Paris, 16 mars 1897.
J'étais venue causer avec toi il y a quelques jours, j'étais alors
dans l'angoisse de l'attente de nouvelles; je les ai reçues, ces
chères lettres si attendues, si ardemment désirées. Depuis, je me
pénètre de tes paroles, je ne me lasse pas de te relire; ce sont mes
seuls bons instants, ceux que je vis un peu plus près de toi.
Comme le mois dernier, je n'ai pas eu la joie de voir ton écriture,
c'est une copie qui m'a été transmise, et tu peux t'imaginer ce que
mon coeur saigne d'être privée de cette seule consolation qui, jusqu'à
cet été, ne m'avait pas été refusée. Quel chemin d'amertume et de
douleur nous avons à traverser; ce sont de petites choses qu'on
devrait passer sous silence si on les compare à la grandeur de notre
tâche; mais pour des natures sensibles toutes ces blessures n'en sont
pas moins cuisantes.
Puisqu'il le faut, ne nous arrêtons pas à cela, et puisque nous sommes
malheureusement appelés à remplir un devoir sacré par respect pour
notre nom, pour celui que portent nos enfants, élevons-nous à la
hauteur de notre mission et ne nous abaissons pas à envisager toutes
ces misères. Si nous sommes anéantis par le chagrin, ayons au moins la
satisfaction du devoir accompli, raidissons-nous dans la tranquillité
de notre conscience, et gardons toute notre énergie, toute notre
force, pour mener à bien notre réhabilitation...