qui s’étendent d’Espagne jusqu’en Orient en passant par la
Barbarie. Nous sommes fondés de le faire, parce que ce sont, à
n’en pas douter, des plantes qui sont venues d’Orient et qui ont
pénétré jusqu’en Espagne. Cela fait 39 % de plantes orientales.
C. 11 endémiques dans la région (19 %), auxquelles nous pouvons
ajouter quatre particulières au Maroc, à l’Algérie et à la
Tunisie, ce qui fait en tout 15, c’est-à-dire 25 %.
D. 6 à dispersion occidentale typique (10 %).
E. 2 de ces plantes, c’est-à-dire le 3 % ont une aire disjointe et
se retrouvent en Sicile et dans le Nord de l’Espagne sans passer
par le Maroc. Nous pensons qu’il faut voir là cet élément à
dispersion transversale par rapport à la Méditerranée, représenté
par des espèces si nombreuses dans le Tell, comme l’indique Cosson.
§ 1. STEPPES à UNE ESPèCE EXCLUSIVE. — Souvent on rencontre
dans le steppe des parties qui sont envahies par une espèce
excluant toutes les autres. En ces endroits plus ou moins étendus,
la végétation est uniforme ; nous n’oserions cependant pas
affirmer que cet exclusivisme soit absolu, car nous savons, pour
l’avoir observé dans d’autres steppes, qu’entre les touffes
sur le sol nu, des annuelles à existence très limitée peuvent se
développer çà et là, sous l’influence d’une pluie prolongée,
pour disparaître ensuite au bout de quelques jours. Néanmoins, pour
qui ne séjourne pas sur place, ces steppes paraissent ne renfermer
qu’une espèce. Tels sont ceux formés par :
1) _Limoniastrum Feei_ Hook., dont nous avons observé un type très
remarquable près de Tiout. Nous devons ajouter cependant que l’on
y rencontre quelques exemplaires d’_Euphorbia cornuta_ Pers.
2) _Gymnocarpos fruticosus_ Pers. (Voy. Pl. VI, fig. 9). C’est
dans ce steppe que nous avons observé un grand nombre de _Cistanche
violacea_ qui paraissaient être des plantes indépendantes tellement
elles étaient isolées.
3) _Haloxylon articulatum_ Bunge (Voy. Pl. VI, fig. 10)[22] dans une
dépression où l’eau devait séjourner longtemps et où le terrain
contenait du chlorure de sodium.
4) _Suæda vermiculata_ Forsk., forme un steppe très curieux
dans un terrain sablonneux à une certaine distance de l’oued de
Duveyrier. Ce steppe se termine en s’appuyant au petit bois de
tamaris qui longe l’oued (V. Pl. VIII, fig. 13). A cet endroit on
trouve entre les groupes du _Suæda_ quelques _Peganum Harmala_ L.
5) _Anabasis aretioides_ Moq. et Coss. Il est peut-être exagéré
d’appeler cette espèce exclusive, car les seuls steppes à _Anabasis
aretioides_ que nous ayons observés sont ceux que l’on traverse
en chemin de fer, à plusieurs reprises, entre Mograr Foukani et
Duveyrier. Quoique nous ne nous soyons pas arrêté, nous avons eu
cependant l’impression que cette plante d’un port si frappant et
si caractéristique occupait seule de grands espaces. Cette impression
a été corroborée par plusieurs officiers ou médecins militaires
qui nous ont affirmé avoir parcouru d’immenses plaines où,
seul, ce champignon du désert, comme ils l’appellent, mettait
dans l’étendue stérile la monotonie de ses mamelons grisâtres
et toujours fort espacés.
§ 2. STEPPES SABLONNEUX. — Les steppes de cette catégorie sont
très variables comme composition et comme espèces prédominantes
et ils présentent toujours une très forte proportion de plantes
psammophiles. Cette association est, en réalité, un mélange de la
végétation des steppes et de celle des dunes. Dans le voisinage de
ces dernières on voit tous les passages de l’une à l’autre.
