_Le signeur de La Tour qu’en Auvergne fut né._
(_Collect. des docum. inédits_, Chronique de Du Guesclin, publiée
par M. Charrière, II, p. 214 et 221, vers 19,604 et 19,788.) Il est
encore nommé page 224, dans la variante mise en note.
[22] Dom Morice, _Preuves_, I, col. 1558.
C’est, comme on le verra, en 1371 et 1372 qu’il a composé son livre; à
cette époque, il étoit déjà marié depuis assez long-temps pour avoir des
fils et des filles dont l’âge demandoit qu’il eût à écrire pour eux des
livres d’éducation. L’époque de son mariage est inconnue; mais on sait
très bien le nom de sa femme. C’étoit[23] Jeanne de Rougé[24], dame de
Cornouaille, fille puinée de Bonabes de Rougé, seigneur d’Erval[25],
vicomte de la Guerche, conseiller et chambellan du roi[26], et de Jeanne
de Maillé, dame de Clervaux, fille elle-même de Jean de Maillé, seigneur
de Clervaux, et de Thomasse de Doué; la sœur aînée de Jeanne,
c’est-à-dire Mahaut de Rougé, eut, comme on l’a vu, une fille, nièce de
Jeanne, qui épousa Arquade de La Tour Landry, beau-frère de celle-ci.
Nous aurons encore quelques mentions à faire de Jeanne de Rougé, mais
nous préférons les laisser à leur ordre chronologique.
[23] Son père avoit déjà voulu le marier, mais le mariage avoit
manqué. Voy. les _Enseignements_, chap. 13, p. 28-9 de cette
édition.
[24] _Genéal. mss._; Du Paz, p. 85; Le Laboureur, p. 80.
[25] Voy., sur la terre de Derval, Du Paz, p. 166.
[26] Le Laboureur, p. 80.
En 1378, Geoffroy envoya des hommes au siége de Cherbourg; mais il n’y
fut pas lui-même, car, dans l’acte du «prêt fait à des hommes d’armes de
la compagnie du connétable, par deux lettres du roi du 8 et 13 octobre
1378, pour le fait du siége de Chierbour», on lit à la suite de
l’article M. Raoul de Montfort: «Pour M. de La Tour, banneret, un autre
chevalier bachelier et onze escuiers, receus en croissance dudit
Montfort, à Valoignes, le 18 nov.; à lui, dccxiv liv.[27]»
[27] Dom Morice, _Preuves_, II, col. 391.
Il est probable qu’en 1379, Jeanne de Rougé, femme de Geoffroy, a été
gravement malade, car, le 20 octobre de cette année[28], elle fit son
testament, institua ses deux exécutrices testamentaires Jeanne de
Maillé, sa mère, et dame Huette de Rougé, sa sœur, dame de Roaille, et
choisit sa sépulture dans l’église Notre-Dame-de-Meleray, au diocèse de
Nantes, auprès de la sépulture de son père[29].
[28] Du Paz, 167, qui appelle Jeanne de l’Isle la mère de Jeanne de
Rougé.
[29] Mort deux ans après, en 1377 (Du Paz, p. 656). Un autre Messire
Bonnabet de Rougé est indiqué par Bouchet (_Annales d’Aquitaine_,
quarte partie, folio xiv) comme tué à la bataille de Poitiers le 19
novembre 1356, et enterré chez les frères mineurs de Poitiers. Les
armes de Rougé sont de gueules, à une croix pattée d’argent; elles
se trouvent dans l’armorial de Jean de Bonnier, _dit_ Berry, héraut
d’armes de Charles vij. (Fonds Colbert, nº 9653.5.5.)
En 1380, il résulte de la pièce suivante que Geoffroy prit part à la
guerre de Bretagne: «Nous, Jean de Bueil, certifions à tous par nostre
serment que les personnes ci-dessous nommez ont servy le roy nostre dit
seigneur en ses guerres du pays de Bretagne, en nostre compaignie et
soubs le gouvernement de M. le connétable de France, par tout le mois de
février passé... M. Geuffroy, sire de La Tour, banneret... Donné à
Paris, le 30 avril, aprez Pasques 1380[30].» Trois ans après, nous
trouvons aussi le nom de Geoffroy dans «la monstre de Monsieur l’evesque
d’Angiers, banneret, d’un autre chevalier banneret, huyt autres
chevaliers bacheliers et de trente et cinq escuiers de sa compagnie,
reçeus ou val de Carsell le ije jour de septembre, l’an 1383.» Elle
commence: «Ledit Monsr l’evesque, banneret. Mess. Geuffroy de La Tour,
banneret, etc.[31]»
[30] Dom Morice, _Preuves_, t. I, col. 244.
