malgré quelques caractères communs, comme la présence de nombreuses
plantes cosmopolites ; c’est pourquoi nous aurons l’occasion
d’en reparler dans le chapitre IV.
§ 1. OASIS PROPREMENT DITES. — Dans ce paragraphe nous tenons
compte surtout d’Aïn-Sefra, de Tiout et de Mograr Foukani que nous
avons visités en détail. Parmi les espèces les plus déterminantes
au point de vue de la physionomie il faut citer : les palmiers,
les tamaris et, en nombre plus restreint, les lauriers-roses et les
peupliers. A Aïn-Sefra ces derniers ont été plantés, je crois.
Sous ces arbres on cultive, en les irrigant, toutes sortes de
légumes : cardons, oignons, pommes-de-terre, tomates, fèves, etc. ;
des arbres fruitiers : pommiers, abricotiers, figuiers ou même
cerisiers, et des céréales : de l’orge ordinairement (V. Pl. I,
fig. 1 et Pl. II, fig. 3).
Dans les oasis presque abandonnées comme Tiloula, les cultures
sont beaucoup plus restreintes, les dattiers moins nombreux et les
lauriers-roses en plus grande quantité ; il s’y ajoute des betoums
(_Pistacia atlantica_). Parmi les cultures, au bord des ruisseaux
d’irrigation, dans le terrain marécageux, les espèces suivantes
forment des associations ressemblant à celles de toutes nos mares
européennes (V. Pl. II, fig. 2).
Dans les flaques d’eau sont de véritables Scirpaies :
_Scirpus Holoschœnus_ L.
_Cyperus rotundus_ L.
_Juncus bufonius_ L. v. _hybridus_ Coss. et Dur.
_Apium nodiflorum_ Reich.
et comme espèces plus petites :
_Juncus maritimus_ Lam. v. _arabicus_ Asch. et Buch.
_Juncus Fontanesii_ J. Gay.
Dans le terrain marécageux, mais non inondé, sont des Cariçaies
(fort pauvres en _Carex_ du reste), entourant les Scirpaies ; les
espèces que nous y avons relevées sont :
_Veronica Anagallis_ L.
_Carex divisa_ Huds.
_Samolus Valerandi_ L.
_Polypogon monspeliense_ Desf.
_Equisetum ramosissimum_ Desf.
_Pulicaria inuloides_ DC.
_Festuca elatior_ L. subsp. _arundinacea_ Hackel v. _genuina_
Hackel et v. _Fenas_ Hackel.
_Oryzopsis miliacea_ Batt. et Tr.
Dans le sable humide au bord des ruisseaux, mais à une plus grande
distance de l’eau encore, se pressent les espèces suivantes dont
la majorité est toujours cosmopolite comme chez les précédentes,
mais avec des variétés particulières relevant d’espèces à aire
plus restreinte. Ce sont :
_Lotus corniculatus_ L. (sous deux formes assez particulières).
_Sonchus maritimus_ L.
_Launæa resedifolia_ O. Kuntz. v. _viminea_ Hochr.
_Euphorbia terracina_ L. v. _trapezoidalis_ Hochr.
_Senecio coronopifolius_ Desf. v. _oasicola_ Hochr.
_Convolvulus arvensis_ L.
_Cynodon Dactylon_ Pers.
_Melilotus indica_ All.
_Spergularia media_ Pers.
_Frankenia pulverulenta_ L.
_Alsine geniculata_ Hochr.
_Astragalus cruciatus_ Link.
_Brachypodium distachyum_ P. de Beauv. v. _genuinum_ Willk. et Lange
et enfin dans les endroits plus secs :
_Chenopodium murale_ L. v. _microphyllum_ Boiss.
Dans les mares des points d’eau, comme dans celles des oasis,
se trouve une association de plantes flottantes ou submergées ;
ce sont, à part les algues vertes et les _Characées_ indiquées
dans notre liste de cryptogames :
_Lemna minor_ L.
_Potamogeton natans_ L.
_Zannichellia palustris_ L.
