XI

Mon âme tant mal de s’endort,

Soeur, au son de ta chanson nocturne:

_Un lys noir a fleuri dans l’urne,

Le roi de ce pays est mort._

De lointains luths scandent tes paroles

Que je ne comprends plus, ô ma soeur.

_Semez, mes mains, avec douceur

Des étoiles et des corolles._

Oh! du silence pour écouter

Ce que soufflent les anges funèbres:

_Drapeaux du roi dans les ténèbres,

L’heure des fous vient de tinter._

Des vols d’aigles tonnent sur ma tète

Dont s’ensanglantèrent les regards:

_O mort, ouvre es yeux hagards,

Dans la tempête, à la conquête._

Mes rêves noirs ont pris leur essor

Vers une ville à la tour penchée:

_Voici passer la chevauchée

Des princes sous la lune d’or._

Oh! des baisers, ma soeur, sur mes lèvres,

Et tes mains sur mes yeux, ou je meurs:

_Tôt hurleront toutes les peurs

Dans le rouge palais des fièvres._

Plus de lune! mon âme s’endort,

Tant folle, à cette heure taciturne:

_Un lys noir a fleuri dans l'urne,

Le roi de ce pays est mort._

Petits Poèmes d'Automne · 第 34 / 37 题