[31] Collection Decamps; Mss. B. I. Cette mention nous a été donnée
par M. Jérôme Pichon, qui, dans une note de son excellent _Ménagier
de Paris_, avoit annoncé l’intention de publier une édition des
_Enseignements_; c’est à lui aussi que nous devons l’indication
d’Augustin Du Paz, à qui nous aurions pu ne pas songer.
En 1383, la femme de Geoffroy de La Tour Landry vivoit encore: car, dans
cette année même, son mari acquit avec elle le droit que Huet de Coesme,
écuyer, avoit au moulin de Brifont ou de Brefoul, assis à Saint-Denis de
Candé[32]; mais elle mourut avant lui, car il épousa en secondes noces
Marguerite des Roches[33], dame de la Mothe de Pendu, qui avoit épousé
en premières noces, le 28 mars 1370, Jean de Clerembaut, chevalier[34];
comme on verra que les enfants des premiers mariages de Geoffroy et de
Marguerite des Roches se marièrent entre eux, il n’est pas sans
probabilité de penser que ce mariage tardif eut pour raison le désir de
mêler complétement les biens des deux familles, et qu’il précéda les
mariages de leurs enfants, ce qui le reporteroit avant l’année 1389.
[32] _Généal. ms._
[33] _Généal. ms._
[34] Anselme, VII, 583 D.--Clerembaut portoit burelé d’argent et de
sable, de dix pièces. _Généal. mss._
En prenant cette date comme la dernière où nous trouvions Geoffroy,--et
il est probable que les mariages de ses enfants avec ceux de sa seconde
femme, qui sont postérieurs, se firent de son vivant,--il seroit
toujours certain qu’il a vécu sous les règnes de Philippe vi de Valois,
de Jean ij, de Charles v et de Charles vi; mais je ne puis dire en
quelle année il est mort, car je ne crois pas qu’il faille lui rapporter
la mention du «Geoffroy de La Tour, esc., avec dix-neuf autres»,
cité[35] parmi les capitaines ayant assisté au siége de Parthenay, qui
fut fini au mois d’août 1419. Outre la qualité d’écuyer, tandis que
depuis longtemps Geoffroy est toujours qualifié de chevalier banneret,
les dates seroient à elles seules une assez forte raison d’en douter; en
effet, les années comprises entre 1416 et 1346, première année où il
soit question de Geoffroy, forment un total de 73 ans, et, comme au
siége d’Aiguillon, en 1346, on ne peut pas lui supposer moins de vingt
ans, il faudroit admettre qu’il se battoit encore à 93 ans, ce qui est à
peu près inadmissible. Il faut croire que c’est un de ses fils. On n’en
indique partout qu’un seul; mais il est certain qu’il en a eu au moins
deux, puisque, dans son livre, nous le verrons mentionner plusieurs fois
_ses fils_. Pour terminer ce qui le concerne, j’ajouterai que la
généalogie manuscrite le qualifie de seigneur de Bourmont, de Bremont et
de Clervaux en Bas-Poitou, et que Le Laboureur[36] le qualifie de baron
de La Tour Landry, de seigneur de Bourmont, Clermont et Frigné, et de
fondateur de Notre-Dame-de-Saint-Sauveur, près de Candé, ordre de
Saint-Augustin. La Croix du Maine, I, 277, le qualifie de sieur de
Notre-Dame de Beaulieu, ce qui est vrai, tirant sans doute ce titre du
propre livre de notre auteur[37]. Nous ne doutons pas qu’il ne se trouve
plus tard d’autres mentions relatives à Geoffroy. Dans d’autres
histoires généalogiques, mais surtout dans des pièces conservées aux
Archives de l’Empire et aussi dans celles d’Angers, il est impossible
qu’il ne s’en trouve pas incidemment de nouvelles mentions; mais il
auroit fallu trop attendre pour avoir tout ce qui peut exister, et ce
premier essai pourra même servir à faire retrouver le reste.
[35] Dom Morice, _Preuves_, II, col. 991.
[36] Il l’appelle Georges; mais il ne s’agit pas d’un autre, puisqu’il
lui donne Jeanne de Rougé pour femme et Charles pour fils.
