VI

Je suis ce roi des anciens temps

Dont la cité dort sous la mer

Aux chocs sourds des cloches de fer

Qui sonnèrent trop de printemps.

Je crois savoir des noms de reines

Défuntes depuis tant d’années,

O mon âme! et des fleurs fanées

Semblent tomber des nuits sereines.

Les vaisseaux lourds de mon trésor

Ont tous sombré je ne sais où,

Et désormais je suis le fou

Qui cherche sur les flots son or.

Pourquoi vouloir la vieille gloire

Sous les noirs étendards des villes

Où tant de barbares serviles

Hurlaient aux astres ma victoire?

Avec la lune sur mes yeux

Calmes, et l'épée à la main,

J’attends luire le lendemain

Qui tracera mon signe aux cieux.

Pourtant l’espoir de la conquête

Me gonfle le coeur de ses rages:

Ai-je entendu, vainqueur des âges,

Des trompettes dans la tempête?

Ou sont-ce les cloches de fer

Qui sonnèrent trop de printemps?

Je suis ce roi des anciens temps

Dont la cité dort sous la mer.

Petits Poèmes d'Automne · 第 30 / 37 题