IX

Souvent la visite du curé interrompait la lecture. Il appelait Noémi:

mon enfant, acceptait un verre d'eau de noix; mais il semblait qu'il

ne sût plus comme naguère soutenir avec M. Jérôme des colloques

théologiques ni le divertir d'anecdotes cléricales. Chacun, devant

ce juge, rattachait son masque. Les yeux n'exprimaient plus rien;

les âmes se sentaient épiées. Le curé ne se délassait plus en une

conversation à bâtons rompus: tout ce qu'il disait semblait tendre à

un but non encore découvert. Il allongeait vers la flamme des jambes

courtes et enflées, et soudain assénait de vifs regards vite voilés

sur le couple silencieux. Moins péremptoire, moins sûr de soi, depuis

longtemps il n'avait raconté, comme il aimait faire, ses débats avec

tel rationaliste, où revenait souvent cette formule: «Je lui répondis,

_victorieusement d'ailleurs..._» M. Jérôme assurait qu'il n'avait vu le

curé si soucieux qu'à l'époque où l'ancien maire prétendit faire sonner

les cloches pour les enterrements civils et mobiliser le char funèbre

de la fabrique. Le curé aurait voulu que Jean Péloueyre se remît à un

travail d'histoire locale, entrepris avec passion mais depuis une année

interrompu. Le jeune homme prétendait manquer des documents essentiels.

Au vrai, de souffle court, il n'allait jamais jusqu'au bout d'aucune

étude. Les premières pages de ses livres, il les zébrait de notes, et

les dernières, il ne les coupait pas. Un perpétuel besoin de marcher

pour ratiociner à son aise, l'éloignait de sa table. Un soir, comme M.

Jérôme s'était retiré, le curé revint avec obstination sur ce sujet.

Jean Péloueyre se déclara incapable d'aller plus avant, sans consulter

des ouvrages spéciaux à la Bibliothèque Nationale: il ne pouvait tout

de même pas faire le voyage de Paris... «Et pourquoi, mon cher enfant,

ne le feriez-vous pas?» Le curé posa à mi-voix cette question; il

jouait avec la frange de sa ceinture, et ne détournait pas ses yeux

du feu. Une faible voix murmura: «Je ne veux pas que Jean me quitte.»

Mais le curé insista: c'est un péché que de ne pas faire fructifier le

talent. Incapable de diriger un cercle d'études ni aucune œuvre, Jean

ne devait pas tenir plus longtemps l'emploi de l'ouvrier inutile... Le

saint homme développait ce thème. La triste voix, en un grand effort,

dit encore: «Si Jean s'en va, je partirai avec lui...» Le curé secoua

la tête: Noémi s'était rendue indispensable auprès du cher malade. Au

reste il ne s'agissait que d'une courte séparation--quelques semaines,

quelques mois... Noémi ne trouva plus la force de protester. Aucune

autre parole ne fut prononcée jusqu'à ce que le curé eût remis sa

douillette et chaussé des sabots. Jean Péloueyre s'enveloppa d'une

pélerine, alluma la lanterne et précéda son hôte.

Le pluvieux décembre et ses brèves journées ne permirent plus aux époux

de se fuir--sauf lorsque Jean Péloueyre chassait la bécasse; mais même

alors il fallait rentrer dès quatre heures avec le crépuscule. Un seul

feu, une lampe unique rapprochaient ces corps ennemis. Autour de la

maison, la pluie endormante chuchotait. M. Jérôme avait ses douleurs

de chaque hiver dans l'épaule gauche et geignait. Mais Noémi allait

mieux. Elle s'obligeait à un effort quotidien pour détourner Jean de

ses projets de voyage; elle avait promis au ciel de tenter l'impossible

pour qu'il demeurât près d'elle. Cette supplication empêchait le

malheureux de rester indécis sans se résoudre à rien et, en ayant

l'air de le retenir, le forçait à prendre parti. Il levait vers la

jeune femme ses yeux de chien battu: «Il faut que je m'en aille,

Noémi». Elle protestait, mais s'il faisait semblant de fléchir, loin de

poursuivre son avantage elle n'insistait plus. M. Jérôme, bien qu'il

citât volontiers le vers des _Deux pigeons: L'absence est le plus grand

des maux_, envisageait avec une secrète joie de vivre seul près de sa

bru. Enfin le curé, en toutes rencontres, harcelait Jean Péloueyre.