Faisant abstraction des dattiers et des peupliers qui peuvent être
considérés comme cultivés, on pourra voir que cette association
des oasis où nous avons noté trente-six espèces, se compose :
A. De plantes cosmopolites ou répandues tout autour de la
Méditerranée et dans l’Europe centrale[5]. Telles sont, par
exemple : _Veronica Anagallis_, _Scirpus Holoschœnus_, _Samolus
Valerandi_, _Potamogeton natans_, etc. ; en tout vingt-deux espèces,
c’est-à-dire 61 %.
B. D’espèces répandues tout autour de la Méditerranée ;
exemples : _Frankenia pulverulenta_, _Brachypodium distachyum_
v. _genuinum_, _Polypogon monspeliense_, etc. ; en tout huit espèces,
c’est-à-dire 22 %.
C. D’espèces méditerranéennes sous forme de variétés spéciales
à aire très restreinte : _Astragalus cruciatus_ v. _polyactinus_,
connu en Algérie et en Espagne seulement. _Senecio coronopifolius_
v. _oasicola_ var. nov. _Euphorbia terracina_ var. _trapezoidalis_ ;
en tout trois, environ 8 %.
D. D’espèces répandues en Barbarie et en Orient : _Pulicaria
inuloides_, _Chenopodium murale_ v. _microphyllum_, deux seulement,
environ 6 %.
F. Une seule plante possédant une aire occidentale, c’est le
_Launæa resedifolia_ v. _viminea_.
§ 2. POINTS D’EAU. — Visités d’une façon plus spéciale :
Tircount, Bellef Loufa, Duveyrier (Voy. Pl. IV, fig. 5). Les espèces
qui donnent la physionomie sont ici : les _lauriers-roses_[6] ou les
_tamaris_, ou les deux mélangés, formant parfois de petits bois
ombreux au sol humide, où l’on rencontre à côté d’un certain
nombre des cosmopolites déjà mentionnés à propos des oasis,
une série d’autres formes à aire restreinte.
Cette association se compose de :
_Festuca elatior_ L. v. _Fenas_ Hack., cosmopolite ou tout au
moins circumméditerranéen.
_Cyperus lævigatus_ L., cosmopolite ou tout au moins
circumméditerranéen.
_Solanum nigrum_ L., cosmopolite ou tout au moins
circumméditerranéen.
_Telephium Imperati_ L., cosmopolite ou tout au moins
circumméditerranéen.
_Chenopodium foliosum_ Asch. et Græb., cosmopolite ou tout au
moins circumméditerranéen.
_Frankenia pulverulenta_ L., cosmopolite ou tout au moins
circumméditerranéen.
_Polypogon monspeliense_ Desf., cosmopolite ou tout au moins
circumméditerranéen.
_Juncus Fontanesii_ J. Gay, cosmopolite ou tout au moins
circumméditerranéen.
_Spergularia diandra_ Heldr. et Sart., cosmopolite ou tout au
moins circumméditerranéen.
_Herniaria cinerea_ DC., cosmopolite ou tout au moins
circumméditerranéen.
_Calendula ægyptiaca_ Pers.[7], cosmopolite ou tout au moins
circumméditerranéen.
_Matthiola oxyceras_ DC. v. _oasicola_ Hochr., plante spéciale
à la région.
_Plantago Coronopus_ L. v. _oasicola_ Hochr., plante spéciale
à la région.
_Filago spathulata_ Presl. v. _oasicola_ Hochr., plante spéciale
à la région.
_Hedypnois cretica_ Willd., v. _oasicola_ Hochr., plante spéciale
à la région.
_Erucastrum varium_ Durieu v. _montanum_ Coss., plante spéciale
à la région.
_Muricaria Battandieri_ Hochr., v. _subintegrifolia_ Hochr.,
plante spéciale à la région.
_Crambe Kralikii_ Coss., plante spéciale à la région.
_Erucaria uncata_ Boiss., à dispersion orientale.
_Pulicaria inuloides_ DC., à dispersion orientale.
_Anacyclus cyrtolepidioides_ Pomel, à dispersion orientale.
_Scabiosa monspeliensis_ Jacq.[8], à dispersion occidentale,
auxquels on pourrait ajouter encore la plupart des cosmopolites des
oasis et en tous cas les plantes submergées énumérées plus haut.
