J'ai été porter moi-même tes effets au greffe de la prison; je suis
entrée dans cette triste maison où tu subis cet horrible martyre. Pour
un moment j'ai eu la sensation que je me rapprochais de toi; j'aurais
voulu briser ces froides murailles qui nous séparaient et venir
t'embrasser. Malheureusement il est des choses pour lesquelles la
volonté est impuissante, des cas où toutes les forces physiques et
morales ne suffisent pas pour vaincre. J'attends très impatiemment le
moment où on nous permettra de nous jeter enfin dans les bras l'un de
l'autre...
Je te demande un immense sacrifice, celui de vivre pour moi, pour nos
enfants, de lutter jusqu'à la réhabilitation... Je mourrais de chagrin
si tu n'étais plus, je n'aurais pas la force de soutenir une lutte
pour laquelle toi seul au monde peux me fortifier.