LAGARDE.

A dater de ce jour, Lagarde ne donna plus signe de vie. Quand il revint

sain et sauf à Paris, l'archevêque son maître était tombé sous les

balles de la Roquette.

Que vais-je faire de ces pièces, intéressantes pour l'histoire future?

Je décide de les remettre à Flotte.

Je rencontre Flotte chez lui, dans son petit hôtel meublé de la rue de

la Huchette.

Nous descendons tous deux. La rue Saint-Séverin est à deux pas. Nous

entrons chez Glaser.

Personne.

Quel contraste avec les bruyantes tablées d'il y a quelques jours!

Où sont les uniformes, les galons, les écharpes rouges?

Nous nous asseyons, silencieux, le cœur serré.

Je remets à Flotte les lettres de l'archevêque et le billet de Lagarde.

--Je te les rendrai--me dit le vieux camarade--quand nous nous

reverrons...

Je ne revis jamais Flotte.

Je ne devais plus, depuis cette matinée du 24 mai 1871, franchir la

petite porte, aux barreaux de bois peint en vert, de la brasserie de la

rue Saint-Séverin--de chez Glaser, comme nous disions.[198]

[198] Glaser mourut en janvier 1871, victime de l'épidémie de petite

vérole qui sévit en ces jours déjà si lugubres. Nous le conduisîmes

au cimetière Montparnasse. Pendant que l'un de nous prononçait, sur

le bord de la fosse, quelques paroles d'adieu au vaillant camarade

(Glaser était capitaine dans un bataillon de marche de la garde

nationale), un obus éclata tout près au milieu des tombes.

Mes cahiers rouges au temps de la Commune · 第 55 / 109 题