CHAPITRE XI.

Des Œuvres posthumes et des Testamens.

On peut, au lit de la mort, faire des restitutions et rétracter les

erreurs d’écrits coupables. Ces agonies repentantes offrent des

expiations sans doute trop tardives; néanmoins, elles sont réparatrices,

elles donnent l’exemple d’un hommage solennel rendu à la religion, et

elles demandent une grande indulgence pour les fautes et même pour les

crimes qu’elles dévoilent et qu’elles déplorent!... Mais, laisser après

soi des manuscrits scandaleux, des mémoires diffamatoires, remplis

d’ailleurs, de faussetés, de mensonges, de calomnies, voilà des excès

que rien n’excuse, et qui doivent répandre un opprobre éternel sur les

noms et la mémoire de ceux qui laissent de tels adieux à leur pays et à

leurs contemporains; la plus grande partie des mémoires imprimés de nos

jours seront de honteux monumens de l’esprit de parti et de la

perversité des mœurs de ce siècle[45]. Que l’on compare ces ignobles

productions à celles du même genre, qui furent écrites aussi dans des

temps de factions; les mémoires de mademoiselle de Montpensier, de la

duchesse de Nemours (si remarquable par l’esprit et l’impartialité), du

cardinal de Retz, de madame de Motteville, de Dangeau, de Gourville,

etc. Et si l’on remonte plus haut, on trouvera les admirables mémoires

de Sully, qui suffiroient seuls pour donner la plus noble opinion du

siècle, du règne et du gouvernement de Henri-le-Grand. Aussi ce siècle

a-t-il amené la plus éclatante renaissance des belles-lettres, et le

nôtre en a produit la décadence, car il est impossible de brouiller et

d’altérer tous les principes de la morale, sans ébranler tous ceux du

bon goût. La haine est odieuse sur le bord de la tombe, et elle est

atroce lorsque ses effets se prolongent au-delà des bornes de la vie.

L’âme en se détachant de son enveloppe mortelle, implorera la divine

miséricorde; comment osera-t-elle demander le pardon de ses fautes,

quand dans cet instant même elle se vengera encore sur la terre?

[45] Les mémoires dont je parle prétendent prouver la corruption du

siècle dernier, et je le répète, ils ne _prouvent_ que celle du

temps où nous vivons, par les mensonges extravagans, ridicules ou

atroces qu’ils contiennent. L’animosité, la haine de la cour et de

la noblesse en ont fait de véritables libelles; car malheureusement

ils ont successivement passé dans des mains infidèles, qui les ont

entièrement défigurés en les mutilant et en y insérant une infinité

de choses qui n’y étoient point; c’est de quoi je puis

particulièrement répondre relativement aux mémoires de M. le duc de

Lauzun, dont j’ai lu les originaux: cet ouvrage étoit frivole, et à

beaucoup d’égards peu digne de son auteur; mais du moins il n’étoit

point souillé par un nombre prodigieux d’anecdotes mensongères,

scandaleuses et du plus mauvais ton, et on y rendoit une éclatante

justice au caractère et aux vertus angéliques de madame de Lauzun;

je puis assurer encore que les indignes mémoires attribués à feu le

baron de Buzenval sont entièrement composés par l’_éditeur_, qui les

a remplis de contes absurdes et des plus noires calomnies. M. de

Buzenval, qui étoit Suisse, parloit avec agrément le françois, mais

n’étoit pas en état d’écrire passablement dans cette langue un

billet de trois lignes. Mon indignation sur les mémoires dont il

s’agit est d’autant moins suspecte que je n’y suis désignée d’aucune

manière injurieuse. Je pourrois citer encore beaucoup d’autres

mémoires modernes, dans lesquels la justice et la vérité sont

également outragées, et qui ne font pas mention de moi; mais j’ai

placé la justification des gens qu’ils attaquent avec indignité dans

un ouvrage qui ne paroîtra qu’après ma mort; j’y justifie aussi

quelques personnes qui ont toujours été mes ennemis, c’est un

hommage que je devois rendre à la vérité. J’ajouterai seulement ici,

qu’il seroit bien injuste de juger la société d’autrefois sur les

mémoires licencieux, et de si mauvais ton de personnes qui n’ont

jamais été admises dans la bonne compagnie; les révoltans mémoires

de madame d’Épinay sont de ce nombre.

