Madame de Lucillière avait indiqué de la main au baron Lazarus un
fauteuil dans le fond de la loge, et elle-même, reculant autant que
possible celui qu'elle occupait, avait tourné le dos à la scène.
--Vous avez désiré me voir? demanda le baron, qui paraissait assez mal à
l'aise.
--Oui, monsieur, et j'ai cru remarquer que vous n'accueilliez pas très
favorablement la demande de mon ambassadeur.
--Mais, madame....
--Oh! je comprends très bien que vous ayez eu une certaine répugnance à
revenir dans cette loge qui doit vous rappeler de mauvais souvenirs.
Le baron prit l'air d'un homme qui cherche vainement à comprendre ou à
se rappeler ce dont on lui parle.
Bons ou mauvais, il était évident que les souvenirs auxquels on faisait
allusion étaient sortis de sa mémoire.
--Cette loge? dit-il enfin (car il ne pouvait pas rester bouche ouverte
sans rien dire), cette loge?
--N'est-ce pas dans cette loge, à cette place même, peut-être sur ce
fauteuil, continua la marquise, que vous avez eu avec M. de Lucillière
un entretien dont je faisais le sujet.
--Un entretien, avec M. le marquis, dont vous faisiez le sujet? Mon
Dieu! c'est possible, cependant je ne me rappelle pas du tout de quoi il
était question.
--D'une certaine lettre anonyme.
--Une lettre anonyme?
Et le baron Lazarus parut faire un appel désespéré à sa mémoire.
Mais ce fut en vain, il ne trouva rien à propos de cette lettre anonyme.
--Ne cherchez pas, dit madame de Lucillière avec dédain; je vois que
vous ne trouveriez pas; je vais vous aider. Cette lettre anonyme parlait
d'une petite porte de la rue de Valois.
--Comment? vous savez....
--Le marquis m'a tout dit; il est inutile de paraître ignorer ce que
vous savez parfaitement. De mon côté, je trouve inutile de vous laisser
croire plus longtemps que le prétexte mis en avant pour rompre nos
relations était fondé; la vraie raison de cette rupture était cette
lettre anonyme. Cela ne doit pas vous surprendre, et je présume que vous
le saviez déjà; cependant j'ai tenu à vous le dire.
--Avez-vous pu supposer que je connaissais l'auteur de cette infamie?
--J'ai cru et je crois que l'auteur de cette infamie, comme vous dites,
était vous.
--Madame!
--Oh! pas d'indignation; vous devez sentir que je ne m'y laisserais
pas prendre. Ménagez-vous, réservez vos forces, ne prodiguez pas votre
éloquence en pure perte; vous en aurez besoin bientôt, et vous trouverez
à les employer plus utilement qu'avec moi.
Elle parlait avec une véhémence que le baron ne lui avait jamais vue,
en contenant sa voix cependant de manière à n'être pas entendue
distinctement par les personnes qui se trouvaient dans les loges
voisines; mais la violence même qu'elle se faisait pour se contenir
rendait son émotion plus évidente.
Décidément le baron avait eu tort de se rendre à l'invitation du prince
Seratoff, et il aurait été beaucoup plus sage à lui d'écouter son
inspiration première, qui lui conseillait de rester tranquillement dans
son fauteuil. Comment n'avait-il pas deviné, après la rupture qui avait
eu lieu entre lui et madame de Lucillière, qu'une invitation de celle-ci
ne pouvait être que dangereuse!
Maintenant qu'il avait commis la sottise de se rendre à cette invitation
et de venir dans cette loge, quand et comment en sortir?
Comme il se posait cette question, la porte de la loge s'ouvrit, et le
duc de Mestosa s'avança vivement vers la marquise, en homme heureux de
voir la femme qu'il adore.