Autour des tamaris et des lauriers-roses se trouvent toujours quelques
cultures, parfois très restreintes, de plantes herbacées. Les
palmiers comme les grands arbres manquent dans ces endroits. Comme
on vient de le voir, dans les points d’eau ce sont aussi les
cosmopolites qui dominent (52 %) ; les plantes spéciales sont en
plus grand nombre (30 %), et nous retrouvons aussi quelques espèces
à dispersion orientale (13 %) et une seule à dispersion occidentale.
§ 3. SOURCES DE MONTAGNE. — Au milieu de la région boisée, on
rencontre des sources donnant naissance à de minuscules prairies plus
ou moins marécageuses ; et l’on y rencontre de nouveau l’élément
cosmopolite ou plus ou moins circumméditerranéen déjà mentionné ;
exemple :
_Veronica Anagallis_ L.
_Scirpus Holoschœnus_ L.
_Sonchus asper_ Hill.
_Ranunculus macrophyllus_ Desf. v. _macrophyllus_ Hochr.
_Scrophularia canina_ L.
_Sideritis montana_ L. v. _ebracteata_ Briq.
_Lamium amplexicaule_ L.
mélangés à des espèces occidentales en beaucoup plus grand nombre :
_Asphodelus cerasifer_ Gay.
_Rosa Pouzini_ Trattinick.
_Nepeta Nepetella_ L. v. _amethystina_ Briq.
_Marrubium supinum_ L.
et une variété un peu spéciale :
_Populus alba_ L. v. _integrifolia_ Ball (Voy. Pl. XIII, fig. 20,
2me plan).
Malgré l’humidité constante, jamais il ne se forme quoi que ce
soit qui ressemble à une tourbière.
§ 4. CONCLUSION. — Comme on le voit, ces associations des oasis et
points d’eau ont un caractère trivial très marqué. En ne tenant
pas compte des sources de montagne dont les affinités occidentales
résultent de leur position à une altitude déjà considérable,
la proportion des espèces _plus ou moins cosmopolites ou du moins
circumméditerranéennes_ est de 71 % de l’ensemble des espèces
observées. La grande majorité de ces espèces ne se rencontre que
dans les endroits humides ; en dehors du Tell on ne les trouve donc
que là où il y a de l’eau, et je crois que ce n’est pas trop
s’avancer en attribuant leur dissémination aux cultures et au
bétail, c’est-à-dire à l’influence de l’homme.
Le second élément de ces associations — les plantes que nous
nommerons _oasicoles_ — est formé par les _espèces empruntées aux
associations voisines_ : le steppe ou la montagne. Parmi ces espèces,
les unes sont si profondément modifiées par le milieu qu’elles
constituent des variétés particulières, les autres ne sont pas
transformées, mais elles sont plus exubérantes.
Au nombre des premières sont plusieurs variétés décrites par nous
sous le nom d’_oasicola_ ; elles se distinguent presque toutes par
leur port très allongé, leurs grandes fleurs, leurs grandes feuilles
et leur glabrescence.
Ces oasicoles constituent à peu près le 28 % de
l’association. Elles comprennent, sous des formes spéciales ou
sous des formes typiques :
_a_) des espèces méditerranéennes comme le _Filago spathulata_,
l’_Hedypnois cretica_, etc.
_b_) des plantes particulières à l’Algérie ou à la Barbarie
comme : _Crambe Kralikii_, _Muricaria Battandieri_, etc.
_c_) des espèces à dispersion orientale, en petit nombre,
exemple : _Erucaria uncata_, _Chenopodium murale_ v. _microphyllum_,
etc. (env. le 7 % de l’ensemble des espèces observées).
_d_) trois plantes seulement à dispersion occidentale : _Scabiosa
monspeliensis_, _Launæa resedifolia_ O. Kuntz. var. _viminea_ Hochr.,
_Astragalus cruciatus_ Link var. _polyactinus_ Hochr.[9].
Ces oasicoles étant empruntées aux associations voisines, il
n’est pas difficile de se représenter que leur dissémination
à courte distance a lieu par des moyens quelconques, le vent plus
spécialement. La seule difficulté qui pourrait s’élever, serait
au sujet de notre série _d_ (à dispersion occidentale), mais nous
verrons qu’on peut expliquer facilement sa présence par la migration
des flores.