Lorsqu’on a vécu dans des temps orageux, qu’on a vu des choses

extraordinaires, on peut, sans présomption, entreprendre de rédiger des

mémoires, si l’on sait bien écrire, et qu’on ait successivement

recueilli des notices exactes sur les principaux événemens dont on a été

témoin, ou dont on a eu l’occasion de connoître, avec certitude, toutes

les circonstances essentielles. On aime les petits détails dans les

mémoires, mais il faut cependant qu’ils aient toujours quelque intérêt;

s’ils sont tout à fait frivoles, ils doivent du moins avoir de la grâce,

de la naïveté, ou peindre des mœurs locales.

La chose la plus difficile dans des mémoires particuliers, c’est d’y

parler convenablement de soi; il faut éviter avec soin l’emphase et la

pompe, qui seroient surtout dans ce cas du plus grand ridicule. La

candeur, l’impartialité, la simplicité, font le charme principal de ce

genre d’ouvrages, on les lit sans intérêt si c’est avec défiance, et

l’on a besoin d’estimer assez l’auteur pour être assuré qu’il est

incapable, non-seulement de se permettre un mensonge, mais une

exagération; on ne trompe nul lecteur à cet égard; l’orgueil, ou le plus

puérile amour-propre et la haine, qui font déguiser et mentir se sentent

à chaque ligne: c’est dans ce sens que ce mot de M. de Buffon, _tout

l’homme est dans le style_, est parfaitement vrai.

Dans des poëmes, dans des fictions, on peut en exaltant son imagination,

peindre avec vérité (si toutefois on a de l’élévation dans l’âme) un

héroïsme auquel on ne pourroit atteindre, mais qu’on est au moins

capable d’admirer sincèrement.

On peut de même raconter les aventures d’un autre, et avec de

l’imagination et de la sensibilité, concevoir et bien décrire les

pensées d’un héros d’après son caractère connu, et les événemens de sa

vie. Il n’en est pas ainsi quand on écrit sa propre histoire: qu’on

n’entreprenne point cette tâche toujours difficultueuse, si l’on est

dominé par l’amour-propre et par l’animosité; car si l’on veut se

peindre en beau, la vérité qu’on ne peut se déguiser à soi-même, et le

souvenir de sa conduite s’y opposeroient invinciblement; l’artifice et

l’orgueil savent suggérer des phrases adroites, insidieuses et même

éblouissantes, mais ils n’ont point d’inspirations touchantes et

sublimes; s’ils prennent le ton de la douceur et de la bonté, ils

tombent dans la fadeur et dans l’affectation; s’ils affichent de grands

sentimens, le galimatias du style décèle la fausseté des pensées et le

ridicule des prétentions.

La sincérité oblige à rapporter sans aucun déguisement les faits, les

discours et ses propres sentimens; mais si l’on a eu le malheur affreux

de faire des bassesses et des crimes, par exemple, si l’on a mis tous

ses enfans à l’hôpital des enfans trouvés, si l’on a volé et rejeté le

vol sur une personne innocente, si l’on a manqué de reconnoissance et de

mœurs, si l’on a répandu des écrits que l’on ait soi-même jugés

corrupteurs et irréligieux, et qu’enfin on ait changé de religion par

des vues d’intérêt, on peut noblement abjurer de tels excès par un aveu

public et religieux, et en se condamnant soi-même à une pénitence sévère

pour le reste de ses jours; mais on n’est pas digne d’écrire ses

mémoires, ne pouvant obtenir le moindre degré d’estime, on n’auroit

aucun droit à la confiance, et surtout si l’auteur, après avoir conté

toutes ces choses, finissoit par assurer gravement qu’il est _le

meilleur des hommes_[46].

[46] Si l’on trouve ce jugement trop rigoureux, qu’on se rappelle que

J.-J. Rousseau, qui ne se piquoit ni d’être conséquent, ni d’avoir

de la mémoire, a dit aussi _ingénument_ de lui-même ce qui suit:

«Dire et prouver également le pour et le contre, tout persuader et

ne rien croire, a de tout temps été le jeu favori de mon esprit; je

ne regarde aucun de mes livres sans frémir; au lieu d’instruire je

corromps; au lieu de nourrir j’empoisonne; mais la passion m’égare,

et avec tous mes beaux discours, je ne suis qu’un scélérat.»