Cette visite redoubla l'embarras du baron, car il connaissait madame
de Lucillière et ses habitudes: c'était toujours publiquement qu'elle
s'expliquait avec les gens dont elle croyait avoir à se plaindre, et
elle le faisait avec un esprit diabolique qui lançait des allusions et
les mots acérés d'une façon cruelle. Qu'elle eût tort ou raison elle
arrivait toujours à mettre les rieurs de son côté, et l'on ne sortait de
ses jolies griffes roses que déchiré aux endroits les plus sensibles,
avec des blessures ridicules. Que de fois n'avait-il pas ri lui même de
ses pauvres victimes!
Maintenant c'était son tour de recevoir ces blessures sans pouvoir les
rendre. Il se leva pour céder la place au duc.
Mais de la main elle le retint.
--J'ai à peine commencé la confidence que j'ai à vous faire, dit-elle.
Puis s'adressant au duc de Mestosa, qui restait indécis:
--J'ai une affaire importante à traiter avec le baron, dit-elle;
voulez-vous nous donner quelques minutes encore?
Au moins l'explication n'aurait pas de témoin.
Ce fut ce que le baron se dit avec satisfaction.
--Sachant la vérité au sujet de cette lettre anonyme, continua madame de
Lucillière, vous devez vous demander comment l'idée m'est venue d'avoir
une entrevue avec vous. J'avoue qu'en arrivant ce soir à l'Opéra, je ne
me doutais guère que je vous ferais appeler dans ma loge, et je croyais
bien que toutes relations entre nous étaient rompues. A vrai dire et
pour ne pas m'en cacher, je vous considérais comme mon ennemi, et pour
vous je n'avais d'autre sentiment que ceux d'une ennemie. Vous voyez que
je suis franche.
--Je vois que vous ressentez comme une sorte de joie à affirmer cette
hostilité.
--Parfaitement observé; mais ce n'est pas seulement la joie qui me fait
affirmer cette hostilité; j'obéis encore, en agissant ainsi, à d'autres
considérations plus importantes. Je veux, en effet que cette hostilité
soit bien constatée, bien reconnue par vous, afin que vous ne vous
trompiez pas sur le traité d'alliance que je vais vous proposer.
Cette hostilité d'une part et cette alliance d'une autre, paraissaient
tellement contradictoires que le baron laissa paraître un mouvement de
surprise.
--Quand je me serais expliquée, continua madame de Lucillière,
votre étonnement cessera, et ce qui vous paraît obscur en ce moment
s'éclaircira. Écoutez donc cette explication, qui vous intéresse plus
que vous ne pouvez le supposer, et revenons à la lettre, à votre lettre
anonyme. Vous devez penser qu'il ne m'a pas fallu de grands efforts
d'esprit pour deviner le mobile qui vous a poussé à faire usage de cette
lettre: vous avez voulu amener une rupture entre nous et le colonel
Chamberlain.
--Laissez-moi vous dire, interrompit-il, que vous vous trompez.
--Je ne me trompe nullement. Vous désiriez cette rupture parce que,
interprétant notre intimité selon vos craintes, vous vous figuriez
que, cette intimité rompue, le colonel Chamberlain deviendrait un mari
possible pour votre fille.
L'occasion était trop bonne pour que le baron ne la mit pas à profit: on
attaquait sa fille, il dédaignait de répondre et quittait la place. Il
se leva pour sortir.
Mais la marquise semblait avoir prévu ce mouvement; car, avant qu'il eût
pu faire un pas en arrière, elle lui jeta vivement quelques mots qui
l'arrêtèrent.
--Ce mari impossible alors est possible aujourd'hui, si vous voulez
écouter ce que j'ai à vous dire.
Le baron hésita un moment.
--Si injustes que soient vos accusations, dit-il enfin, notre ancienne
amitié me fait une loi de les écouter jusqu'au bout, pour m'en défendre
et vous montrer combien elles sont fausses.
C'était là une étrange réponse, mais la marquise ne s'en préoccupa pas
autrement. Ce qu'elle voulait, c'était que le baron demeurât, et il
demeurait; le reste lui importait peu.
Elle continua:
--L'histoire de cette lettre anonyme prouve que vous êtes doué de
qualités... est-ce bien qualités qu'il faut dire? enfin peu importe.
