Je crois, folle, que tout l'automne
Dort en tes yeux, et ta voix,
Las! se lamente monotone
Comme le vent lent dans les bois.
Tes cheveux sont couleur des feuilles
Qui vont mourir, et tes mains
Semblent flétrir, que tu le veuilles
Ou non, les fleurs des lendemains.
Aussi taimais-je pour le rêve
Lamentable de tes yeux
Et ta voix qui fut la voix dEve
Pleurant les aubes danciens cieux;
Et surtout pour ta chevelure
Qui fut mou léger linceul,
Et tes mains à douce brûlure
Lors des baisers de seule à seul.
Mais tu ne sus charmer mon âme,
Dont le Sauveur ait merci!
Car elle est de souffle et de flamme
Et pure de limpur souci.
Me voici, féal à mon glaive,
De nouveau sous le soleil,
Et ces nuits damour sont le rêve,
Nest-ce pas? dun mauvais sommeil.
Je vais vers des pays où tonne
Le combat des demi-dieux...
Ah! folle, folle, tout lautomne
Ne dormait-il pas en tes yeux?
V
Au temps de la mort des marjolaines,
Alors que bourdonne ton léger
Rouet, tu me fais, les soirs, songer
A tes aïeules les châtelaines.
Tes doigts sont fluets comme les leurs
Qui dévidaient les fuseaux fragiles.
Que files-tu, soeur, en ces vigiles,
Où tu chantes dheurs et de malheurs?
Seraient-ce des linceuls pour tes rêves
Damour, morts en la saison des pleurs
Davoir vu mourir toutes les fleurs
Qui parfumèrent les heures brèves?
Oh! le geste fatal de les mains
Pâles, quand je parle de ces choses,
De tes mains qui bénirent les roses
En nos jours damour sans lendemains!
Cest le vent dautomne dans lallée,
Soeur, écoute, et la chute sur leau
Des feuilles du saule et du bouleau,
Et cest le givre dans la vallée.
Dénoue-il est l'heure-tes cheveux
Plus blonds que le chanvre que tu files;
Lombre où se tendent nos mains débiles
Et propice au murmure des voeux.
Et viens, pareille à ces châtelaines
Dolentes à qui tu fais songer,
Dans le silence où meurt ton léger
Rouet, ô ma soeur des marjolaines!