--Mais nous n’avons pas de grenier! Et nous n’avons pas de tableaux de
Lucienne, nulle part!...
Mais sa femme qui commence à comprendre, lui dit:
--Tais-toi... Ne fais pas l’idiot.
Ça y est... «Ne fais pas l’idiot!»... Le mot d’Adèle.
D’ailleurs M. Wallstein s’explique:
--Les tableaux, je les ferai faire... Dans notre profession, c’est un
procédé courant.
Ces gens-là sont répugnants au point de dégoûter un assassin.
Mais la porte du cabinet du juge d’instruction s’est ouverte. Il
appelle:
--Monsieur Legrand!
Consciente de ses droits, Mme Pelletier proteste à mi-voix:
--Nous sommes arrivés avant lui.
--Ce monsieur doit être convoqué pour une autre affaire, fait d’un ton
conciliant M. Wallstein, qui appartient à une race dont la patience est
la suprême vertu.
M. Desrumeaux, le juge d’instruction, n’est pas tel que je l’imaginais.
Ce qui me surprend surtout en lui, ce sont ses yeux ternes, qui manquent
tout à fait de vivacité et d’acuité. Il me semblait que le regard d’un
juge devait pénétrer jusqu’au fond de l’âme de ceux qu’il interroge. Je
me sens fort à l’aise.
M. Desrumeaux commence par s’excuser de m’avoir dérangé, mais il a
pensé, ayant appris mes relations étroites avec la victime, que je
pourrais lui donner des renseignements utiles.
Il s’excuse encore de me demander, touchant mon état-civil, des
précisions indispensables que note son greffier.
--Vous êtes marié, monsieur? fait-il d’un ton où je crois deviner une
nuance de réprobation.
--C’est-à-dire, monsieur le juge, que je croyais être marié. La réalité,
je ne l’ai jamais été...