Cependant, il peut arriver que ce steppe prenne une allure plus
caractéristique dans certains endroits de la plaine où le sol est
sablonneux sans être en rapport direct avec une dune. On pourra
rencontrer là l’association suivante :
Comme végétaux caractéristiques formant des touffes steppiques
_Stipa tenacissima_ L., qui est presque toujours en majorité.
_Rhanterium adpressum_ Coss. et Dur.
_Randonia africana_ Coss.
et disséminés çà et là dans les interstices :
_Delphinium pubescens_ DC.
_Atractylis prolifera_ Boiss.
_Teucrium Polium_ L. v. _vulgare_ Benth.
_Picris Saharæ_ Hochr.
_Aristida obtusa_ Delile.
_Launæa resedifolia_ O. Kuntz., etc.
Dans certains cas rares il s’y ajoute un ou deux buissons de
_Genista Rætam_.
Nous aurons à parler tout à l’heure des steppes composites qui se
trouvent au voisinage des oasis et l’association dont nous allons
nous occuper maintenant participe de leur nature.
Nous verrons aussi comment Massart cherche à expliquer la présence
de certaines espèces dans le voisinage des oasis par l’influence
des herbivores ; mais comme, dans le cas qui nous occupe, nous avons
affaire à une association observée au centre des hauts plateaux,
c’est-à-dire au milieu des pâturages, le facteur mentionné
ci-dessus semble exclus. D’autre part, comme le terrain est très
sablonneux et un peu salé, malgré le voisinage d’un oasis point
d’eau, nous pouvons classer cette association parmi les types de
steppes sablonneux (Voy. Pl. VII, fig. 11).
Les touffes steppiques n’y constituent pas des mottes proéminentes
et les espèces caractéristiques sont nombreuses. On peut s’en
rendre compte déjà par l’examen de notre figure 11. Les plus
grosses touffes sont formées par :
_Peganum Harmala_ L.
_Lepidium subulatum_ L.
_Stipa gigantea_ Lag.
_Lygeum Spartum_ L.
_Erodium glaucophyllum_ L’Hérit.
Les plantes plus petites sont :
_Herniaria mauritanica_ Murbeck.
_Atriplex parvifolius_ Lowe.
_Plantago albicans_ L.
» _maritima_ L. v. _chottica_ Hochr.
_Helianthemum hirtum_ Pers. v. _deserti_ Coss.
» _Lippii_ Pers. v. _sessiliflorum_ Spach.
_Launæa resedifolia_ O. Kuntz., v. _viminea_ Hochr.
_Muricaria Battandieri_ Hochr. v. _genuina_ Hochr.
_Sisymbrium Reboudianum_ Verlot, etc.
On pourrait appeler cela le steppe sablonneux des chotts.
En dernier lieu nous voudrions mentionner un type de steppe sablonneux
assez fréquent, et caractérisé par la présence de buissons
disséminés de _Zizyphus Lotus_. Ces derniers se trouvent le plus
souvent au sommet de petites éminences sableuses et sont accompagnés
par des associations analogues à celle mentionnée pour le steppe
sablonneux non salé (Voy. Pl. VII, fig. 12).
§ 3. STEPPES ROCAILLEUX. — 1. _Steppe d’alfa._ C’est le steppe
typique le plus fréquent sur les hauts plateaux et dans la bordure
saharienne. L’espèce prédominante et parfois presque exclusive
qui donne la physionomie de ce steppe, est le _Stipa tenacissima_
(V. Pl. VIII, fig. 14). A l’abri de ses énormes touffes, dont
on voit jusqu’à l’infini ondoyer les panaches jaune pâle, se
rencontre une série d’espèces plus petites, parmi lesquelles il
est intéressant de constater que, suivant les régions, soit l’une
soit l’autre peut jouir d’une prédominance relative. Ce sont :
_Daucus sahariensis_ Murbeck.
_Coronilla scorpioides_ Koch.
_Diplotaxis virgata_ DC.
_Herniaria cinerea_ DC.