Vous êtes donc doué de qualités, puisque qualités il y a, que je ne
possède pas; de plus vous avez, dans le choix des moyens auxquels vous
recourez, une hardiesse d'esprit et une indépendance de... coeur qui,
j'en conviens, peuvent rendre de très utiles services. En un mot, vous
êtes un homme pratique, et voulant le succès, vous ne vous laissez point
empêtrer dans toutes sortes de considérations sentimentales ou morales,
qui sont un fardeau pour quiconque ne sait pas s'en débarrasser. Vous
voyez que je vous rends justice.
Le baron fit la grimace.
--C'est cette... j'allais dire estime, poursuivit madame de Lucillière,
c'est ce cas que je fais de vos qualités pratiques qui m'a donné l'idée
de revenir sur notre rupture et de vous proposer une alliance dans un
but commun, certaine à l'avance que personne n'était capable comme vous
d'atteindre un résultat que je désire et que vous désirerez peut-être
encore plus vivement que moi, quand vous le connaîtrez. Bien entendu,
l'alliance dont je vous parle n'est point une alliance cordiale; c'est
une alliance utile, voilà tout. Vous pouvez me servir, je m'adresse à
vous; je puis vous aider, vous venez à moi. Les sentiments n'ont rien à
voir dans ce pacte, ils restent ce qu'il sont.
--Mais je vous assure....
--Je vous en prie, ne revenons point sur cette question: nos sentiments
personnels n'ont rien à voir ni à faire dans l'oeuvre commune que je
veux vous proposer, ou plutôt c'est parce qu'ils sont ce qu'ils sont que
précisément je vous la propose.
--J'avoue encore une fois, madame, que je ne comprends rien à ces
paroles; aussi avant de savoir si je puis vous prêter mon concours,
je vous prie de me dire ce que vous attendez de moi et quel but vous
poursuivez.
--Le but, empêcher le colonel Chamberlain de devenir le mari de
mademoiselle Belmonte; le concours, chercher les moyens, les trouver, de
rompre ce mariage, qui est à la veille de se faire. Vous voyez que rien
n'est plus simple.
--Ce mariage est à la veille de se faire! s'écria le baron.
--A la veille est une façon de parler pour dire prochainement: l'époque
à laquelle il doit avoir lieu, je ne la connais pas. Tout ce que je
sais, c'est que le prince Mazzazoli, accompagné de sa nièce, a été
rejoindre le colonel en Suisse, où celui-ci s'était retiré en quittant
Paris; que là Carmelita ou le prince, je ne sais lequel des deux, tous
deux peut-être, ont trouvé moyen d'obtenir une promesse de mariage du
colonel, et qu'ils sont revenus tous ensemble à Paris. Existe-il des
moyens pour rompre ce mariage, je n'en sais rien; mais, comme j'ai de
bonnes raisons pour être convaincue que vous désirez cette rupture non
moins vivement que moi, je m'adresse à vous pour que vous les cherchiez
de votre côté, tandis que je les chercherai du mien. Sans doute j'aurais
pu agir seule, mais je vous ai expliqué tout à l'heure que je vous
reconnaissais des qualités que je n'ai pas, de sorte que je n'ai pas
hésité à vous demander votre concours, en même temps que je vous
proposais le mien. Il est certain que nous n'agirons pas de la même
manière; voilà pourquoi, à deux, nous serons beaucoup plus forts.
Acceptez-vous.
Le baron hésita assez longtemps avant de répondre.
--Il est évident, dit-il enfin, qu'il serait tout à fait regrettable de
voir un homme tel que le colonel épouser mademoiselle Belmonte.
--N'est-ce pas? J'étais sûre que ce serait là votre cri.
--J'ai pour ce cher colonel la plus vive amitié; je l'aime comme un
fils, et il me semble que c'est un devoir d'empêcher, si cela est
possible, un mariage qui certainement le rendrait malheureux. Ce brave
colonel vient de loin, de très loin; il ne connaît pas les dessous de la
vie parisienne.
--Il faudrait les lui montrer.
