De la prison de la Santé:
Dimanche 6 janvier 1895, 5 heures.
Pardon, mon adorée, si dans mes lettres d'hier j'ai exhalé ma douleur,
étalé ma torture. Il fallait bien que je la confie à quelqu'un! Quel
coeur est plus préparé que le tien à recevoir le trop-plein du mien?
C'est ton amour qui m'a donné le courage de vivre; il faut que je le
sente vibrer près du mien.
Courage donc! Ne pense pas trop à moi, tu as d'autres devoirs à
remplir. Tu te dois à nos enfants, à notre nom qu'il faut réhabiliter.
Pense donc à toutes les nobles missions qui t'incombent; elles sont
lourdes, mais je te sais capable de les entreprendre à condition de ne
pas te laisser abattre, à condition de conserver tes forces.
Il faut donc lutter contre toi-même, rassembler toute ton énergie et
ne penser qu'à tes devoirs...