_Astragalus Fontanesii_ Coss. et Dur.
_Ebenus pinnata_ Ait.
_Scorzonera undulata_ Vahl v. _alexandrina_ Bonn. et Barr.
_Statice Bonduelli_ Lestib.
_Atractylis cancellata_ L.
_Picris Saharæ_ Hochr.
_Ononis glabrescens_ Hochr.
» » » v. _minor_ Hochr.
_Odontospermum pygmæum_ O. Hoffm.
2. Voici la composition d’un _steppe rocailleux dépourvu d’alfa_
et observé plus au Sud, près de Aïn el Hadjej (Voy. Pl. XI,
fig. 17) :
_Erucaria uncata_ Boiss.
_Helianthemum Lippii_ Pers. v. _ellipticum_ Boiss.
_Euphorbia calyptrata_ Coss. et Dur.
_Fagonia glutinosa_ Delile.
_Reseda arabica_ Boiss.
_Centaurea crupinoides_ Desf.
_Carrichtera Vellæ_ DC.
_Daucus sahariensis_ Murb. v. _elongatus_ Hochr.
3. Au milieu du steppe rocailleux, on rencontre parfois dans les
vallées de la bordure saharienne des rochers isolés qui surgissent
de la plaine et qui ont quelqu’influence sur l’association en
question. Ils y introduisent une certaine variété, comme on pourra le
constater par les espèces suivantes dont deux endémismes typiques :
_Galium ephedroides_ Willk. v. _oranense_ Hochr.
» » » le type.
_Dianthus crinitus_ Sm.
_Reichardia orientalis_ Hochr.
_Picris Saharæ_ Hochr. v. _oranensis_ Hochr.
_Allium pallens_ L.
_Cutandia divaricata_ Benth.
_Matthiola oxyceras_ DC. v. _livida_ Conti.
récoltés près de l’un de ces massifs rocheux où l’on observe
des sculptures préhistoriques célèbres dans le pays.
§ 4. STEPPES LIMONEUX. — 1. _Petites dépressions limoneuses
du steppe d’alfa._ Ces petites dépressions font presque partie
intégrante de l’association mentionnée plus haut, mais comme
elles ont un facies tout à fait différent, il convient de les
classer à part.
C’est à peine une formation steppique. Dans la plaine d’alfa,
elle se présente sous forme de petites espaces très circonscrits et
dénudés. Le terrain rocailleux y fait place à un limon plus ou moins
mélangé de cailloux et l’on constate çà et là de petites plantes
appliquées contre le sol ou rampantes. Le contraste avec les hautes
tiges de l’alfa environnant est donc frappant. Les espèces que
nous avons notées dans ces petites dépressions sont les suivantes :
_Ajuga Iva_ Schreb. v. _pseudo-Iva_ Benth.
_Reseda arabica_ Boiss.
_Scabiosa arenaria_ Forskal.
» _monspeliensis_ Jacq. v. _minor_ Batt. et Tr.
_Erodium laciniatum_ Willd. v. _Bovei_ Hochr.
et dans un ou deux cas seulement :
_Anabasis aretioides_ Moq. et Coss.
échappé de l’extrême Sud.
2. _Dépressions limoneuses en général._ Nous n’avons pas eu le
moyen d’étudier de près cette association caractéristique dont une
des plantes les plus saillantes est l’_Artemisia Herba-alba_ Asso ;
au reste elle a été remarquée par la plupart des voyageurs et on
en trouvera facilement de bonnes descriptions (Voy. Pl. X, fig. 16).
§ 5. STEPPES COMPOSITES. — Ces steppes, qu’on observe presque
toujours au voisinage des oasis, sont très riches en espèces. Ils
ne présentent pas de plantes prédominantes, cependant il est
rare de ne pas y distinguer des touffes d’alfa en assez grande
quantité. A part cela, on y rencontre très fréquemment la plupart
des espèces steppiques quelles qu’elles soient ; il s’y ajoute
presque toujours des espèces des dunes lorsque le sol est sablonneux,
et on y remarque quelquefois aussi quelques espèces échappées de
l’oasis. M. Massart attribue cette richesse au fait que l’oasis
offre aux herbivores une nourriture abondante ; ces animaux dédaignent
alors ce qu’ils brouteraient ailleurs s’ils étaient affamés. Dans
bien des cas cela est vrai, mais dans la région de steppe où l’alfa
abonde, les herbivores n’ont pas une influence si décisive.