Le troisième élément, qui se réduit à une seule espèce
particulière aux oasis et points d’eau, mais à dispersion
exclusivement orientale, est constitué par le _Pulicaria
inuloides_. Cette aire est assez bizarre chez une plante de cette
sorte et nous ne nous l’expliquons pas pour le moment.
* * * * *
CHAPITRE II
=Les dunes.=
La végétation des dunes est uniforme et nous ne saurions distinguer
plusieurs modes comme dans le chapitre précédent. Cette association
revêt en somme la forme steppique, c’est-à-dire qu’elle est
formée de touffes plus ou moins isolées (Voy. Pl. IV, fig. 6) les
unes des autres. Seulement ces touffes sont resserrées et en grande
quantité au pied de la dune, où les espèces sont aussi les plus
nombreuses (Voy. Pl. V, fig. 7). Plus on s’élève au contraire,
plus les touffes vont s’espaçant, plus les espèces deviennent
rares, jusqu’à ce qu’enfin on arrive dans la partie dénudée
où, dans une véritable mer de sable mouvant, on n’aperçoit plus
qu’à de grandes distances quelques plants d’_Aristida pungens_
(Voy. Pl. V, fig. 8)[10].
Toutes les espèces des dunes présentent des adaptations
particulières à la vie dans le sable. Signalons à la hâte les
suivantes : racines démesurées, plongeant dans le sol, rhizomes
très longs se ramifiant en tous sens, racines couvertes sur toute
leur surface et sur toute leur longueur d’un épais tomentum de
poils absorbants (ce qui est le cas particulièrement pour toutes
les _Graminées_ des sables), etc.
A part deux ou trois buissons ne dépassant pas trois mètres de haut
(_Genista Rætam_, _Saharæ_ et _sphærocarpa_)[11], la végétation
des dunes est herbacée ; l’association observée par nous se
compose des espèces suivantes :
_Aristida pungens_ Desf., depuis l’Algérie jusque dans
l’Orient méridional.
_Genista Rætam_ Forsk., depuis l’Algérie jusque dans l’Orient
méridional.
_Cleome arabica_ L., depuis l’Algérie jusque dans l’Orient
méridional.
_Cyperus conglomeratus_ Rottb., depuis l’Algérie jusque dans
l’Orient méridional.
_Bassia muricata_ All., depuis l’Algérie jusque dans l’Orient
méridional.
_Argyrolobium uniflorum_ Jaub. et Spach, depuis l’Algérie
jusque dans l’Orient méridional.
_Hippocrepis bicontorta_ Loisel. v. _sinuosissima_ Pomel[12],
depuis l’Algérie jusque dans l’Orient méridional.
_Echinops spinosus_ L., répandu en Barbarie depuis le Maroc
jusqu’en Orient.
_Atractylis flava_ Desf. v. _citrina_ Hochr., répandu en Barbarie
depuis le Maroc jusqu’en Orient.
_Astragalus Gombo_ Coss. et Dur., répandu en Barbarie depuis le
Maroc jusqu’en Orient.
_Onopordon arenarium_ Pomel[13], répandu en Barbarie depuis le
Maroc jusqu’en Orient.
_Genista Saharæ_ Coss. et Dur., connu en Algérie et en Tunisie.
_Eremobium ægyptiacum_ Hochr. v. _longisiliquum_ Hochr., connu
en Algérie et en Tunisie.
_Euphorbia calyptrata_ Coss. et Dur., connu en Algérie, etc.
» _Guyoniana_ Boiss. et Reut., connu en Algérie, etc.
_Convolvulus supinus_ Coss. et Kral., du Maroc à Tripoli.
_Thymelæa microphylla_ Coss. et Dur., du Maroc à Tripoli.
_Rumex tingitanus_ L. v. _lacerus_ Batt. et Tr., du Maroc en
Tunisie.
_Eruca sativa_ Lam. v. _stenocarpa_ Coss., du Maroc en Tunisie.
_Mecomischus halimifolius_ Hochr., esp. endémique, du Maroc
en Tunisie.
