Mon courrier était arrivé, on vient seulement de me l'apporter. Toujours
rien. Mais j'aurai la patience qu'il faut; la machination dont je suis
la victime doit être découverte, il faut qu'elle le soit.
Je saurai souffrir encore.
*
* *
Voici quelques extraits des lettres de ma femme, que je reçus le 2 août
au soir:
Paris, 6 juin 1895.
J'attends avec une bien vive anxiété quelques bonnes lettres de toi et
des nouvelles qui me rassurent un peu sur ta santé pour laquelle je me
fais tant de soucis. Le bateau est arrivé le 23 mai, nous sommes
aujourd'hui le 6 juin et ton courrier ne m'est pas encore parvenu.
Chaque fois le facteur me donne une nouvelle émotion, émotion bien
inutile. Ma pensée n'est que vers toi, ma vie pour toi...
Paris, 7 juin 1895.
... Je viens d'être interrompue en t'écrivant par l'arrivée de tes
excellentes lettres... C'est dans ton énergie que je puise des forces,
c'est toi qui me soutiens... D'autre part, si je puis vivre séparée
ainsi de toi, torturée par tes cruelles souffrances, c'est que mon
espoir est immense, ma confiance en l'avenir absolue. Mais je souffre
tellement d'être séparée de toi, que j'ai adressé une nouvelle demande
pour venir partager ton exil. J'aurai au moins le bonheur de vivre de
ta vie, d'être auprès de toi, de te témoigner mon immense affection.
Je passe des heures à lire et relire tes bonnes lettres; elles sont ma
consolation en attendant le bonheur de venir te retrouver...