A titre d’exemple nous mentionnerons quelques plantes notées dans
cette association aux environs d’Aïn-Sefra, telle qu’on la voit
sur notre planche (Pl. IX, fig. 15) :
_Stipa tenacissima_ L.
_Peganum Harmala_ L.
_Salsola Kali_ L. v. _Tragus_ Boiss.
_Fagonia glutinosa_ Delile.
_Hedypnois cretica_ Willd.
_Daucus sahariensis_ Murb.
_Scabiosa arenaria_ Forsk.
_Atractylis prolifera_ Boiss.
_Matthiola oxyceras_ DC. v. _livida_ Conti.
_Atractylis cancellata_ L.
_Artemisia Herba-alba_ Asso.
etc., etc.
_Remarque_ : Avant de terminer ce que nous avons à dire sur
les steppes, nous voudrions signaler une petite association très
élégante et très localisée du reste. Ce n’est ni un steppe, ni
une dune, ni un point d’eau, mais cette petite station participait
au caractère physique de ces trois facteurs œcologiques. Nous
avons récolté là ensemble l’_Imperata cylindrica_ P. de Beauv.,
formant de petites touffes aux longs panaches argentés, et l’_Iris
Xiphium_ L. dont les grandes fleurs s’enlevaient en violet foncé
sur le sol jaune et sablonneux. Il est certain que cette association
nous a frappé surtout à cause de son caractère esthétique. Nous
ne l’avons jamais observée ailleurs ; elle n’a donc qu’un
intérêt scientifique fort restreint.
§ 6. CONCLUSION. — De ce qui précède nous pouvons conclure, au
sujet des steppes en général, que ces associations ont une grande
affinité avec l’Orient. Dans les plaines, comme sur les dunes,
nous assistons à une invasion de la flore d’Orient ; mais elle est
certes moins avancée chez les premières que chez les secondes. Dans
les steppes on observe en effet à côté de cet élément oriental
une proportion d’endémismes et de plantes occidentales un peu plus
grande que dans l’association des dunes.
D’autre part il est à remarquer qu’une très grande quantité de
ces plantes steppiques du Sud se retrouvent sur les hauts plateaux. Une
forte proportion aussi est particulière aux montagnes du Sud et au
Sahara. Dans un ou deux cas seulement, d’après les renseignements
incomplets que nous possédons sur ce sujet, nous avons rencontré
des espèces vivant dans les montagnes du Tell, dans celles du
Sud et manquant sur les hauts plateaux. Et encore dans ces cas si
rares, l’absence sur les hauts plateaux n’est-elle rien moins que
certaine ; si même elle l’était, la présence de ces plantes dans
cette association pourrait s’expliquer par le fait que souvent les
plantes de montagne descendent jusque dans la plaine en suivant le
cours des ouadi. Ce que nous venons de dire au sujet des affinités
de la végétation steppique s’affirme davantage encore, si, dans
les proportions établies, nous faisons abstraction de l’élément
circumméditerranéen.
* * * * *
CHAPITRE IV
=Les montagnes.=
Les montagnes du Sud-Oranais sont presque toutes des dômes allongés
et monotones, formés par des grès paléozoïques et elles sont
couvertes d’une végétation fort riche pour la région. Dans leur
partie inférieure, les flancs s’élèvent en pente douce et sont
couverts, comme la plaine environnante, d’une association steppique
de plantes herbacées ou sous-frutescentes. Leur partie supérieure
au contraire, de 1300 ou 1500 m. à 2000 et au-delà, est couverte
dans presque tous les cas par des forêts d’une nature particulière.