[37] Cf. notre édition, p. 79.
Nous pourrions arrêter ici ces détails généalogiques; mais il est
difficile de ne pas dire quelques mots de ceux-là mêmes pour lesquels
Geoffroy avoit écrit, et, comme sa descendance mâle s’est éteinte au
bout d’un siècle, de l’indiquer jusqu’au moment où le nom, encore
existant, de La Tour Landry, a été transporté dans une autre famille par
un mariage. Sur toute cette descendance, M. Pichon a trouvé dans des
pièces manuscrites les plus curieux et les plus abondants détails,
notamment toute la procédure de l’enlèvement d’une La Tour Landry; il a
tous les éléments d’une étude de mœurs historiques très intéressante et
qu’il seroit malheureux de ne pas lui voir exécuter. Pour notre sujet,
qui se rapporte plus particulièrement à Geoffroy et à son œuvre,
quelques indications suffiront.
Charles de La Tour Landry se maria deux fois, d’abord à Jeanne de
Soudé[38], ensuite, le 24 janvier 1389[39], à Jeanne Clerembault, fille
de Marguerite des Roches, seconde femme de Geoffroy, cette fois avec la
clause que, si Jeanne Clerembault demeuroit héritière de sa maison,
Charles et ses hoirs, issus de ce mariage, porteroient écartelé de La
Tour et de Clerembault, ce qui n’arriva pas, parceque Gilles
Clerembault, frère de Jeanne, devenu beau-frère de Charles de La Tour,
continua la postérité. La généalogie manuscrite fait mourir Charles de
La Tour au mois d’octobre 1415, à la bataille d’Azincourt, et, en effet,
nous trouvons «Le seigneur de La Tour» dans «les noms des princes, grans
maîtres, seigneurs et chevaliers franchois qui moururent à la bataille
d’Azincourt», donnés par Jean Lefebvre de Saint-Remy à la suite de son
récit[40]. Nous avons déjà parlé[41] d’un Geoffroy de La Tour, figurant
au siége de Parthenay en 1419, et probablement fils de l’auteur des
_Enseignements_. Peut-être faut-il encore regarder comme un autre de ses
fils un Hervé de La Tour, qui servoit comme gendarme en novembre 1415
dans la compagnie d’Olivier Duchâtel, en décembre de la même année dans
celle de Jehan du Buch; en juin 1416 dans celle de Jehan Papot[42].
Cependant nous trouvons à la fin de la traduction de Caxton, dont nous
dirons plus tard la scrupuleuse exactitude, cette phrase: _as hit is
reherced in the booke of my two sonnes_, absente de nos manuscrits, mais
qui devoit se trouver dans celui suivi par Caxton, et établiroit qu’en
1371 notre auteur n’avoit que deux fils.
[38] _Généal. ms._ 2.
[39] _Généal. ms._ 2. La _Gén._ 1. ne parle pas du nom de sa première
femme.--Anselme, VII, 583 D.
[40] Ed. Buchon, dans le _Panthéon_, ch. lxiv, p. 402.--Monstrelet le
cite aussi; Paris, 1603, in-fol. I, 230 vº.
[41] Voy. p. xvij.
[42] Dom Morice, _Preuves_, II, col. 911, 913, 923.
Quant aux filles, elles doivent avoir été au nombre de trois; en effet,
si aucun des manuscrits que nous avons vus ne paroît avoir appartenu à
Geoffroy,--et il seroit difficile d’en être sûr, à moins d’y trouver ses
armes et celles de Jeanne de Rougé, ou même de Marguerite
Desroches,--toutes les fois qu’il y a une miniature initiale, on y voit
toujours trois filles, et il n’est pas à croire que cette ressemblance
ne soit pas originairement produite par une première source authentique.
Malheureusement je n’en puis nommer qu’une, Marie de La Tour Landry, qui
épousa en 1391[43], le 1er novembre[44], Gilles Clerembault, fils de la
seconde femme de Geoffroy et frère de la femme de Charles, fils de
Geoffroy. Gilles Clerembault étoit chevalier, seigneur de la Plesse, et
n’eut pas d’enfants[45] de Marie de La Tour, morte évidemment avant
1400, puisque, le 15 octobre 1400, il épousa Jeanne Sauvage, qui lui
survécut[46].
[43] _Généal. mss._
[44] Anselme, _ut supra_.