--Tout en reconnaissant le mérite du colonel, on peut dire qu'il y a en
lui une certaine naïveté qui l'expose à être dupe quelquefois de ceux
qui l'entourent. J'ai été témoin de sa confiance et de sa foi.
Ce fut à la marquise de faire un mouvement qui prouva que le coup du
baron avait porté.
--Il se laisse facilement tromper par son coeur: c'est une qualité sans
doute, mais qui nous expose souvent à de fâcheuses déceptions. Je crois
donc que dans les circonstances qui nous occupent, il aura été victime
de sa confiance et de son coeur. Mademoiselle Belmonte n'est pas du tout
la femme qui lui convient, lui si droit, si franc, si tendre, car il est
très tendre.
--Mille raisons rendent ce mariage impossible.
--Ce n'est pas avec des raisons qu'on ouvre les yeux d'un homme aveuglé
par la passion, et sans doute le colonel aime passionnément la belle
Carmelita. Savez-vous s'il l'aime passionnément?
Le baron posa cette question avec sa bonhomie ordinaire, en regardant la
marquise.
--Je ne sais pas.
--Vous ne savez pas? Moi non plus; mais je trouve cette passion
probable. Carmelita est assez belle pour l'avoir inspirée; pour moi, je
ne connais pas de femme plus belle, et vous?
--Peu importe.
--Il me semble qu'il importe beaucoup; car c'est très probablement cette
beauté qui fait sa toute-puissance. Sur cette beauté, nous ne pouvons
rien, ni vous ni moi.
--Ce n'est pas avec sa beauté qu'une femme retient un homme.
--Je n'ai aucune expérience dans les choses de la passion, et je
m'en remets pleinement à vous; je veux dire seulement qu'il est bien
difficile de détruire l'influence que Carmelita doit à sa beauté,
surtout avec un homme tel que le colonel, qui est fidèle dans ses
attachements. Croyez-vous qu'il soit fidèle?
--Je ne sais pas.
--Moi, je crois, et il me semble qu'il n'y aurait qu'une arme qui
pourrait agir efficacement sur lui.
--Laquelle?
--Celle qui sert toujours dans ces sortes de situations si épris que
soit un amant, il s'éloigne de celle qu'il aime lorsqu'on lui donne la
preuve qu'il est trompé. Quelque chose vous fait-il supposer que le
colonel serait homme à s'obstiner dans sa passion, malgré une preuve de
ce genre?
Décidément le baron prenait se revanche, et la marquise sentit que, par
le fait seul de l'association qu'elle venait de lui proposer, elle lui
avait permis de redresser la tête: il était utile, il profitait de sa
position.
--Avant de savoir si le colonel s'obstinerait ou ne s'obstinerait
pas dans sa passion, sittelle après un court moment de réflexion, il
faudrait savoir si cette preuve dont vous parlez peut être fournie, et
pour moi je l'ignore.
--Je l'ignore aussi.
--C'est donc ce qu'il faudrait chercher tout d'abord, il me semble.
--Et comment le découvrir? Une jeune fille qui aurait un amant ne
conduirait pas ses amours comme certaines femmes qui se font un
piédestal de leurs fautes. Car il y a de ces femmes, n'est-ce pas, dans
le monde parisien, même dans le meilleur?
--Je n'ai jamais dit que mademoiselle Belmonte pouvait se trouver dans
ce cas, bien au contraire.
--Et moi non plus, je vous prie de le bien constater.
--J'ai dit qu'il pouvait exister certaines raisons de nature à rompre
son mariage; j'ai dit qu'on pouvait, en cherchant habilement, trouver
peut-être des moyens pour arriver à ce résultat, et c'est ce que je
répète, sans vouloir entrer dans le détail de ces raisons ou de ces
moyens. Si vous en trouvez qui vous conviennent, je crois que vous en
userez, sans qu'il soit besoin de nous entendre; si de mon côté j'en
trouve qui ne soient pas en désaccord avec mes sentiments ou mes
habitudes, j'en userai aussi. Cependant, puisque nous formons une
association en vue de ce résultat, il peut être bon que nous nous
concertions quelquefois; ma porte vous sera ouverte quand vous vous
présenterez.