Il va sans dire que la partie inférieure présente d’étroites
analogies avec les steppes ; néanmoins elle s’en distingue par
la présence d’un assez grand nombre d’espèces descendues
des hauteurs. C’est le cas en particulier pour les forêts qui
s’allongent en pointe vers le bas, en suivant le cours des ouadi. On
peut observer ce phénomène de loin déjà sur la plupart des
montagnes (Voy. Pl. XII, fig. 18). Dans d’autres cas, au contraire,
les déboisements ou les incendies ont fait leur œuvre et la montagne
est dénudée jusqu’à une altitude considérable. Alors le steppe
s’étend et, quoiqu’il s’incorpore un grand nombre d’espèces
de la zone forestière, il entraîne cependant avec lui jusqu’à
des altitudes inusitées bien des espèces des hauts plateaux.
La flore montagneuse est d’un puissant intérêt ; comme elle est
très riche et variée, on peut y distinguer trois zones :
1) La zone inférieure non boisée dont nous avons déjà parlé ;
elle s’étend jusqu’à 1400 m. environ.
2) La zone moyenne de 1400 à 1700 ou 1800 m.
3) La zone supérieure de 1700 ou 1800 m. à 2000 m. et au-dessus.
Il ne faudrait pas s’imaginer que ces limites soient absolues ! Comme
les limites des forêts, elles sont très variables et même dans
beaucoup de cas où la lisière des forêts remonte à de hautes
altitudes, on voit la zone moyenne ne pas coïncider avec cette
dernière. Inversément, nous verrons que des associations entières,
caractéristiques du sommet des montagnes, sont entraînées très
bas le long des rives boisées des torrents.
A l’intérieur des zones de végétation que nous venons de
mentionner, il y a des associations particulières, mais celles-ci
elles-mêmes contribuent parfois à caractériser la zone en question,
tel est le cas pour les prairies que l’on rencontre sous forme
de clairières dans la zone supérieure et, plus rarement, dans la
zone moyenne. Tel est le cas aussi pour les sources de montagne,
mentionnées déjà à propos des points d’eau, ou bien enfin,
pour les rochers accidentés qui se trouvent parfois au sommet de
quelque dôme démantelé.
Pour nous rendre compte des affinités et de l’origine de ces
différentes flores, il convient d’étudier chaque zone à part et
de dresser, pour chacune d’entre elles, les statistiques que nous
avons faites pour les groupes analysés plus haut. Il faudra introduire
quelque peu d’arbitraire dans les listes de cette nature, parce que
les limites altitudinaires ne coïncident pas toujours avec les zones
que nous avons établies. D’autre part, souvent une même espèce
se rencontre dans deux ou trois zones différentes et, comme nous
l’avons dit, les limites des zones sont parfois très difficiles à
tracer dans un cas donné. Mais si nous laissons autant que possible
de côté les cas douteux et que nous répétions autant que faire
se pourra la même espèce dans diverses listes, lorsqu’elle
aura été récoltée à des altitudes différentes, nous pourrons
néanmoins nous faire une idée générale au sujet des éléments
de la flore montagneuse. En effet, les indications données par une
étude systématique de ces questions sont tellement nettes que — si
imparfaites et si incomplètes que soient nos listes — les résultats
généraux s’en dégagent néanmoins avec une évidence indiscutable,
comme on a pu le voir déjà dans les chapitres qui précèdent.
§ 1. ZONE INFéRIEURE à CARACTèRE STEPPIQUE. — Nous ne saurions
donner de cette association une analyse détaillée basée sur nos
exsiccata, car nous n’avons pas approfondi l’étude de ce groupe
vu son peu d’intérêt.
1) Dans la zone inférieure des montagnes, c’est avec toutes ses
espèces accessoires le _steppe d’alfa_ qui remonte le long des
pentes de la montagne. Il serait donc inutile de répéter ici la
liste que nous en avons donnée, comme il nous a paru fastidieux d’y
récolter à nouveau les mêmes plantes. Mais, à ces espèces déjà
mentionnées, s’en joignaient d’autres dont la présence frappait
au premier abord, parce que nous ne les avions pas rencontrées dans
la plaine. C’étaient par exemple :
_Plantago Psyllium_ L., circumméditerranéen.
