SCENE XIII.

MARGUERITE, MADEMOISELLE HELOUIN.

MARGUERITE.

Je viens d'assister à une scène touchante.

MADEMOISELLE HELOUIN.

Comment?

MARGUERITE.

Oui! M. Laubépin et M. Maxime se sont embrassés avec une

effusion!

MADEMOISELLE HELOUIN.

Ah?

MARGUERITE.

Et maintenant ils causent ensemble avec un feu!... Ne seriez-vous

pas curieuse, Mademoiselle, de savoir ce que disent ces

deux mystérieux personnages1 [1. Marguerite assise,

mademoiselle Hélouin.]?

MADEMOISELLE HELOUIN.

Non; car je m'en doute.

MARGUERITE.

Ah! (Elle la regarde.)

MADEMOISELLE HELOUIN.

Mon Dieu! ma chère enfant, vous allez peut-être me reprocher

de n'avoir pas parlé plus tôt!... mais à tort ou à raison, je

m'étais fait un devoir jusqu'ici de garder à M. Odiot son

secret...

MARGUERITE.

Son secret?

MADEMOISELLE HELOUIN.

Et ce n'est qu'en voyant ses projets se développer trop

clairement que je me décide à rompre un silence qui

deviendrait coupable... Cependant, Mademoiselle, c'est à vous

seule jusqu'à présent que je crois devoir...

MARGUERITE.

Parlez.

MADEMOISELLE HELOUIN.

Pendant le séjour que vous fîtes à Paris, il y a quatre ans,

vous savez que j'allai voir d'anciennes amies dans la pension

où j'avais été élevée.

MARGUERITE.

Oui. Eh bien?

MADEMOISELLE HELOUIN.

Eh bien, j'eus l'occasion d'y rencontrer plusieurs fois au

parloir M. Odiot, dont le père s'appelait alors le marquis de

Champcey d'Hauterive.

MARGUERITE.

Ah!

MADEMOISELLE HELOUIN.

On disait déjà, dès cette époque, que cette famille était à

demi ruinée; maintenant elle l'est tout à fait; le père est

mort, et le fils a été mis, par un vieil ami de sa famille, en

situation de recouvrer une belle fortune par des moyens que je

vous laisse le soin d'apprécier.

MARGUERITE, douloureusement.

Oh! (Après une pause.) Mais, Mademoiselle, si je vous

comprends bien, la conduite de ce jeune homme ne semble guère

justifier... je le vois à peine... il nous fuit.

MADEMOISELLE HELOUIN.

Ah! son ami Laubépin, qui vous connaît bien, ma pauvre enfant,

n'aura pas manqué de lui dicter la discrétion politique, la

réserve calculée, qui vous touchent si fort...

MARGUERITE, se levant.

C'est bien, Mademoiselle, c'est assez, je vous remercie.

(Entre Bévallan donnant le bras à madame Laroque.)

Le roman d'un jeune homme pauvre (Play) · 第 12 / 19 章