_Andryala Chevalieri_ Barr., esp. endémique, du Maroc en Tunisie.
_Centaurea dimorpha_ Viv. v. _lævibracteata_ Hochr. v. endémique,
du Maroc en Tunisie.
_Linum angustifolium_ Huds. v. _submicranthum_
Hochr. v. endémique, du Maroc en Tunisie.
_Astragalus tenuifolius_ Desf. v. _austro-oranensis_
Hochr. v. endémique, du Maroc en Tunisie.
_Cutandia memphitica_ Benth., d’Espagne en Orient en passant
par la Barbarie.
_Nonnea violacea_ DC., d’Espagne en Orient en passant par
la Barbarie.
_Stipa tenacissima_ L., d’Espagne en Orient en passant par
la Barbarie.
_Nolletia chrysocomoides_ Cass., d’Espagne en Orient en passant
par Barbarie.
_Malcolmia arenaria_ DC., en Espagne et en Algérie seulement.
_Genista sphærocarpa_ Lam., en Espagne et en Algérie seulement.
_Reseda decursiva_ Forsk., circumméditerranéen.
_Senecio coronopifolius_ Desf. v. _genuinus_ Hochr.,
circumméditerranéen.
[Illustration : Campement d’Aïn-Aïssa (source de J.-C.).]
Sur 32 espèces observées par nous, il y en a donc :
A. 11 orientales.
B. 8 particulières au Nord de l’Afrique, mais s’étendant
aussi vers l’Orient puisque la plupart se retrouvent encore en
Tripolitaine.
C. 4 s’étendant depuis la Tripolitaine jusqu’en Espagne.
D. 2 à dispersion occidentale typique, c’est-à-dire espagnoles
et algériennes.
E. 5 formes endémiques, mais dont 2 seulement sont des espèces
distinctes, les autres n’étant que des variétés de plantes
habitant la région : évidemment des adaptations récentes homologues
à celles que nous avons rencontrées parmi les oasicoles.
F. 2 circumméditerranéennes.
Ces chiffres permettent déjà d’affirmer les affinités orientales
très étroites de la flore des dunes, on s’en rendra mieux compte
encore, en examinant les espèces de plus près.
Parmi les espèces dont l’aire s’étend vers l’Orient ou du
moins dont l’aire s’étend plus loin vers l’Orient que vers
l’Occident, les ⅚ sont indiquées par Battandier et Trabut comme
habitant la région saharienne dans les sables, c’est-à-dire
qu’elles peuvent être considérées comme plantes typiques des
dunes, exemple : _Genista Saharæ_, _Convolvulus supinus_, _Cleome
arabica_, etc.
Parmi les espèces qui se trouvent en Espagne et en Barbarie, la seule
qui ne s’étende pas au delà de Tripoli est l’alfa qui certes,
n’est pas une plante typique des dunes, puisqu’elle rentre dans
la caractéristique d’un grand nombre de steppes.
Enfin, parmi les plantes occidentales, _Malcolmia arenaria_, _Genista
sphærocarpa_, _Eruca sativa_ v. _stenocarpa_, il n’en est pas
une qui manque dans le Tell ; ce sont donc plutôt des adventices
dans l’association.
Par conséquent, si nous prenons en considération les plantes
typiques des dunes qui n’ont pas été observées par nous dans
d’autres associations, nous verrons que sur 17 plantes dans ce cas :
1o 16 sont indiquées par Battandier et Trabut comme spéciales à
la région saharienne et une seulement comme se retrouvant sur les
hauts plateaux ; 2o 10 s’étendent jusqu’en Orient, 5 jusqu’en
Tripolitaine et 2 jusqu’en Tunisie. Pas une seule ne présente une
aire occidentale ou même circumméditerranéenne.
Ceci nous permet d’affirmer que les végétaux les plus typiques
de l’association des dunes sont les suivants :
_Aristida pungens_, d’Orient.
_Genista Rætam_, d’Orient.
_Astragalus Gombo_, d’Orient.
_Cyperus conglomeratus_, d’Orient.
_Cleome arabica_, d’Orient.
_Bassia muricata_, d’Orient.
