IV

Mon royaume est plein de cavalcades

Caracolant vers des plaines d’or

Aux fanfares magiques d’un cor

Qui décèlera les embuscades.

Vers l'Occident surgissent, vermeils,

Les pinacles de la Cité sainte,

Où dix mille étendards, sur l’enceinte,

S’empourprèrent du sang des soleils.

Tôt tonneront, avec les cymbales,

Les tympanons des Barbares noirs,

Signal de la bataille des soirs

Qui cabrera les pâles cavales.

Les haches heurteront de l’estoc,

Les casques incrustés d’escarboucles,

D’où s’écrouleront, rouges, les boucles

Des Païens rebroussés sous le choc.

Et leur Prince, sonnant les alarmes,

S’échouera dans les flaques de sang

Aux foudres du cor retentissant

Par-dessus le vacarme des armes.

Je tordrai dans mon poing les cheveux

Des folles qui pleurent sous les tentes

La déroute des hordes chantantes

Dont elles assouvissaient les voeux.

Que l’on danse d’amour devant l’Arche

Qui nous mène, au rire des clairons,

Vers la rive où, doux, nous puiserons

L’oubli de la lutte et de la marche!

Je vous livre tout l’or du Trésor,

O vous de la croisade des rêves,

Et les gemmes frivoles des grèves

D’où la tarasque prend son essor.

Car seul dans le temple du Silence

Où mourra la voix de vos adieux,

Je veux ravir, comparable aux dieux,

La Coupe, la Couronne et la Lance.

V

L’étendard que mon bras de rebelle

Déroula sur les terres du rêve

Tremble aux tours du palais de la Belle

Pour que son peuple en rie. Et le glaive

Que trempa dans le sang des chimères

Quelque héros aïeul de ma race,

S’est brisé dans mes mains éphémères

Contre l’Ange à la ronge cuirasse.

Prince de si triste renommée,

Me voici, revenu des désastres,

Sur la route où jadis mon armée

Chevauchait en chantant vers les astres.

Nul, hélas! n’enguirlande de roses

Cette lance où miroite la lune.

Ah! les jours de retour sont moroses

Aux maudits de la mâle fortune!

La douce diseuse d’aventure

Qui pleura sur le seuil de sa porte

Quand je lus dans l’occulte écriture,

Je sais par les signes qu’elle est morte.

Et mon âme qui d’amour tressaille

Revole vers la terre du rêve,

Où vaincu dans l’ultime bataille

Je perdis l’Etendard et te Glaive.

Petits Poèmes d'Automne · 第 29 / 37 题