Que pouvait le triste garçon contre cette complicité? D'ailleurs il

approuvait dans son cœur ce verdict de bannissement. Hors un pèlerinage

à Lourdes et ses nuits d'amour à Arcachon, il n'avait jamais quitté

son trou. S'enfoncer tout seul dans la cohue de Paris! C'était pour

lui sombrer à jamais au fond d'un océan humain plus redoutable que

l'Atlantique. Mais trop de cœurs le poussaient vers le gouffre. Le

départ fut enfin fixé à la deuxième semaine de février. Longtemps en

avance, Noémi s'inquiéta de la malle et du trousseau. Jean Péloueyre

était là encore qu'elle avait déjà retrouvé quelque appétit. Ses joues

se colorèrent. Un après-midi de neige, elle en fit des pelotes et les

jeta à la figure du petit-fils de Cadette, et Jean Péloueyre, derrière

une vitre du premier étage, les regardait. Lucide, il assistait à cette

résurrection. Comme la campagne se délivre de l'hiver, cette femme se

délivrait de lui: il la fuyait pour qu'elle refleurît.

Jean Péloueyre, ayant baissé la glace souillée du wagon, regarda

le plus longtemps possible s'agiter le mouchoir de Noémi. Comme il

flottait, ce signal d'adieu et de joie! Pendant cette dernière semaine,

elle avait saoûlé le voyageur d'une feinte tendresse, et ardente

l'avait provoqué jusqu'à lui faire murmurer, une nuit où il avait cru

la sentir vivre sous son souffle: «Et si je ne partais pas, Noémi?» Ah!

bien que ce fût dans les ténèbres et qu'elle n'eût répondu que par une

exclamation étouffée, il devina cette terreur, cette horreur, et ne put

se défendre d'ajouter: «Rassure-toi, je m'en irai.» Ce fut le seul mot

par quoi il manifesta qu'il n'était pas dupe. Elle se tourna vers le

mur et il l'entendit pleurer.

Jean Péloueyre regarda défiler les pins familiers que traversait le

petit train; il reconnut ce fourré où il avait manqué une bécasse. La

voie longeait la route qu'il avait si souvent parcourue en carriole.

Cette métairie couchée dans la fumée et dans la brume, au bord d'un

champ vide, serrant contre elle le four à pain, l'étable, le puits,

il la salua par son nom, il en connaissait le propriétaire. Puis un

nouveau train l'emporta à travers des landes où il n'avait jamais

chassé. A Langon, il dit adieu aux derniers pins comme à des amis qui

l'eussent accompagné le plus loin possible et s'arrêtaient enfin, et de

leurs branches étendues le bénissaient.

X

Il se logea dans le premier hôtel qu'il rencontra quai Voltaire. Le

matin, il regardait pleuvoir sur la Seine qu'il n'avait encore osé

franchir, puis, à midi, se glissait jusqu'au café de la gare d'Orléans

où il somnolait, dans le grondement des trains qui emportaient vers

le Sud-Ouest des voyageurs bienheureux. N'osant s'attarder, son repas

fini, sans consommer, il buvait après sa bouteille de vin blanc, deux

verres de liqueur, et son agile esprit se mouvait dans l'absolu. Ses

tics, des mots entrecoupés, parfois faisaient sourire les voisins et

les garçons; mais tapi entre le tambour de la porte et une colonne, il

demeurait le plus souvent inaperçu. Jusqu'aux réclames, il lisait les

journaux: meurtres, suicides, drames de la jalousie et de la folie,

tout était bon à Jean Péloueyre qui se repaissait du mal universel.