_Hippocrepis bicontorta_, d’Orient.
_Cutandia memphitica_, d’Orient.
_Eremobium ægyptiacum_, d’Orient.
_Atractylis flava_ v. _citrina_, d’Orient.
_Euphorbia Guyoniana_, de Tripoli.
_Convolvulus supinus_, de Tripoli.
_Thymelæa microphylla_, de Tripoli.
_Nonnea violacea_, de Tripoli.
_Nolletia chrysocomoides_, de Tripoli.
_Genista Saharæ_, de Tunisie.
_Rumex tingitanus_ v. _lacerus_, de Tunisie.
Rappelons pour être complet qu’il faudrait ajouter à cette liste
deux espèces réellement endémiques :
_Mecomischus halimifolius_.
_Andryala Chevalieri_.
* * * * *
CHAPITRE III
=Les steppes.=
Pour les associations des steppes, il nous sera impossible de procéder
comme pour les précédentes, parce que leur nombre est infini et
que ce sont tour à tour les espèces les plus diverses qui sont
prédominantes, donnant ainsi à cette forme de végétation les
aspects changeants qui font son charme. Comme la haute mer, le steppe
a ses fervents admirateurs.
Il y a cependant certains caractères communs à tous les steppes,
c’est :
1o La végétation en touffes plus ou moins espacées laissant
apercevoir entre elles le sol dénudé.
2o A l’abri de ces touffes ou parfois entre elles se trouvent
quelques petites espèces influant du reste fort peu sur la physionomie
générale du paysage.
3o L’absence complète des arbres est à noter. Toutefois dans
la région de la chaîne de grande bordure saharienne, on observe
çà et là des betoum (_Pistacia atlantica_). La plupart du temps
ils sont isolés dans la plaine et lorsqu’on en rencontre un, on
l’aperçoit déjà de très loin comme un petit point vert sombre,
presque noir, dans l’immensité jaune. A part cette essence que
nous croyons avec Massart en voie d’extinction dans la région,
il n’y a dans le steppe, en fait de végétaux ligneux, que deux ou
trois buissons peu élevés. Et encore, deux d’entre eux (_Genista
Rætam_ et _sphærocarpa_) sont-ils des plantes duniques ; un seul
buisson appartient au steppe, c’est le _Zizyphus Lotus_.
Vu la très grande variété des steppes, nous nous bornerons donc,
pour établir les affinités de cette association, à énumérer
toutes les espèces récoltées dans la dite formation quelle que
soit sa physionomie.
Après cela nous énumérerons les associations steppiques qui nous ont
le plus frappé. Nous ajouterons pour chacune d’elles les espèces
prédominantes et, s’il y a lieu, quelques espèces accessoires.
Nous avons récolté les espèces steppiques suivantes :
_Zizyphus Lotus_ Lam., circumméditerranéen.
_Artemisia Herba-alba_ Asso., circumméditerranéen.
_Salsola Kali_ L. var. _Tragus_ Boiss., circumméditerranéen.
_Statice Thouini_ Viv., circumméditerranéen.
_Erodium laciniatum_ Willd. v. _Bovei_ Hochr.,
circumméditerranéen.
_Allium pallens_ L., circumméditerranéen.
_Herniaria cinerea_ DC., circumméditerranéen.
_Teucrium Polium_ L. v. _vulgare_ Benth., circumméditerranéen.
_Ajuga Iva_ Schreb. v. _pseudo-Iva_ Benth., circumméditerranéen.
_Hedypnois cretica_ Willd., circumméditerranéen.
_Atractylis cancellata_ L., circumméditerranéen.
_Coronilla scorpioides_ Koch., circumméditerranéen.
_Peganum Harmala_ L., circumméditerranéen.
_Atractylis prolifera_ Boiss., s’étendant d’Algérie en
Orient.
_Scabiosa arenaria_ Forsk., s’étendant d’Algérie en Orient.
_Fagonia glutinosa_ Delile, s’étendant d’Algérie en Orient.
_Genista Rætam_ Forsk., s’étendant d’Algérie en Orient.
_Erucaria uncata_ Boiss., s’étendant d’Algérie en Orient.
_Euphorbia cornuta_ Pers., s’étendant d’Algérie en Orient.
