MARGUERITE, MADEMOISELLE HELOUIN.
MARGUERITE.
Je viens d'assister à une scène touchante.
MADEMOISELLE HELOUIN.
Comment?
MARGUERITE.
Oui! M. Laubépin et M. Maxime se sont embrassés avec une
effusion!
MADEMOISELLE HELOUIN.
Ah?
MARGUERITE.
Et maintenant ils causent ensemble avec un feu!... Ne seriez-vous
pas curieuse, Mademoiselle, de savoir ce que disent ces
deux mystérieux personnages1 [1. Marguerite assise,
mademoiselle Hélouin.]?
MADEMOISELLE HELOUIN.
Non; car je m'en doute.
MARGUERITE.
Ah! (Elle la regarde.)
MADEMOISELLE HELOUIN.
Mon Dieu! ma chère enfant, vous allez peut-être me reprocher
de n'avoir pas parlé plus tôt!... mais à tort ou à raison, je
m'étais fait un devoir jusqu'ici de garder à M. Odiot son
secret...
MARGUERITE.
Son secret?
MADEMOISELLE HELOUIN.
Et ce n'est qu'en voyant ses projets se développer trop
clairement que je me décide à rompre un silence qui
deviendrait coupable... Cependant, Mademoiselle, c'est à vous
seule jusqu'à présent que je crois devoir...
MARGUERITE.
Parlez.
MADEMOISELLE HELOUIN.
Pendant le séjour que vous fîtes à Paris, il y a quatre ans,
vous savez que j'allai voir d'anciennes amies dans la pension
où j'avais été élevée.
MARGUERITE.
Oui. Eh bien?
MADEMOISELLE HELOUIN.
Eh bien, j'eus l'occasion d'y rencontrer plusieurs fois au
parloir M. Odiot, dont le père s'appelait alors le marquis de
Champcey d'Hauterive.
MARGUERITE.
Ah!
MADEMOISELLE HELOUIN.
On disait déjà, dès cette époque, que cette famille était à
demi ruinée; maintenant elle l'est tout à fait; le père est
mort, et le fils a été mis, par un vieil ami de sa famille, en
situation de recouvrer une belle fortune par des moyens que je
vous laisse le soin d'apprécier.
MARGUERITE, douloureusement.
Oh! (Après une pause.) Mais, Mademoiselle, si je vous
comprends bien, la conduite de ce jeune homme ne semble guère
justifier... je le vois à peine... il nous fuit.
MADEMOISELLE HELOUIN.
Ah! son ami Laubépin, qui vous connaît bien, ma pauvre enfant,
n'aura pas manqué de lui dicter la discrétion politique, la
réserve calculée, qui vous touchent si fort...
MARGUERITE, se levant.
C'est bien, Mademoiselle, c'est assez, je vous remercie.
(Entre Bévallan donnant le bras à madame Laroque.)