_Linum strictum_ L., circumméditerranéen.
_Glaucium corniculatum_ Curtis v. _phœniceum_ DC.,
circumméditerranéen.
_Rumex vesicarius_ L., d’Orient.
_Calendula ægyptiaca_ Pers., d’Orient.
_Echiochilon fruticosum_ Desf., d’Orient.
_Moricandia arvensis_ DC. v. _suffruticosa_ Coss., d’Orient.
_Astragalus Fontanesii_ Coss. et Dur., d’Algérie en Egypte.
_Centaurea melitensis_ L., d’Espagne et bassin méditerranéen
occidental.
_Erinacea pungens_ Boiss., d’Espagne et bassin méditerranéen
occidental.
_Catananche cœrulea_ L. v. _propinqua_ Hochr., du Maroc.
_Daucus sahariensis_ Murb. v. _elongatus_ Hochr., endémique dans
la région.
_Centaurea incana_ Desf. v. _Saharæ_ Hochr., endémique dans
la région.
_Crambe Kralikii_ Coss., endémique dans la région.
Si l’on ajoute cela à l’association des steppes d’alfa, on
verra que les rapports avec l’Orient restent très étroits ;
les rapports avec l’Occident augmentent un peu, ainsi que les
endémismes. Cette augmentation est très faible.
Malgré le peu que nous savons au sujet de leur dispersion en Algérie
même, nous remarquons que la plupart des espèces signalées dans
la caractéristique de la région montagneuse inférieure, sont des
plantes habitant surtout le Sahara et la chaîne de bordure. Les
autres habitent les trois régions ou bien les deux régions
méridionales. Cette observation est à retenir pour la comparaison
avec les zones supérieures.
2) Nous mentionnerons aussi dans la zone inférieure l’association
dont nous avons déjà parlé et qui se rattache à la partie
boisée des montagnes, c’est-à-dire les _plantes qui descendent
presque jusque dans la plaine_ en suivant les ouadis (Voy. Pl. XIII,
fig. 19). Mais nous ne pouvons pas tenir compte de la liste que nous
allons donner pour élucider les affinités de la zone montagneuse
la plus inférieure ; c’est pourquoi pour la discussion de ces
affinités nous rattacherons les éléments de cette association à
leurs zones naturelles respectives. Nous y avons noté à côté des :
_Juniperus phœnicea_ L.
» _Oxycedrus_ L.
les plus fréquents et
_Quercus Ilex_ L. v. _Ballota_ DC.
_Juniperus macrocarpa_ Sibth. et Sm. v. _globosa_ Neilreich.
les espèces suivantes :
_Chrysanthemum macrotum_ Ball.
_Achillea odorata_ L.
_Silene amurensis_ Pomel.
_Dianthus longicaulis_ Ten.
_Atractylis cæspitosa_ Desf.
_Arabis auriculata_ Lam.
_Linaria heterophylla_ Desf. v. _aurasiaca_ Hochr.
Il va sans dire que cette association est en outre fortement
imprégnée d’espèces de la zone inférieure steppique telles que :
_Erinacea pungens_ Boiss.
_Astragalus Fontanesii_,
etc., etc.
§ 2. ZONE MOYENNE PLUS OU MOINS BOISéE. — Cette zone qui commence
vers 1400 ou 1500 m. suivant les régions, s’étend jusqu’à 1700
ou 1800 m. Les essences y sont les mêmes que dans la zone supérieure,
mais les proportions y sont un peu différentes :
_Juniperus Oxycedrus_ L.
» _phœnicea_ L.
dominent, tandis que :
_Quercus Ilex_ L. v. _Ballota_ et
_Juniperus macrocarpa_
sont en plus petit nombre. Nous n’avons jamais observé le pin
d’Halep dans cette région.