_Aristida obtusa_ Delile, s’étendant d’Algérie en Orient.
_Astragalus Fontanesii_ Coss. et Dur., s’étendant d’Algérie
en Orient.
_Statice Bonduelli_ Lestib., d’Algérie en Tunisie et parfois
plus loin.
_Evax pygmæa_ Pers. v. _argentea_ Hochr. d’Algérie en Tunisie
et parfois plus loin.
_Euphorbia calyptrata_ Coss et Dur., d’Algérie en Tunisie et
parfois plus loin.
_Gymnocarpos fruticosus_ Pers., du Maroc en Orient.
_Odontospermum pygmæum_ O. Hoffm., du Maroc en Orient.
_Centaurea crupinoides_ Desf., du Maroc en Orient.
_Scorzonera undulata_ Vahl. v. _alexandrina_ Bonn. et Barr.,
du Maroc en Orient.
_Reseda arabica_ Boiss., du Maroc en Orient.
_Helianthemum Lippii_ Pers. v. _ellipticum_ Boiss., du Maroc
en Orient.
_Dianthus crinitus_ Sm. v. _typicus_ Sm., du Maroc en Orient.
» v. _tomentellus_ Boiss.[14], du Maroc en Orient.
_Matthiola oxyceras_ DC. v. _livida_ Conti, du Maroc en Orient.
_Suæda vermiculata_ Forsk.[15], du Maroc en Orient.
_Reichardia orientalis_ Hochr., d’Espagne en Orient par la
Barbarie.
_Haloxylon articulatum_ Bunge v. _scoparium_ Hochr.[16],
d’Espagne en Orient par la Barbarie.
_Limoniastrum Feei_ Hook., endémique dans la région.
_Rhanterium adpressum_ Coss. et Dur., endémique dans la région.
_Randonia africana_ Coss., endémique dans la région.
_Anabasis aretioides_ Moq. et Coss., endémique dans la région.
_Anthemis lonadioides_ Hochr., endémique dans la région.
_Daucus sahariensis_ Murb. le type et v. _elongatus_ Hochr.,
endémique dans la région.
_Picris Saharæ_ Hochr. v. _oranensis_ Hochr.[17], endémique
dans la région.
_Echinospermum patulum_ Lehm. v. _pterocarpum_ Hochr.[18],
endémique dans la région.
_Ononis glabrescens_ Hochr. v. _minor_ Hochr.[19], endémique
dans la région.
_Galium ephedroides_ Willk. v. _oranense_ Hochr.[20], endémique
dans la région.
_Scabiosa monspeliensis_ Jacq. v. _minor_ Batt. et Tr.[21],
endémique dans la région.
_Pistacia atlantica_ Desf., du Maroc en Tunisie.
_Marrubium deserti_ de Noë, du Maroc en Tunisie.
_Picris Saharæ_ Hochr. le type, du Maroc en Tunisie.
_Cistanche violacea_ Beck., du Maroc en Tunisie.
_Cutandia divaricata_ Benth., aire disjointe : en Barbarie et en
Europe méridionale.
_Launæa resedifolia_ O. Kuntz. v. _viminea_ Hochr., en Barbarie
et Europe méridionale.
_Ebenus pinnata_ Ait., au Maroc et en Algérie.
_Polycnemum Fontanesii_ Dur. et Moq., au Maroc et en Algérie.
_Delphinium pubescens_ DC., d’Espagne en Tunisie.
_Orobanche fœtida_ Poiret, d’Espagne en Tunisie.
_Galium ephedroides_ Willd. le type, d’Espagne en Algérie.
_Diplotaxis virgata_ DC., d’Espagne en Algérie.
[Illustration : Récolte du chêne-liège en Grande-Kabylie.]
Si nous considérons cette liste d’une façon un peu générale, nous
y observons les mêmes éléments que dans les listes précédentes,
mais dans des proportions tout autres.
Sur 59 espèces ou variétés citées, il y en a :
A. 13 circumméditerranéennes, c’est-à-dire le 22 %. Dans cette
association, cet élément est donc beaucoup plus nombreux que dans
les dunes, mais moins que dans les oasis.