Suite du précédent.
Nous croyons avoir prouvé que sans la religion et sans les prêtres nous
serions dans une complète barbarie, et que la vie dirigée par les
principes religieux est toujours aussi active qu’elle est pure. Que
doit-on donc penser de ces éternelles déclamations sur la _paresse_ et
l’oisiveté des _dévots_, des _prêtres_ et des _religieuses_. Mais, quels
sont ceux qui leur font ces reproches?... des hommes qui passent leur
vie à table, aux spectacles ou à des soirées, et à jouer; et des femmes
qui consacrent leurs journées à la toilette, aux visites et aux bals.
C’étoit ainsi que des célibataires dans le dernier siècle frondoient
avec véhémence le célibat[89]. Depuis long-temps, on nous a tellement
familiarisés avec les inconséquences, qu’il n’en est point qui puisse
nous frapper vivement: on nous a parlé avec enthousiasme de la _liberté_
en exerçant sur nous le plus terrible despotisme; on affectoit un
extrême dédain pour les titres et les honneurs, et l’on sollicitoit des
décorations et les titres de comtes, de baron, de chevalier, etc. On
vantoit les _droits du peuple_ en accablant d’impôts ce _peuple roi_. On
affichoit (dans des discours) une touchante philantropie; et pendant
quatre ou cinq ans, on égorgea des millions d’innocentes victimes. On se
contenta depuis d’exiler, de destituer sans justice, d’allumer la guerre
dans toutes les parties de l’Europe, et de la faire comme les Goths et
les Vandales, en se _levant en masse_, en livrant des villes au plus
affreux pillage; enfin, quoique certaines personnes se piquent de
_détester_ les Anglais (depuis la paix), elles ont adopté comme les
autres toutes leurs modes, leurs usages, les heures de leurs repas,
leurs boissons, leur cuisine, leurs clubs. On imite toujours leurs
jardins. On a pris plusieurs phrases de leur langue, et jusqu’à leur
nouvelle et baroque écriture!...[90] On déclame sans relâche depuis
trente ans sur la flatterie des _anciens courtisans_, et l’on a poussé
la flatterie jusqu’à l’excès le plus étrange et le plus outré!...
[89] Entre autres Voltaire, d’Alembert.
[90] De toutes les modes que le caprice a jamais inventées, la
nouvelle _écriture anglaise_ est certainement la plus ridicule, car
il est absolument impossible d’en imaginer une raison bonne ou
mauvaise. Est-ce pour donner à l’écriture le premier de tous les
mérites, celui d’être parfaitement lisible? Au contraire, cette
mode, en confondant toutes les lettres, rend les caractères
tout-à-fait illisibles: par exemple, on prend toujours au premier
coup-d’œil l’_n_ majuscule pour un _h_, et le _p_ pour un _f_, etc.
Est-ce pour la rendre plus belle? Point du tout. Car elle gâte la
plus jolie écriture. Est-ce donc pour offrir le petit mérite de la
difficulté vaincue? Pas davantage. Ces inutiles et doubles longues
queues en l’air, qui ressemblent à des piques, ne demandent de
l’écrivain ni habileté, ni la moindre adresse de la main. Et cette
mode fantasque rend surannées les écritures si lisibles, si belles,
de nos grands maîtres dans cet art, de Roland, de Tardieu, d’Oudart,
etc., et de tous leurs écoliers!...
Nous pourrions citer bien d’autres inconséquences infiniment plus
graves... Mais il faut savoir s’arrêter!...