Iles du Salut, 7 juin 1898.
Monsieur le Président,
Depuis de longs mois, j'adresse appels sur appels au Chef de l'État,
pour demander la revision de mon procès.
J'ai réitéré encore cet appel, le 26 mai dernier. De jour en jour,
d'heure en heure, j'attends une réponse qui ne vient pas.
Mes forces physiques, morales, diminuent chaque jour... Je ne demande
plus qu'une chose à la vie, pouvoir descendre apaisé dans la tombe,
sachant le nom de mes enfants lavé de cette horrible souillure.
S'il faut mourir victime innocente, je saurai mourir, Monsieur le
Président, léguant mes pauvres malheureux enfants à ma chère Patrie,
que j'ai toujours fidèlement et loyalement servie... Mais tout au
moins, Monsieur le Président, je sollicite de votre bienveillance une
réponse à mes demandes de revision, réponse que je vais attendre
anxieusement, de jour en jour. Mettant toute ma confiance dans la
haute équité du Chef de l'État, je vous demande de vouloir bien agréer
l'expression de mes sentiments respectueux.