La porte de la triste maison
Où sabrita le rêve des ans
Sest close aux neiges de la saison
Dont frissonnent les nouveaux enfants.
La route ne connaît plus les rois
Qui passaient dans des bruits de tambours,
Ni les prêtres droits sous leurs orfrois,
Ni les bouffons et les troubadours.
Vainement les pauvres impotents,
Leurs pieds sur le seuil, chantent en choeur
Dimportunes chansons du vieux temps
Sous le houx qui saigne comme un coeur.
Celle et celui qui leur donnaient lor
Sont morts davoir eu peur de lhiver
Dans la maison où lhorloge encor
Marque, sans le savoir, l'heure dhier.
Le jardin se perd vers les confins
De la forêt interdite au jour
Qui hérisse en menace ses pins
Autour des trois croix du carrefour.
Et contre le crépuscule roux
Lon voit fuir sous les corbeaux du sort,
Comme une horde noire de loups,
Les vengeurs qui hurlent à la mort.
X
Le lierre noir et la rose églantine
Défendent les porte du jardin
Où le soir dun printemps qui sobstine
Est tout dazur et dincarnadin.
Dehors séplorent les folles fontaines
Qui virent mi-mort d'amour l'Enfant
Venu par les routes incertaines
Vers ce seuil du rêve triomphant,
Nayant connu ni la magique épée
Que ne rouille pas le sang des fleurs,
Ni la parole de lépopée
Par laquelle senfuit lheure en pleurs,
Il sagenouilla, très las, dans la poudre
De la route ouvert à tous les pas
Où les chars font le bruit de la foudre
Et leurs sonnailles celui d'un glas.
Quelles flûtes se dirent, dans les roses,
La victoire du soir sur celui
Qui crut servir lesprit et les choses
Du lendemain et de laujourd'hui?
O pâle Enfant désireux des corolles,
Close longtemps est la porte dor
Que seules descellent les paroles
De ceux qu veulent le vrai trésor.
Laisse-toi donc dormir hors de lenceinte
Où chante te dernier rossignol;
Sache croire que lattente est sainte,
Et donne à tes seuls rêves leur vol.
Et peut-être enfin les portes de flamme
S'ouvriront-elles à ton appel
Sous laube où les fleurs, ayant une âme,
En feront sauter le triple scel.