval de la garde royale.»
Le conseil, considérant ensuite que les anneaux adoptés ont été
distribués, conformément à la résolution ci-dessus, aux officiers,
sous-officiers et grenadiers de l'ancienne compagnie, et que tous ont de
nouveau juré, en les recevant, de verser tout leur sang pour le service
du roi, à l'exemple de leur valeureux chef, dont les hautes qualités et
le religieux dévouement ne s'effaceront jamais de leur mémoire;
Arrête de plus,
Que son président, M. le général comte de Gibon, sera chargé de faire
parvenir au pied du trône copie de la présente délibération, comme
un nouvel hommage de l'entier dévouement de toute la compagnie des
grenadiers pour le service de Sa Majesté et son auguste dynastie.
Fait et clos en séance, les jour, mois et au susdits, et ont signé:
le comte de Gibon, le baron Perrot, le comte de Termes, le comte de
Reynaud.
Séance du 29 août 1816.
Le conseil d'administration assemblé, cejourd'hui 29 août 1816;
Présens: M. le comte de Gibon, président; M. le baron Perrot, M. le
comte de Termes et M. le comte de Reynaud.
M. le président a déposé sur le bureau la lettre du 28 de ce mois, que
M. le duc de Gramont, capitaine des gardes, lui a adressée, et relative
à la délibération précédente.
Le conseil, considérant que cette lettre est la preuve que son président
a fait toutes les diligences nécessaires pour que la délibération du
conseil soit mise sous les yeux du roi;
Arrête:
Que la lettre de M. le duc de Gramont sera entièrement et littéralement
transcrite ci-après:
Paris, le 28 août 1816.
«Monsieur le Comte,
«J'ai eu l'honneur de mettre sous les yeux du roi la délibération du
conseil d'administration de l'ex-compagnie des grenadiers à cheval de sa
maison militaire, que vous m'avez fait l'honneur de m'adresser.
«Sa Majesté a lu cette délibération avec intérêt; elle m'a chargé de
témoigner au conseil que vous présidez, combien elle est satisfaite
des sentimens qui y sont exprimés, et qu'elle compte toujours sur le
dévouement et la fidélité de ses braves grenadiers à cheval.
«Je me félicite, Monsieur le Comte, d'avoir à vous communiquer les
sentimens du roi pour l'objet de la délibération dont il s'agit; je
saisis avec empressement cette occasion de vous témoigner l'assurance
delà haute considération avec laquelle j'ai l'honneur d'être,
«Monsieur le comte,
«Votre très-humble et très-obéissant serviteur,
Le capitaine des gardes de service,
Signé le duc de Gramont.»
Le conseil, considérant de plus que sa délibération de 1er août, qui
a été mise sous les yeux de Sa Majesté, et la réponse de M. le duc de
Gramont, en date du 28 dudit, contiennent l'expression des sentimens
dont il est pénétré pour la mémoire de feu son capitaine-lieutenant, et
l'approbation flatteuse que le roi a bien voulu y donner;
Arrête;
Que les copies de la délibération et de la lettre de M. le duc de
Gramont seront adressées, par son président, à madame la marquise de La
Rochejaquelein.
Fait et clos les jours, mois et au susdits, et ont signé: le comte de
Gibon, le baron Perrot, le comte de Termes, le comte de Reynaud.
«Madame la Marquise,
Le conseil d'administration de l'ancienne compagnie des grenadiers
à cheval, qui a subsisté jusqu'à ce jour pour la liquidation de ses
comptes, a cru devoir consigner sur ses registres les témoignages de ses
éternels regrets pour le héros que nous pleurons avec vous, et désirer
qu'il fussent mis sous les yeux de Sa Majesté.
M, le duc de Gramont, capitaine des gardes de service, par lequel j'ai
dû lui faire présenter la délibération qui les contient, m'a fait, de
sa part, une réponse si flatteuse, que le conseil d'administration a
pareillement jugé la devoir consigner sur ses registres; mais, de plus,
Madame, il m'a chargé de vous adresser des copies de cette délibération
et de cette réponse.
Quoiqu'il nous en coûte sûrement beaucoup de vous rappeler des souvenirs
si déchirans, et qui feront de nouveau couler vos larmes, nous n'avons
pu résister au désir de vous témoigner que nous ne cesserons jamais
d'y mêler aussi les nôtres, et que tous ceux qui ont fait partie de la
compagnie des grenadiers à cheval, ne cesseront jamais d'être animés des
sentimens de la plus grande vénération et du plus vif attachement pour
tout ce qui porte le nom de La Rochejaquelein.
«Veuillez être persuadée qu'aucun ne peut être plus pénétré que moi de
ces sentimens.
Je suis avec respect,
Madame la Marquise,
Votre très-humble et très-obéissant serviteur,
_Signé_ le comte de Gibon.»
Paris, le 1er août 1816.
«Sire,
Le conseil d'administration de l'ancienne compagnie des grenadiers
à cheval, que j'ai eu l'honneur de présider jusqu'à ce jour,
en remplacement de notre si digne chef feu M. le marquis de La
Rochejaquelein, vient de terminer la liquidation de ses comptes; et
comme il n'aurait plus à se rassembler que dans le cas où, par suite
de leur examen, il lui serait demandé quelques éclaircissemens, c'est
probablement pour la dernière fois que je serai chargé par lui de
solliciter une grâce de Votre Majesté, en mettant à ses pieds l'hommage
de nos respects, de notre fidélité et de notre dévouement.
La compagnie des grenadiers à cheval, conformément à l'ordonnance de son
rétablissement, du 15 juillet 1814, avait deux étendards semblables à
celui de l'ancienne compagnie: ils portaient, d'un côté, les armes
de Votre Majesté; de l'autre, une grenade éclatante, avec la devise,
_Undiquè terror, undiquè lethum_.
Ils nous rappelaient à la fois et notre amour et nos devoirs. Si ces
étendards avaient été bénis, sans doute ils devraient être déposés dans
un des temples de la religion; mais comme ils ne l'avaient point encore
été, nous osons demander à Votre Majesté qu'ils soient déposés dans un
temple de l'honneur, en étant, par ses ordres, confiés à l'illustre
famille de La Rochejaquelein. Nous disons confiés, car ne nous serait-il
pas permis encore d'espérer qu'il pourrait, par la suite, convenir à
Votre Majesté, qui a conservé ses fidèles gardes-du-corps, de rétablir
de nouveau sa compagnie de grenadiers à cheval, qui lui a donné aussi de
si grandes preuves de dévouement et de fidélité, et dont la principale
destination avait toujours été de leur servir d'avant-garde?
Alors quel serait le bonheur de tous ceux qui auraient celui d'être
rappelés pour en faire partie, de retrouver à la fois dans la maison
du héros qui les avait commandés, et leurs étendards, et un autre
La Rochejaquelein pour les guider dans le chemin de la gloire et de
l'honneur!
Je suis, etc.
_Signé le comte de Gibon,
_Maréchal-de-camp,
Commandeur de l'ordre royal et militaire de Saint-Louis,
Chef d'escadron de l'ancienne compagnie des Grenadiers à cheval.»
Paris, le 25 octobre 1816.