_Suite de mon Journal._
Samedi 15 juin 1895.
Je suis resté enfermé toute la semaine dans mon cabanon, par suite de la
présence des forçats qui sont venus travailler à la caserne des
surveillants.
Tous les supplices.
Cette nuit, coliques sèches qui me tordaient sur mon lit.
Mercredi 19 juin 1895.
Chaleur sèche; la saison des pluies tire à sa fin. Je suis couvert de
boutons produits par les piqûres des moustiques et autres insectes.
Mais tout cela n'est rien! Que sont les souffrances physiques à côté de
mes horribles tortures morales? des infiniment petits.
C'est mon cerveau, c'est mon coeur qui souffrent et hurlent de douleur.
Quand donc découvrira-t-on le coupable, quand donc connaîtrai-je enfin
la vérité sur cette tragique histoire? Vivrai-je jusque là? J'en doute
parfois, tant je sens tout mon être se dissoudre dans une désespérance
terrible. Et ma pauvre et chère Lucie, et mes enfants! Non, je ne les
abandonnerai pas; je soutiendrai les miens de toute l'ardeur de mon âme
tant que j'aurai ombre de forces. Il me faut tout mon honneur, tout
l'honneur de mes enfants.