SCENE XII.

BEVALLAN, MADAME AUBRY, MADEMOISELLE HELOUIN.

BEVALLAN.1 [1. Madame Aubry, Bévallan, mademoiselle Hélouin.].

Charmant garçon.

MADAME AUBRY.

Charmant.

MADEMOISELLE HELOUIN.

Oh! charmant!

BEVALLAN.

Il a tous les talents... tous les mérites... et il est avec

cela d'une modestie...

MADEMOISELLE HELOUIN.

Et d'une réserve...

MADAME AUBRY.

Et d'une complaisance...

BEVALLAN.

Il a tout pour lui!

LES DEUX FEMMES.

Tout!

BEVALLAN.

Absolument tout... Quel dommage qu'il y ait autour de sa

personne cette espèce de mystère...

MADAME AUBRY.

Ah! voilà!... C'est ce que je me dis... c'est ce mystère...

MADEMOISELLE HELOUIN.

Oh! pour du mystère, il y en a...

BEVALLAN.

N'est-ce pas!... car enfin il ne faut pas être dupe des

apparences, non plus... On voit tous les jours comme cela dans

le monde des gens revêtus des plus beaux dehors, et qui au

fond ne sont que des...

MADEMOISELLE HELOUIN.

Des aventuriers!...

MADAME AUBRY.

Oh! mon Dieu! des chevaliers d'industrie!

BEVALLAN.

Hein? Voyons... là... franchement, entre nous, est-ce qu'il ne

vous fait pas l'effet d'un pur intrigant, ce charmant garçon-là?

MADEMOISELLE HELOUIN.

Moi! j'en ai peur!...

MADAME AUBRY, confidentiellement.

Moi, j'en suis sûre!

BEVALLAN.

Vous en êtes sûre!... (A mademoiselle Hélouin.) Elle en est

sûre!... Eh bien, mais, si vous en êtes sûre, madame Aubry...

savez-vous, dites-moi, que nous aurions là, nous autres vieux

amis de la famille, un devoir sacré à remplir... celui

d'ouvrir les yeux de ces dames sur le véritable caractère de

cet individu... de ce quidam... Mais enfin, madame Aubry,

êtes-vous bien sûre, voyons?...

MADAME AUBRY.

J'ai des preuves!

BEVALLAN.

Vous avez des preuves... (A mademoiselle Hélouin.) Il paraît

qu'elle a des preuves!... Ah! si elle a des preuves... Mais

enfin, quelles preuves, madame Aubry?

MADAME AUBRY.

Mon Dieu!... c'est tout simplement un fragment de lettre...

que le hasard... le vent, je pense, a fait tomber à mes pieds

ce matin, comme je passais sous les fenêtres de M. Odiot...

BEVALLAN.

Ah! Dieu, madame Aubry!... toujours du bonheur!... elle trouve

toujours quelque chose!... Eh bien, cette lettre?...

MADEMOISELLE HELOUIN.

Voyons.

MADAME AUBRY.

Eh bien!... cette lettre, destinée je crois à M. Laubépin, est

de nature à édifier complètement ces dames... et en

particulier Marguerite, sur les projets, sur le

désintéressement de ce jeune puritain...

BEVALLAN.

Bah! Est-ce que par hasard monsieur l'intendant...?

MADAME AUBRY, riant.

Tout bonnement!

BEVALLAN.

Ah! bravo! c'est fort, ça!

MADEMOISELLE HELOUIN.

Je m'en doutais!

MADAME AUBRY.

J'ai cette lettre chez moi... mais je vous avoue que je ne

sais si je dois... Ce monsieur a pris un tel pied dans la

maison que j'hésite, moi, dans ma position, à entrer en lutte

ouverte... D'ailleurs mes chères cousines ont une tournure

d'esprit si singulière...

MADEMOISELLE HELOUIN, regardant à gauche.

Chut!... Marguerite!... (Madame Aubry remonte un peu la

scène.)

BEVALLAN, à mademoiselle Hélouin.

Voyons donc cette lettre, mademoiselle... il ne faut pas ici

de fausse démarche, vous connaissez notre amie. (Il montre

madame Aubry.) Elle a de l'esprit comme un prunier...

exactement... et... (Madame Aubry se rapproche.) N'est-ce pas,

madame Aubry?...

MADAME AUBRY.

Quoi?

BEVALLAN.

Montrez ce papier à mademoiselle Hélouin... elle connaît ces

dames... elle verra si... (Marguerite paraît à gauche,

rêvant.)

MADEMOISELLE HELOUIN.

Soit!... mais laissez-moi avec elle... je puis toujours

préparer le terrain. Pauvre enfant! si elle allait tomber dans

ce piège!...

BEVALLAN.

Venez-vous, madame Aubry?... (Il lui prend le bras.) C'est

incroyable, vous trouvez toujours quelque chose. Vous avez des

yeux de lynx. (Ils sortent.)

Le roman d'un jeune homme pauvre (Play) · 第 11 / 19 章