26 décembre 1894.

J'ai été porter moi-même tes effets au greffe de la prison; je suis

entrée dans cette triste maison où tu subis cet horrible martyre. Pour

un moment j'ai eu la sensation que je me rapprochais de toi; j'aurais

voulu briser ces froides murailles qui nous séparaient et venir

t'embrasser. Malheureusement il est des choses pour lesquelles la

volonté est impuissante, des cas où toutes les forces physiques et

morales ne suffisent pas pour vaincre. J'attends très impatiemment le

moment où on nous permettra de nous jeter enfin dans les bras l'un de

l'autre...

Je te demande un immense sacrifice, celui de vivre pour moi, pour nos

enfants, de lutter jusqu'à la réhabilitation... Je mourrais de chagrin

si tu n'étais plus, je n'aurais pas la force de soutenir une lutte

pour laquelle toi seul au monde peux me fortifier.

Cinq années de ma vie, 1894-1899 · 第 20 / 171 题