Le baron se leva:
--J'aurai donc l'honneur de vous revoir, madame la marquise.
--Au revoir, monsieur le baron.
Il sortit de la loge.
Le duc de Mestosa attendait sans doute ce départ dans le corridor, car
la porte n'était pas fermée qu'elle se rouvrit devant lui.
--Une nouvelle, dit-il en se penchant vers la marquise, que tout le
monde répète.
Madame de Lucillière leva les yeux sur lui, il paraissait radieux.
--Et vous voulez la répéter aussi? dit-elle; malheureusement pour vous,
je la connais, votre nouvelle. Le colonel Chamberlain épouse Carmelita,
n'est-ce pas? C'est cela que vous voulez m'apprendre?
--Il est vrai.
--Et c'est pour cela que vous paraissez si joyeux Eh bien! mon cher,
cette joie est une injure pour moi; cachez-la donc, je vous prie, et
tâchez de prendre un air indifférent.
--Ce mariage vous peine donc bien vivement?
--Ce que vous dites-là est une nouvelle injure, et de plus c'est une
niaiserie. Ce mariage ne me peine ni me réjouit. Ce qui me fâche, c'est
de vous voir montrer une joie qui prouve que vous n'avez jamais ajouté
foi à mes paroles, que vous avez toujours et malgré tout persisté
dans vos soupçons ridicules; si bien qu'aujourd'hui vous éclatez de
satisfaction à l'annonce de ce mariage. Ce que je vous ai dit n'a servi
à rien; il vous fallait une preuve, ce mariage vous la donne. Eh bien!
mon cher, cela me blesse et me fâche. Faites-moi donc le plaisir d'aller
porter ailleurs votre joie triomphante, ou plutôt cachez-la aux yeux des
gens qui se moqueraient de vous.
--Mais....
--Je désire être seule. Cette nuit, vous réfléchirez, et demain matin
sans doute vous aurez compris; s'il vous faut plusieurs jours, ne vous
gênez pas, prenez-les.
Et le duc sortit la tête basse, beaucoup moins fier qu'il n'était entré.
Mais madame de Lucillière ne resta pas seule, comme elle le désirait.
Après le duc de Mestosa, ce fut le prince Seratoff qui vint lui faire
visite; puis, après le prince, ce fut lord Fergusson. Tous entrèrent
avec l'air triomphant qu'avait eu le duc de Mestosa.
Tous sortirent, la tête basse, comme le duc était sorti.
Car à tous elle fit la même réponse qu'au duc.
Seulement elle la fit plus âpre et plus mordante; car la répétition de
la même nouvelle, qu'on venait lui communiquer avec des attitudes de
vainqueur, l'avait exaspérée.
Mais elle n'eut pas à subir ces seules visites: ce qui cependant, dans
l'état nerveux où elle se trouvait, était bien suffisant.
Dans l'entr'acte, sa loge ne désemplit pas: ce fut un défilé, une
procession; tout ce qu'elle avait d'amis et surtout d'amies dans la
salle voulut se donner la joie de venir lui annoncer la grande nouvelle.
--Eh bien! le colonel Chamberlain se marie donc?
--Avec la belle Carmelita! Qui s'en serait jamais douté?
--Savez-vous la date précise de ce fameux mariage?
A ces visiteurs, elle ne pouvait pas répondre comme elle l'avait fait
avec le duc de Mestosa ou avec lord Fergusson.
Il fallait sourire, bavarder, parler pour ne rien dire.
De même, il fallait encore qu'elle gardât continuellement ce sourire
et ne s'abandonnât pas aux sentiments qui la troublaient; car, dans la
salle, tous les yeux étaient dirigés sur elle.
Et, quand un nouvel arrivant apprenait la grande nouvelle du mariage du
colonel Chamberlain, son premier mouvement était de chercher avec sa
lorgnette la loge de madame de Lucillière.