Tous ces arbres ont une forme très caractéristique ; ils possèdent
presque toujours un ou plusieurs troncs parfois très gros mais
branchus jusqu’à la base, de telle sorte qu’isolés, comme ils
le sont, ils ont plus ou moins la forme d’une sphère. On pourrait
comparer ces forêts singulières au steppe ; elles sont aux forêts
denses ce que le steppe est à la prairie.
Entre ces individus arborescents se trouve toute une flore herbacée,
suffrutescente ou même frutescente, à organisation plus ou moins
steppique. Elle peut devenir parfois assez dense pour former dans
les clairières de petites prairies.
Les espèces herbacées qu’on observe dans cette région, et qui
accompagnent les essences ligneuses mentionnées, sont :
_Scrophularia canina_ L., plus ou moins cosmopolite[23].
_Veronica Anagallis_ L., plus ou moins cosmopolite.
_Scirpus Holoschœnus_ L., plus ou moins cosmopolite.
_Lamium amplexicaule_ L., plus ou moins cosmopolite.
_Sonchus asper_ Hill, plus ou moins cosmopolite.
_Ranunculus macrophyllus_ Desf. v. _macrophyllus_ Hochr., plus
ou moins cosmopolite.
_Convolvulus arvensis_ L., plus ou moins cosmopolite.
_Scorzonera laciniata_ L., plus ou moins cosmopolite.
_Lolium perenne_ L., plus ou moins cosmopolite.
_Elymus caput-medusæ_ L., plus ou moins cosmopolite.
_Bromus tectorum_ L., plus ou moins cosmopolite.
_Bromus squarrosus_ L., plus ou moins cosmopolite.
_Linaria arvensis_ Desf. v. _parviflora_ Hochr., plus ou moins
cosmopolite.
_Arenaria serpyllifolia_ L. v. _tenuior_ Koch, plus ou moins
cosmopolite.
_Sideritis montana_ L. v. _ebracteata_ Briq.,
circumméditerranéen.
_Hedypnois cretica_ Willd., circumméditerranéen.
_Papaver somniferum_ var. _setigerum_ Webb., circumméditerranéen.
_Artemisia Herba-alba_ Asso., circumméditerranéen.
_Plantago albicans_ L., circumméditerranéen.
_Teucrium Polium_ L. v. _flavovirens_ Briq., circumméditerranéen.
_Ceratocephalus falcatus_ Pers. v. _incurvus_ Boiss.,
circumméditerranéen.
_Schismus calycinus_ Coss., circumméditerranéen.
_Bromus rubens_ L. v. _canescens_ Coss., circumméditerranéen.
_Lygeum Spartum_ L., circumméditerranéen.
_Rosmarinus officinalis_ L., circumméditerranéen.
_Thlaspi perfoliatum_ L., circumméditerranéen.
_Carrichtera Vellæ_ DC., circumméditerranéen.
_Satureia rotundifolia_ Briq., circumméditerranéen.
_Echinaria capitata_ Desf., circumméditerranéen.
_Fumaria densiflora_ DC., circumméditerranéen.
_Herniaria cinerea_ DC., circumméditerranéen.
_Micropus bombycinus_ Lag., circumméditerranéen.
_Stipa barbata_ Desf., d’Espagne en Orient par la Barbarie.
_Echinospermum patulum_ Lehm. v. _genuinum_ Hochr., d’Espagne
en Orient par la Barbarie.
_Erodium glaucophyllum_ L’Hérit du Maroc en Orient par la
Barbarie.
_Ononis Columnæ_ All., d’Espagne en Orient, mais aussi dans
l’Europe méridionale.
_Convolvulus cantabricus_ L., d’Espagne en Orient, mais aussi
dans l’Europe méridionale.
_Alsine setacea_ Mert. et Koch[24] v. _genuina_ Boiss., Europe
méridionale et Algérie.
_Helichrysum scandens_ Murb.[24], Baléares, Sicile, Maroc
à Tunisie.