Après le dîner, un ticket de deux sous lui donnait accès aux quais:

il cherchait le wagon où était écrit le nom d'Irun et dont les larges

vitres, le lendemain matin, refléteraient les landes monotones. Il

avait calculé que ce train passait à moins de quatre-vingts kilomètres

à vol d'oiseau de la maison Péloueyre. Il posait sa main sur la paroi

du wagon et lorsque le convoi s'ébranlait, on eut dit un homme qui voit

disparaître à jamais la moitié de son âme. Dans le café, où de nouveau

il s'attablait, c'était l'heure d'un orchestre et Jean Péloueyre

subissait jusqu'au désespoir la toute-puissance de la musique sur son

cœur. Elle le livrait sans recours au fantôme de Noémi. Il voyageait

par la pensée sur ce corps que jamais il n'avait contemplé qu'endormi.

Dans le sommeil, au long des nuits de septembre et quand le clair de

lune coulait sur le lit, le triste faune avait mieux appris à connaître

ce corps que si, amant heureux, il l'eût possédé dans un mutuel délire.

Il n'avait jamais tenu entre ses bras qu'un cadavre mais il l'avait

réellement pénétré avec ses yeux. Peut-être connaissons-nous mieux

qu'aucune autre, la femme qui ne nous a pas aimés. A cette heure,

Noémi dormait dans la vaste chambre froide, elle dormait bienheureuse,

délivrée d'une repoussante présence, toute à la volupté du lit désert.

A travers l'espace, il sentait la joie de sa bien-aimée, sa joie parce

qu'il n'était plus contre elle couché. La tête entre les mains, Jean

Péloueyre s'excitait à la colère: il reviendrait au pays, s'imposerait

à cette femme, jouirait d'elle, dût-elle en crever! Il en ferait un

objet à son usage... Alors, en lui, elle surgissait muette, soumise,

avec cette douce gorge lourde, comme un arbre qui tend son fruit. Il se

rappelait ses consentements à mourir d'horreur et sans un cri... Jean

Péloueyre payait les consommations, suivait le quai jusqu'à l'hôtel, se

déshabillait à tâtons pour ne pas se voir dans la glace.

Tous les trois jours, on lui portait avec son chocolat une enveloppe

qu'il n'ouvrait quelquefois que le soir. Ah! que lui importaient ces

hypocrites vœux pour son retour! Le seul plaisir de Jean Péloueyre

était de penser que la main de Noémi à ce papier s'appuya,--que l'ongle

de son petit doigt avait creusé cette ligne sous chaque mot. Vers la

fin de mars, il crut sentir quelque sincérité dans l'appel de Noémi:

«... Je suis sûre que vous ne croyez pas à mon désir de vous revoir.

C'est mal connaître votre femme...» Elle écrivait encore: «Je m'ennuie

de toi.» Jean Péloueyre froissait la lettre et relisait celle que

son père lui avait adressée par le même courrier: «... Tu trouveras

Noémi changée à son avantage: elle a repris de l'embonpoint, elle est

superbe; elle me soigne et me dorlotte avec tant de bonne humeur que

j'oublie de la remercier. Les Cazenave ne paraissent plus céans, mais

je sais qu'ils imaginent de la brouille entre vous: laissons-les dire.

Je reprends du poil de la bête; ce n'est pas comme le fils Pieuchon qui

ne sort plus qu'en voiture et qu'on croit perdu, bien qu'un médecin de

B... prétende le guérir avec de la teinture d'iode diluée dans l'eau:

les jeunes s'en vont avant les vieux...»

Quand vinrent les premiers beaux jours, Jean Péloueyre osa enfin passer

les ponts. Dans un crépuscule d'or, il regarda la Seine et ses mains

touchaient le parapet tiède, le caressaient comme un être vivant.