[45] _Généal. mss._
[46] Anselme, _ut supra_.
Charles de La Tour Landry eut pour fils, N..., que les généalogies
manuscrites font figurer, comme son père, à la bataille d’Azincourt, en
disant qu’il mourut peu après de ses blessures, sans laisser d’enfants;
Ponthus, qui resta le chef de la famille; et trois autres fils[47],
Thibaud, Raoulet et Louis, morts tous trois sans laisser d’enfants.
Charles eut aussi au moins une fille, nommée Jeanne, peut-être l’aînée
de tous, puisqu’on la cite la première[48]. Il se peut qu’elle ait été
mariée deux fois, car c’est peut-être elle qu’il faut reconnoître dans
la Jeanne de La Tour Landry, dame de Clervaux, qui fut femme de Jean ou
Louis de Rochechouart[49]. Ce qu’il y a de sûr, c’est qu’elle fut la
première femme de Bertrand de Beauvau[50], seigneur de Précigny,
Silli-le-Guillaume et Briançon, qui devint conseiller et chambellan du
roi, président en sa chambre des comptes à Paris, grand-maître de Sicile
et sénéchal d’Anjou. Il sortit de ce mariage trois fils et trois
filles[51], et Jeanne étoit morte vers 1436, puisque ce fut par contrat
du 2 février 1437[52] que Bertrand se remaria à Françoise de Brezé; non
seulement il survécut encore à celle-ci, mais, après avoir épousé en
troisièmes noces Ide du Châtelet, il épousa en quatrièmes noces Blanche
d’Anjou, fille naturelle du roi René, et «les armes de toutes ces
alliances sont remarquées dans les églises des Augustins, Cordelières,
Carmes et Jacobins d’Angers, où le corps de ladite Jeanne receut
sepulture, ce qui est justifié par son tombeau[53].»
[47] _Généal. ms._ 2.
[48] _Généal. mss._--Le Laboureur, p. 80.
[49] Anselme, IV, 564 B et 653 B, C.--Leur fille Isabeau épousa Renaud
Chabot, qui eut un grand procès contre le seigneur de La Tour Landry
au sujet de la justice de Clervaux, obtint, le 20 juin 1464, pour
lui et son fils aîné, rémission d’un meurtre commis à cette
occasion, et mourut vers 1476.--Anselme, _ibid._
[50] D’argent, à quatre lions de gueules, cantonnez, armez et
lampassez d’or, à une étoile d’azur en cœur.--Sur un beau manuscrit
des Ethiques en françois, qui lui a appartenu, cf. M. Paulin Paris,
_Manuscrits françois_, t. IV, 330-2.
[51] Voir le détail dans la Chesnaye des Bois, in-4º, II, 318.
[52] Anselme, VIII, 270 E.
[53] _Généal. ms._ 1.
Pour Ponthus, nous savons qu’il fut chevalier, seigneur de La Tour
Landry, de Bourmont, du Loroux-Bottereau et baron de Bouloir en
Vendomois[54]; il donna en 1424 aux prieur et couvent de Saint-Jean
l’Evangéliste d’Angers la dixme des grains de sa terre de
Cornoailles[55], par acte signé de Jean de Lahève «ainsi qu’il est
remarqué au trésor des tiltres de Chasteaubriant[56]», et il possédoit
aussi une terre que le duc de Bretagne lui confisqua, parcequ’il tenoit
le parti d’Olivier de Chatillon[57]. Ce doit être lui qui se rendit
otage à Nantes pour répondre de l’exécution du mariage (21 mars 1431)
entre le comte de Montfort et Yoland, fille de la reine de Sicile[58],
et qui reçut ensuite une coupe dorée, en même temps que sa femme et sa
fille recevoient d’autres présents[59]. C’est aussi probablement lui que
cite l’auteur de l’histoire d’Artus, duc de Bretaigne, dans
l’énumération de ceux qui se sont trouvés à la bataille de Formigny[60],
le 15 avril 1450.
[54] _Généal. ms._ 1, 2.
[55] _Généal. ms._ 2.
[56] _Généal. ms._ 1.
[57] _Généal. ms._ 2.
[58] _Histoire de Bretagne_, par Dom Lobineau, Paris, in fol., I,
1706, p. 588.
[59] Dom Lobineau, _Preuves_, col. 1018; Dom Morice, _Preuves_, II,
col. 1232-3.
