De l'île de Ré, après avoir vu ma femme:
Ile de Ré, 21 février 1895.
(jour même de mon départ, que j'ignorais.)
Quand je te vois, le temps est si court, je suis si angoissé de voir
l'heure s'écouler avec une rapidité que je ne connaissais plus, tant
les autres heures que je passe me semblent horriblement longues, que
j'oublie de te dire la moitié de ce que j'avais préparé...
Je voulais te demander si le voyage ne te fatiguait pas, si la mer
t'avait été clémente? Je voulais te dire toute l'admiration que j'ai
pour ton noble caractère, pour ton admirable dévouement! Plus d'une
femme aurait vu son cerveau sombrer sous les coups répétés d'un sort
aussi cruel, aussi immérité.
Je voulais te parler longuement des enfants...
Comme je te l'ai dit, je ferai mon possible pour dompter les
battements de mon coeur ulcéré, pour supporter cet horrible et long
martyre, afin de voir luire avec vous le jour heureux de la
réhabilitation.