ALFRED.

De ma femme:

Samedi soir, 5 janvier 1895.

Quelle horrible matinée! Quels atroces moments! Non! je ne puis y

penser, cela me fait trop souffrir. Toi, mon pauvre ami, un homme

d'honneur, toi qui adores la France, toi qui as une âme si belle, des

sentiments aussi élevés, subir la peine la plus infamante qu'on puisse

infliger, c'est abominable!

Tu m'avais promis d'être courageux, tu as tenu parole, je t'en

remercie. Ta dignité, ta belle attitude, ont frappé bien des coeurs et

lorsque l'heure de la réhabilitation arrivera, le souvenir des

souffrances que tu as endurées dans ces horribles moments sera gravé

dans la mémoire des hommes.

J'aurais tant voulu être auprès de toi, te donner des forces, te

réconforter, j'avais tant espéré te voir, mon pauvre ami, et mon coeur

saigne à l'idée que mon autorisation ne m'est pas encore parvenue et

que je devrai peut-être attendre encore pour avoir l'immense bonheur

de t'embrasser...

Nos chéris sont bien gentils; ils sont si gais, si heureux. C'est une

consolation dans notre immense malheur de les avoir si jeunes, si

inconscients de la vie. Pierre parle de toi et avec tant de coeur, que

je ne puis m'empêcher de pleurer.

Cinq années de ma vie, 1894-1899 · 第 30 / 171 题