[60] Collection Michaud et Poujoulat, 1re série, III, 226.
Il est aussi bien à croire que c’est lui qui a fait écrire par quelque
clerc le roman de chevalerie de Ponthus, fils du roi de Galice, et de la
belle Sidoine, fille du roy de Bretaigne, souvent réimprimé; c’étoit un
moyen de populariser l’illustration de la famille et d’en faire reculer
très loin l’ancienneté,--Bourdigné, comme on l’a vu, s’y est laissé
prendre,--que de la mettre au milieu d’une action à la fois romanesque
et à demi historique. Les La Tour Landry ont voulu avoir aussi leur
roman, comme les Lusignan avoient Mélusine. Nous n’avons pas à entrer
dans le détail de ce très pauvre roman, qui se passe en Galice, en
Bretagne et en Angleterre, ni à suivre les péripéties des amours de
Ponthus et de Sidoine, traversées par les fourberies du traître
Guennelet et enfin couronnées par un mariage. Ce qu’il nous importe de
signaler c’est la certitude de l’origine de ce roman. Le héros de
l’histoire porte le nom fort particulier d’un des membres de la famille,
et, parmi ses compagnons, se voit toujours au premier rang Landry de La
Tour. Tous les noms propres sont de ce côté de la France; ce sont:
Geoffroy de Lusignan, le sire de Laval, d’Oucelles et de Sillié,
Guillaume et Benard de la Roche, le sire de Doé, Girard de
Chasteau-Gaultier, Jean Molevrier. Les quelques noms de localités
françoises concourent aussi à la même preuve: c’est à Vannes que se fait
le grand tournois, et, quand l’armée se réunit, c’est à la tour
d’Orbondelle, près de Tallemont; or Talmont est un bourg de Vendée
(Poitou) situé à 13 kil. des Sables. Un passage donneroit peut-être la
date exacte de la composition du roman, c’est lorsque, pour réunir une
armée contre les Sarrasins, on écrit à la comtesse d’Anjou: car, dit le
romancier, le comte étoit mort et son fils n’avoit que dix ans. Mais
c’est trop long-temps m’arrêter à ce livre, qu’il étoit pourtant
nécessaire de signaler[61].
[61] Pour les nombreuses éditions, et les traductions en anglois et en
allemand du roman de Ponthus, voyez l’excellent article de M.
Brunet, III, 812-4.
L’on ne connoît que deux enfants de Ponthus, Blanche et Louis Ier du
nom. Blanche épousa Guillaume d’Avaugour, seigneur de La Roche Mabile,
de Grefneuville et de Mesnil Raoulet, bailly de Touraine, veuf de Marie
de Coullietes, femme en premières noces de Gilles Quatrebarbes[62]. On
donne ordinairement cette Blanche comme fille de Louis 2e du nom[63];
mais la remarque de d’Hozier[64] est formelle sur ce point: «Bien que
les mémoires de la maison de La Tour Landry remarquent icelle Blanche de
La Tour estre issue de Louis et de Jeanne Quatrebarbes; néanmoins tous
les tiltres que j’ay me persuadent le contraire, et particulièrement
l’arrest, sur requeste, du Parlement de Paris, que ladite Jeanne
Quatrebarbes, demeurée veufve, obtint, le dernier jour de décembre 1453,
contre Blanche de La Tour, aussy veufve, où il est porté en termes
exprès qu’elle estoit sœur de feu Louis de La Tour, mary de Jeanne
Quatrebarbes.» Quant à Louis de La Tour, chevalier, baron dudit lieu et
du Boulloir, seigneur de Bourmont, la Gallonnère, de la Cornouaille, de
Clervaux, Rue d’Indre et Dreux le Pallateau, il épousa en 1430 Jeanne
Quatrebarbes, dame de La Touche Quatrebarbes, etc., fille de Gilles
Quatrebarbes et de Marie de Coullietes[65]. Louis étoit mort avant 1453,
et, le 22 juin 1455, sa veuve, en présence de son fils Christophe,
ratifie un acte fait le 6 juin précédent par son procureur et le
procureur de Blanche de la Tour, veuve de Guillaume d’Avaugour[66]. En
1458 elle fit son testament, et nomma pour ses exécuteurs testamentaires
René, Christophe et Louis, ses enfants[67].
[62] _Généal. ms._ 1.--Avaugour, d’argent au chef de gueules.
[63] _Généal. ms._ 2.--Le Laboureur, p. 80.
