--Viens, très douce, rêver aux heure.
Où nous effeuillâmes les lys
Au clair de la lune. Tu pleures?
--Je fus la fille du roi d'Ys,
Mon amant, et je sais à peine
Ce que nous nous dîmes, jadis.
--Nes-tu pas la petite reine
Qui sen venait, chantant tout bas,
Mirer ses yeux en la fontaine?
--Si légers devaient choir mes pas
Sur le givre des nuits dautomne,
Que tu ne les entendis pas.
--Hélas! mais sa voix monotone
Était la tienne, et ses chers yeux
Avaient ton regard qui sétonne.
--Dupe! Par une loi des dieux
La cité nest plus sur la dune,
Et je vais vers de nouveaux cieux.
--Pourtant je sais que jaimais une
Qui parlait ainsi de malheurs
En lançant des lys à la lune.
--O toi qui te souviens, ces pleurs
Sont le signe en effet de celle
Qui survit à la mort des fleurs.
--Je savais bien que tu fus elle,
Avec ta peur des lendemains,
Cet air mortel qui mensorcelle,
Et tes gestes las de tes mains!