Alors une voix derrière lui chuchota; elle l'appelait: chéri; elle

lui disait: viens. Tout près du sien, un jeune visage était exsangue

sous le fard. Une main gonflée et sans ongles cherchait sa main.

Il prit la fuite, ne s'arrêta qu'aux guichets du Louvre, soufflant

un peu. Même de telles créatures, aurait-il jamais osé attendre un

appel? Une autre femme que Noémi?... Il voulut, pour la première fois,

se délecter en pensée d'une complice, sinon bienheureuse, du moins

indifférente et sans dégoût; mais un si pauvre bonheur lui demeurait

inconcevable; il reçut l'âcre connaissance de ce comble d'infortune, en

éprouva un retour de colère. Ah! pourquoi ne pas consentir, ce soir,

à l'anéantissement dans des bras indulgents et soumis? Sont-elles au

monde pour d'autres que les Péloueyre, ces dispensatrices de caresses?

Il vit trembler le ciel de huit heures dans le bassin des Tuileries;

des enfants s'attroupaient à cause de ses gestes. Il fila, le dos rond,

contourna la place, atteignit la rue Royale et, comme c'était l'heure

de dîner, osa franchir le seuil d'un cabaret fameux.

Tapi contre la porte, face au bar où, comme à une mangeoire d'acajou,

des perruches à aigrettes s'accrochent, il éprouvait avec délices que

son aspect ici n'étonnait ni les femelles, ni les maîtres d'hôtel,

noirs et gras--rats d'égouts de restaurants chers. Ce boyau étincelant

attire trop de sauvages des Amériques, trop de fermiers et de notaires

provinciaux pour qu'y fasse rire un Jean Péloueyre. Le Vouvray colorait

ses pommettes et il souriait au bétail qu'attirait l'auge d'acajou.

Une blonde charnue glissa de son tabouret, lui demanda du feu, but

dans son verre, à mi-voix lui promit pour cinq louis de bonheur, puis

de nouveau, se percha, expectante. Bien que le vieux monsieur d'une

table voisine lui conseillât d'attendre la fermeture de l'établissement

«parce qu'alors celles qui restent vous font des prix avantageux», Jean

Péloueyre paya l'addition et sur le trottoir fut rejoint par la dame.

Elle héla un taxi et fit descendre le client derrière la Madeleine.

L'escalier de l'hôtel sans vestibule s'amorçait au ras du trottoir

comme pour en aspirer les immondices.

Le bruit des épingles à cheveux sur du marbre, éveilla Jean de sa

léthargie. Il vit des bras démesurément larges à l'endroit où ils

s'attachent aux épaules. Des faveurs roses enjolivaient cette chair

tremblante. Elle l'appela son loup tandis qu'avec un soin infini,

elle enlevait des bas de soie végétale. Cette hâte de se donner, ce

consentement, cette soumission sans dégoût, Jean Péloueyre en éprouvait

une pire douleur que lorsque, de toute sa chair, Noémi lui criait: Non!

Stupide, la fille le vit jeter un billet sur la table, et avant qu'elle

ait pu faire un geste, il était déjà dehors, enfilait une rue comme

un voleur. Il goûta, dans la cohue des boulevards, cette béatitude

après un grand péril conjuré. Les marronniers nus des Champs-Elysées

l'attirèrent. Un banc était libre; il s'y reposa, essoufflé toussant

un peu. Cette lune tronquée qu'éclipsaient les lampes à arc, il songea

qu'elle épandait sa lueur calme sur le troupeau des sombres cimes entre

les Pyrénées et l'Océan. Il ne souffrait plus, tout était pur en lui.