[64] _Généal. ms._ 1.
[65] _Généal. ms._ 1, qui donne tous les titres de Jeanne
Quatrebarbes.
[66] _Généal. ms._ 1.
[67] Des extraits de ce testament et de quelques autres pièces
postérieures sont joints à la _Généal. ms._ 1.
On vient de voir les noms des trois fils de Louis; un quatrième,
Geoffroy[68], paroît être mort de bonne heure, puisqu’il n’a pas laissé
de traces. Pour René, il se démit en 1438 de ses biens, sauf les
seigneuries de la Gallonnère et de Cornouaille, en faveur de Christophe,
son frère puîné, ainsi qu’il est verifié dans le trésor des titres de
Châteaubriant[69], se fit prêtre et mourut le 4 mai 1498[70]. Pour
Christophe, Bourdigné[71] nous apprend qu’en 1449 il se trouva au siége
de Rouen avec le duc de Calabre, fils du roi René, qui étoit allé
secourir son père. En 1460, il transigea pour des terres avec Pierre
d’Avaugour, fils de Guillaume et de Blanche de la Tour; en 1463, il
donna procuration audit Pierre de recevoir les foi et hommage dus à ses
terres; en 1469, il rend adveu de la terre du Genest au comte de
Monfort, et, la même année, fonde dans l’église du Genest des prières à
dire le jour de la Toussaint, avant la grand’messe, pour les âmes de ses
prédécesseurs[72]. Il mourut sans enfants, puisque ce fut Louis, 2e du
nom, qui resta chef de la famille. Il avoit épousé Catherine Gaudin,
fille d’Anceau, sieur de Pasée ou Basée, et de Marguerite D’Espinay
Lauderoude, maison alliée à celle de Laval[73].
[68] Le Laboureur (page 80), qui le cite avant ses frères.
[69] _Généal. ms._ 1.
[70] _Généal. ms._; Le Laboureur, p. 80.
[71] _Hystoire agrégative d’Anjou_, f. cxlix. vº.
[72] _Généal. ms._ 1.
[73] _Généal. ms._ 1.
C’est en lui que s’éteignit la descendance mâle de notre Geoffroy, car
Louis n’eut que des filles. On a vu que Blanche, dont on le faisoit le
père, n’étoit pas sa fille, mais sa tante; ses filles furent Françoise
et Marguerite, «femme de René Bourré[74], seigneur de Jarzé, dont la
postérité est tombée dans la maison Du Plessis des Roches Pichemel, de
laquelle est M. le marquis de Jarzé[75].» Quant à Françoise, fille aînée
et principale héritière de son père Louis, elle épousa, le 30 juillet
1494, Hardouin de Maillé, 10e du nom, né en 1462. Il s’obligea de
prendre le nom et les armes de La Tour, sous peine de 50,000 écus; mais,
après la mort de ses frères sans hoirs mâles, il se déclara aîné de sa
maison, et François Ier releva ses descendants de cette obligation, leur
permettant de reprendre le nom et les armes de Maillé, en y ajoutant le
nom de La Tour Landry[76].» Les armes de Maillé sont bien connues, d’or
à trois fasces ondées de gueules; mais celles de La Tour Landry le sont
bien moins, précisément à cause de l’abandon qui en fut fait. Le
Laboureur (p. 80) dit qu’elles sont d’or à une fasce crenelée de 3
pièces et massonnée de sable; Gaignières, qui les a dessinées et
blasonnées de sa main sur un feuillet de papier, passé, comme toute la
partie héraldique de sa collection, dans les dossiers du Cabinet des
titres, nous donne de plus l’émail de la fasce, qui étoit de gueules. La
description qui s’en trouve en tête des généalogies manuscrites a un
détail différent: elle indique la fasce comme bretessée, c’est-à-dire
crénelée, de trois pièces _et demie_. Il n’est pas rare de trouver une
fasce crénelée de deux pièces et deux demi-pièces; dans le cas de trois
pièces et demie, il faudroit, sa place n’étant pas indiquée, mettre la
demi-pièce à dextre; mais nous préférons nous tenir à la première
armoirie, qui est la plus probable, puisqu’elle ne sort pas des
conditions ordinaires.
[74] D’argent à la bande fuselée de gueules.--_Généal. ms._ 1.
[75] Le Laboureur, p. 80.
[76] Anselme, VII, 502; et La Chesnaye des Bois, IX, 314.