Rousseau (comme je l’ai remarqué ailleurs) n’est pas le premier qui

se soit piqué d’écrire des mémoires avec une cynique sincérité:

beaucoup d’autres avant lui ont eu cette prétention, entre autres le

philosophe Cardan, qui dit de lui-même qu’il est _fourbe, méchant,

calomniateur_, etc. Jérôme Cardan, médecin et géomètre, naquit à

Pavie en 1501: on croit que sa naissance étoit illégitime. Il se

mêloit d’astrologie; on dit qu’il se laissa mourir de faim afin

d’éviter la honte d’avoir faussement prédit sa mort. Son fils aîné

eut à vingt-six ans la tête tranchée pour avoir empoisonné sa femme.

Le père et le fils furent accusés d’athéisme.

Si dans une vie qui n’est point déshonorée il se trouve quelques

foiblesses, on doit se respecter assez pour les passer sous silence, la

véracité ne prescrit pas de tout dire. Rien de licencieux ou même

d’équivoque ne doit entrer dans des mémoires, et surtout lorsque

l’auteur annonce qu’il les écrit _pour l’instruction de ses enfans_; la

gaîté n’est point déplacée dans ces sortes d’ouvrages, elle peut même y

jeter une agréable variété, mais il faut qu’elle n’y puisse jamais

alarmer la pudeur.

On répète qu’il est lâche d’attaquer les morts qui ne peuvent se

défendre. Il y a plusieurs réflexions à faire sur cette maxime. 1º. Il

n’est pas exactement vrai que les morts soient _sans défense_, le

tombeau en est une, et plus puissante qu’on ne le croit communément; il

éteint les fureurs de l’envie, ou du moins il en émousse les traits

envenimés. Toutes les âmes élevées conviendront qu’il est toujours

odieux et criminel d’attaquer sans preuves irrécusables l’honneur des

vivans et la mémoire des morts, car c’est soi-même manquer d’honneur,

puisqu’on s’expose à être regardé comme un calomniateur; mais, dans ce

cas, il est plus cruel d’attaquer les vivans, puisqu’ils en souffrent;

on doit distinguer en ceci deux choses très-différentes que l’on confond

sans cesse: l’attaque des personnes et celle des écrits publics; les

personnes sont toujours respectables[47], les livres ne le sont que

lorsqu’ils contiennent la morale la plus pure; on ne doit les critiquer

sous d’autres rapports qu’avec tous les égards de l’estime; mais les

écrits corrupteurs ne méritent que les seuls ménagemens qu’impose le bon

goût.

[47] Il est pourtant permis d’accuser vivement s’il le faut pour se

justifier d’une imputation calomnieuse. On doit à sa famille, à ses

amis de ne point laisser flétrir injustement sa personne ou sa

mémoire, à moins que l’attaque ne fût insérée que dans des libelles

anonimes, qui ne peuvent inspirer que le plus profond dédain.

Composer d’utiles mémoires est infiniment plus difficile pour des gens

de lettres qui ont de la célébrité que pour d’autres, parce qu’ils ont

plus d’envieux, plus d’ennemis, plus de ressentimens à vaincre;

d’ailleurs ces espèces de mémoires doivent être en grande partie

littéraires, et c’est ici que l’impartialité seroit bien nécessaire et

qu’elle auroit un grand mérite; nous n’avons point d’ouvrage en ce genre

que l’on puisse proposer pour modèle; l’abbé Morellet avoit

naturellement dans le caractère une droiture qui, sans son

philosophisme, auroit pu lui donner une parfaite impartialité; mais dans

cette supposition même ses jugemens littéraires n’auroient pu être bons;

il n’avoit pas le talent d’écrire, et ce qui manque particulièrement à

ses mémoires, c’est l’esprit.

