IV

Je crois, folle, que tout l'automne

Dort en tes yeux, et ta voix,

Las! se lamente monotone

Comme le vent lent dans les bois.

Tes cheveux sont couleur des feuilles

Qui vont mourir, et tes mains

Semblent flétrir, que tu le veuilles

Ou non, les fleurs des lendemains.

Aussi t’aimais-je pour le rêve

Lamentable de tes yeux

Et ta voix qui fut la voix d’Eve

Pleurant les aubes d’anciens cieux;

Et surtout pour ta chevelure

Qui fut mou léger linceul,

Et tes mains à douce brûlure

Lors des baisers de seule à seul.

Mais tu ne sus charmer mon âme,

Dont le Sauveur ait merci!

Car elle est de souffle et de flamme

Et pure de l’impur souci.

Me voici, féal à mon glaive,

De nouveau sous le soleil,

Et ces nuits d’amour sont le rêve,

N’est-ce pas? d’un mauvais sommeil.

Je vais vers des pays où tonne

Le combat des demi-dieux...

Ah! folle, folle, tout l’automne

Ne dormait-il pas en tes yeux?

V

Au temps de la mort des marjolaines,

Alors que bourdonne ton léger

Rouet, tu me fais, les soirs, songer

A tes aïeules les châtelaines.

Tes doigts sont fluets comme les leurs

Qui dévidaient les fuseaux fragiles.

Que files-tu, soeur, en ces vigiles,

Où tu chantes d’heurs et de malheurs?

Seraient-ce des linceuls pour tes rêves

D’amour, morts en la saison des pleurs

D’avoir vu mourir toutes les fleurs

Qui parfumèrent les heures brèves?

Oh! le geste fatal de les mains

Pâles, quand je parle de ces choses,

De tes mains qui bénirent les roses

En nos jours d’amour sans lendemains!

C’est le vent d’automne dans l’allée,

Soeur, écoute, et la chute sur l’eau

Des feuilles du saule et du bouleau,

Et c’est le givre dans la vallée.

Dénoue—-il est l'heure—-tes cheveux

Plus blonds que le chanvre que tu files;

L’ombre où se tendent nos mains débiles

Et propice au murmure des voeux.

Et viens, pareille à ces châtelaines

Dolentes à qui tu fais songer,

Dans le silence où meurt ton léger

Rouet, ô ma soeur des marjolaines!

Petits Poèmes d'Automne · 第 12 / 37 题