Il se délectait de sa misère sans souillure. Noémi et Jean s'aimeraient

dans un jour d'été sans déclin. D'avance il goûta l'accord de leur

chair glorifiée. O lumière où s'appelleront leurs corps immortels,

leurs corps incorruptibles! Jean Péloueyre dit à haute voix: «Il

n'est pas de Maîtres; nous naissons tous esclaves et nous devenons

vos affranchis, Seigneur.» Un sergent de ville s'étant approché, le

considéra un instant, puis, les épaules soulevées, s'éloigna.

Jean s'installa, chaque après-midi, à la terrasse du café de la Paix,

au bord d'un triste fleuve de visages. Les maladies secrètes, l'alcool,

les stupéfiants, avaient repétri à il ne savait quelle immonde

ressemblance ces milliers de figures qui toutes furent des figures

d'enfants. Jean Péloueyre s'intéressait à la quête des prostituées,

dénombrait ce troupeau de maigres louves. Il jouait à deviner pour

le compte de quel vice, ce monsieur à monocle et la lèvre pendante,

chassait. Avidement Jean Péloueyre cherchait une seule face qui portât

le signe des dominateurs et des maîtres, une seule et il eût suivi cet

être élu; mais les yeux étaient égarés, les mains tremblaient; des

convoitises hors nature salissaient des figures qui ne se savaient

pas épiées. D'ailleurs, ce Maître, s'il avait existé, eût-il été

immortel? Jean Péloueyre, gesticulant à cette table des boulevards

comme entre les murs d'une route de son village, se citait à soi-même

le mot de Pascal sur la fin de la plus belle vie du monde. On perd

toujours la partie! On perd toujours la partie, ô cerveau ramolli de

Nietzsche!... Des jeunes gens, près de lui, se poussaient du coude.

Une femme assise avec eux interpella Jean Péloueyre. Il tressaillit,

jeta de la monnaie sur la table et prit le large. Il entendit la femme

crier: «On n'est pas plus dingo...» Et maintenant il se glissait

dans la cohue, trottait comme un rat le long des vitrines, élaborait

le plan d'une étude péremptoire qu'il intitulerait: _Volonté de

Puissance et Sainteté._ Parfois, une glace de magasin le reflétait et

il ne se reconnaissait pas. La mauvaise nourriture l'avait maigri et

réduit encore. La poussière de Paris irritait sa gorge. Il aurait dû

renoncer aux cigarettes et n'avait jamais tant fumé; aussi allait-il

toujours crachant et toussant. Des vertiges l'obligeaient à s'appuyer

aux réverbères. Il aimait mieux se priver de manger que souffrir

ensuite de brûlures à l'estomac. Le ramasserait-on un jour dans le

ruisseau comme un chat mort? Alors Noémi serait délivrée... Ainsi

rêvait-il au cinéma où il échouait, moins attiré par l'écran que par

la musique ininterrompue. Souvent le fiévreux, mourant de fatigue,

entrait dans un établissement de bains. Un rideau de calicot voile

la lumière, les cols de cygne gouttent, on ne sent plus vivre son

corps. Jean Péloueyre ne cherchait de si médiocres refuges que parce

que longtemps il ne connut à Paris d'autre église que la Madeleine,

la seule qu'il rencontrât entre son hôtel et le café de la Paix. Mais

un jour, un autre itinéraire lui fit connaître Saint-Roch dont la

ténébreuse chapelle devint son hâvre quotidien. Odeur retrouvée de

l'église natale,--présence, la même à ce carrefour de l'immense ville

que dans le bourg inconnu. Pas une fois il ne franchit le seuil d'une

bibliothèque.

Peut-être eût-il ainsi vécu jusqu'à la mort, si un matin une lettre du

curé ne l'avait rappelé au bercail. Les termes en étaient pressants,

bien qu'elle donnât de M. Jérôme et de Noémi les meilleures nouvelles.

Avec une grande angoisse, Jean Péloueyre monta dans cet express dont si

souvent il avait senti se détacher de lui, glisser doucement, puis plus

vite vers le Sud-Ouest, le wagon qui porte le nom d'Irun.

Le baiser au lépreux · 第 21 / 28 题