Il est à regretter que feu M. Thomas de l’Académie française n’ait pas

laissé de mémoires; ses vertus, la pureté de ses mœurs et de sa vie, ses

talens, comme orateur et comme poète, le mettoient en état d’en écrire

d’excellens; on lui a justement reproché d’avoir eu quelquefois en prose

et en vers de l’enflure et de l’emphase; mais ce fut plutôt en lui

l’abus et l’excès d’une qualité qu’une affectation; il avoit une

élévation réelle dans l’âme et dans les idées; ses écrits sont remplis

de grandes pensées et des plus nobles sentimens, souvent exprimés d’une

manière touchante; on n’oubliera jamais sa belle ode _sur le temps_, et

dont le sujet nous donne le droit de transcrire ici les dernières

strophes:

Si je devois un jour, pour de viles richesses,

Vendre ma liberté, descendre à des bassesses;

Si mon cœur par mes sens devoit être amolli!

O temps, je te dirois: Préviens ma dernière heure,

Hâte-toi, que je meure,

J’aime mieux n’être plus que de vivre avili.

Mais si de la vertu les généreuses flammes

Peuvent de mes écrits passer dans quelques âmes;

Si je puis d’un ami soulager les douleurs;

S’il est des malheureux dont l’obscure innocence

Languisse sans défense,

Et dont ma foible main doive essuyer les pleurs;

O temps, suspends ton vol, respecte ma jeunesse;

Que ma mère, long-temps objet de ma tendresse,

Reçoive mes tributs de respect et d’amour:

Et vous, gloire, vertu, déesses immortelles,

Que vos brillantes ailes,

Sur mes cheveux blanchis, se reposent un jour[48]!

[48] Dans son _Épître au peuple français_, faite deux ans avant la

révolution, on trouve ces vers:

Que de coupables mains s’élevant jusqu’aux trônes

Sur la tête des rois ébranlent les couronnes;

Peuple, tu ne sais point par de grands attentats

Épouvanter la terre et changer les états.

Cette pièce finit par deux vers, dont la pensée sera vraie dans tous

les temps:

«Le vice seul est bas, la vertu fait le rang

«Et l’homme le plus juste est aussi le plus grand.»

Il est bien dommage qu’une telle plume n’ait pas écrit sa _vie

littéraire_. Quant aux testamens, ces derniers adieux si solennels,

s’ils offrent une seule pensée, une seule disposition contraire à la

religion, à la justice, à la morale, ils sont odieux, alors même que les

lois n’en peuvent attaquer la validité.

Durant le cours si borné de notre carrière apprenons à connoître le prix

du temps; dans cette course rapide ne négligeons aucun moyen, ne perdons

aucune occasion de nous rendre utiles, tâchons de ne donner que de bons

exemples et de ne laisser après nous que de nobles souvenirs.

Une vie écoulée dans l’oisiveté, l’indolence et dans la vaine

dissipation du monde n’est qu’une insipide et coupable végétation.

Nous pensons que nous ne pouvons mieux compléter ce chapitre qu’en

offrant à la jeunesse un extrait succinct de pensées religieuses _sur le

temps_, tirées de l’Écriture sainte et des orateurs chrétiens.

* * * * *

J’ai passé par le champ du paresseux et par la vigne de l’insensé, et

j’ai trouvé que tout étoit plein d’orties; que les épines en couvroient

toute la surface, et que les murs étoient abattus; en voyant cela j’ai

fait mes réflexions, et je me suis instruit par cet exemple. _Prov.,

chap. 24._

Les pensées d’un homme fort et laborieux produisent l’abondance, mais

tout paresseux est toujours pauvre. _Ch. 21._

Allez à la fourmi, considérez sa conduite et apprenez à devenir sage;

puisque n’ayant ni chef, ni maître, ni prince, elle fait néanmoins sa

provision durant l’été, et amasse pendant la moisson de quoi se nourrir.

Jusqu’à quand dormirez-vous paresseux? quand vous réveillerez-vous de

votre sommeil? _Prov., ch. 6._

N’aimez point le sommeil, de peur que vous ne tombiez dans l’indigence;

soyez vigilant et vous serez dans l’abondance. Les désirs tuent le

paresseux, il passe sa vie à former des souhaits. _Prov._

O toi, qui que tu sois, qui vis sur cette terre, qu’y fais-tu? quels

sont tes travaux? Pourquoi consumes-tu dans un lâche repos un temps si

précieux... tout homme qui se présente te fournit l’occasion d’être

utile; si tu ne peux rien faire pour lui, aime-le; et quand ton cœur

sera pénétré de ce doux sentiment, adresse au ciel tes vœux les plus

ardens pour qu’il verse sur lui ses bienfaits: ton créateur et ton

maître agréera tes vœux; l’implorer pour le prochain, c’est rendre un

digne hommage à sa bonté suprême! _Veilles de saint Augustin._

Dès qu’on est dans ce corps mortel, on ne cesse de tendre vers la mort.

