CHAPITRE III.

Emploi du temps dans l’Éducation.

L’instituteur doit penser, dans tous les instans, qu’il tient entre ses

mains la destinée de son élève, ou que, du moins, ses soins, ses ordres,

ses discours, ses exemples, son autorité, auront la plus grande

influence sur son avenir. L’espace de temps, confié à l’instituteur,

doit être calculé de manière que tous les momens en soient utilement

employés. Comme il faut des délassemens à l’enfance et à la jeunesse,

l’élève a besoin de récréation; mais l’instituteur doit s’attacher à

donner à tous ces amusemens quelque chose d’instructif ou d’utile à la

santé; dans les promenades, le jardinage, la botanique; à la campagne,

les travaux champêtres et domestiques, les métiers villageois, surtout

la vannerie si facile à apprendre; à la ville, les visites dans les

manufactures, les cabinets d’histoire naturelle, et de tableaux, etc.

L’hiver, on peut les amuser avec les petits métiers qui ne demandent ni

force, ni machines compliquées, le tour, les métiers avec lesquels on

fait des rubans, de la gaze, des lacets, etc.[16], enfin, en toute

saison, les exercices du corps qui peuvent donner de la force, de

l’agilité, de la souplesse[17]. On ne doit jamais négliger d’avoir avec

eux ou devant eux des entretiens qui puissent leur être profitables;

mais il est essentiel qu’aux heures de leurs récréations, ils ne

soupçonnent jamais ce dessein, car toute espèce de leçons leur

paroîtroit une injustice au temps accordé pour leur amusement. C’est ici

que l’instituteur (comme en beaucoup d’autres occasions) a besoin

d’adresse et d’un peu d’art. Il faut enfin que les études, parfaitement

réglées, ne soient jamais interrompues.

[16] Voyez _Adèle et Théodore_.

[17] J’ai parlé de toutes ces choses avec détail dans _les Leçons

d’une gouvernante_, 2 gros vol. in-8.

Les vacances ont perdu plus d’éducations que le manque d’habileté des

maîtres. Et quelle perte déplorable de temps pour l’enfance,

l’adolescence et la jeunesse que les visites, les bals et les

spectacles, du moins d’habitude et sans un choix particulier... Quels

germes de corruption un tel genre de vie jette dans leurs âmes!...

Mener souvent ses jeunes élèves dans le monde est un moyen certain de

les empêcher d’y être jamais de bons observateurs, car ils s’y

familiarisent avec les vices et les ridicules, et par la suite rien dans

ce genre ne pourra les frapper. D’ailleurs dans un cercle où se trouvent

des enfans, chacun pour plaire à leurs parens s’occupe d’eux; on paroît

être enchanté de leur gentillesse et même de leur importunité; on

s’extasie sur leur esprit et leurs prétendus bons mots, et c’est ainsi

que d’une part les flatteries des indifférens, et de l’autre

l’amour-propre mal-entendu, et la crédulité des père et mère, nous

préparent une génération de fats, indiscrets et présomptueux, et de

coquettes inconsidérées et minaudières... qu’ils seront mécontens un

jour ces pauvres enfans, _bercés_ de ridicules adulations, lorsqu’ayant

quitté leurs lisières, c’est-à-dire marchant tout seuls et séparés de

leur escorte de famille, ils débuteront véritablement dans le monde...

quel sera leur étonnement de n’y produire aucun effet, et de n’y

recueillir que la vague et froide bienveillance d’une indulgence

protectrice!... Comme la maîtresse de maison qui ne s’occupera nullement

d’eux, leur paroîtra impertinente... et combien ils trouveront insipide

la société qui ne sera pas dans l’enchantement de leur esprit et de

leurs saillies!... Alors ces jeunes gens deviendront frondeurs par

dépit, dédaigneux par vengeance; ils se jetteront dans la mauvaise

compagnie afin de produire de l’effet et de primer; et les tristes

résultats de tous leurs mécomptes seront presque inévitablement les

inimitiés, la médisance, la méchanceté, les querelles, les duels, et la

vile passion du jeu.

De l'emploi du temps · 第 9 / 40 题