Tout le temps que l’on vit est autant de retranché sur celui qu’on doit

vivre; tout le temps de cette vie n’est qu’une course rapide vers la

mort. _Saint Augustin._

La perte du temps est un des plus grands désordres du monde. Cette vie

est si courte, tous les momens en sont si précieux... et néanmoins nous

vivons comme si cette vie ne devoit jamais finir, ou que nous n’y

eussions rien à faire... Hélas! si un réprouvé avoit un seul moment de

tout le temps que nous perdons, comment en useroit-il? A chaque instant

de son existence, on pourroit gagner une éternité bienheureuse. Nous ne

laissons échapper aucune occasion de nous amuser ou de nous enrichir; et

nous perdons à toute heure l’occasion de nous sauver. La journée la

mieux employée n’est pas celle où vous avez le plus avancé vos affaires;

mais celle où vous avez amassé le plus de mérites, et dont Dieu est le

plus content. Faites en sorte qu’à quelque heure qu’on vous rencontre,

si l’on vous demandoit: que faites-vous? vous puissiez répondre: je

travaille pour Dieu et pour mon salut. _Pensées Chrétiennes._

Lisez attentivement les divines écritures, vous y verrez partout

l’oisiveté en exécration; le travail expressément recommandé à tous,

sans distinction de rangs ni de sexes; l’arbre stérile coupé et livré

aux flammes, le serviteur négligent précipité dans les ténèbres

extérieures, et toujours la paresse punie avec autant de sévérité que

l’infidélité. La politique humaine entend-elle aussi bien les intérêts

de la société? s’arme-t-elle d’autant de rigueurs contre ces spectateurs

indifférens qui moissonnent largement dans un champ où ils n’ont point

semé? à peine a-t-elle des punitions pour les scélérats, comment en

auroit-elle pour les paresseux! ils sont souvent les mieux récompensés;

aussi, sûr de l’impunité, on embrasse un état, on se charge d’un emploi,

et on néglige sans crainte d’en remplir les obligations. Ils ont suivi

les déréglemens de leur cœur, dit le prophète; voilà la source du mal,

et dès lors ils ont mis les plaisirs à la place des devoirs, les

amusemens à la place des occupations; ils se sont rendus inutiles: la

conséquence est juste; pour vous en convaincre, jetez les yeux sur la

scène du monde; tout s’y passe en représentations; presque rien ne s’y

passe en réalités; tous les postes sont occupés en apparence, et

cependant à le prendre à la rigueur, que de postes vacans, que de titres

sans fonctions, que de ressorts qui n’agissent point, que de principaux

mobiles qui s’arrêtent!... divinités inférieures de la terre, nobles,

grands, puissans du siècle, souffrez que nous vous interrogions; tout

s’agite, tout est en mouvement autour de vous; pourquoi seuls

croupissez-vous dans l’oisiveté? n’êtes-vous pas pécheurs, et le joug

n’a-t-il pas été imposé à tous les enfans d’Adam, comme la pénitence de

leur prévarication? n’êtes-vous pas citoyens? est-il juste que vous

dévoriez tout le fruit des travaux des autres et que vous ne preniez

nulle part à ces mêmes travaux? avec tant d’orgueil vous croyez-vous si

peu nécessaires à la société qu’elle ne souffre aucun dommage de votre

inaction?... Non, vous n’êtes plus grands, votre seule inutilité vous

dégrade, et Dieu ne vous distinguera de la foule que vous méprisez, que

par les châtimens qu’il prépare à votre indolence. (_Sermon sur les

devoirs de la vie civile, par l’abbé Poule._)

Vous serez toujours content le soir quand vous aurez utilement employé

la journée. _Imitation de Jésus-Christ._

De l'emploi du temps · 第 17 / 40 题