TRENTE-HUITIÈME LEÇON.

Examen philosophique de la théorie électro-chimique.

Dès l'origine de la chimie moderne, l'influence chimique de

l'électricité a commencé à se manifester, d'une manière non équivoque,

dans plusieurs phénomènes importans, et surtout dans l'expérience

capitale de la recomposition de l'eau par la combinaison directe de

l'oxigène avec l'hydrogène, déterminée à l'aide de l'étincelle

électrique. Mais, la puissance d'un tel agent, quoique de plus en plus

employée, ne pouvait attirer fortement l'attention spéciale des

chimistes, jusqu'à ce que l'immortelle découverte de Volta vînt

permettre de dévoiler sa principale énergie, en rendant l'action

électrique à la fois plus complète, plus profonde, et plus continue.

Depuis cette mémorable époque, de nombreuses séries de phénomènes

généraux ont graduellement constaté que l'électricité constitue un agent

chimique encore plus universel et plus irrésistible que la chaleur

elle-même, soit pour la décomposition, soit même pour la combinaison.

Toutefois, quelle que soit désormais l'importance fondamentale de

l'électro-chimie actuelle, il y a lieu de craindre qu'on ne s'exagère

beaucoup aujourd'hui la véritable influence rationnelle d'un tel ordre

de considérations sur le système général de la science chimique. Quoique

la chimie soit ainsi liée plus intimement à la physique que par aucune

autre classe de phénomènes, il n'en serait pas moins radicalement

contraire à la saine philosophie de cesser, d'après ces relations, de

l'envisager comme une science parfaitement distincte, en confondant,

ainsi qu'on le propose, les propriétés chimiques parmi les propriétés

électriques. L'objet essentiel de cette leçon, sous le point de vue

philosophique, est de faire sentir combien il est indispensable de

maintenir avec fermeté l'originalité fondamentale de la science

chimique, sans atténuer, néanmoins, l'étendue et l'importance de ses

vrais rapports généraux avec l'électrologie. Il faut, à cet effet,

considérer d'abord sommairement la filiation réelle des principales

notions qui ont graduellement conduit à former la théorie

électro-chimique actuelle, telle que M. Berzélius l'a surtout

systématisée.

Le premier effet chimique important obtenu par l'influence voltaïque,

consiste dans la décomposition de l'eau, que Nicholson parvint à

constater en 1801. Cette découverte devait nécessairement résulter d'un

examen attentif de l'action naturelle de la pile, sans aucune intention

chimique. Quoiqu'elle n'ait immédiatement abouti, pour la chimie, qu'à

confirmer d'une nouvelle manière une vérité mise depuis long-temps hors

de doute, elle n'en constitue pas moins le vrai point de départ de

l'ensemble des études électro-chimiques, comme ayant spontanément

révélé, par un exemple irrécusable, la haute énergie chimique de

l'admirable instrument que Volta venait de créer. On doit même rattacher

à cette origine les premières tentatives pour fonder une théorie

générale des phénomènes électro-chimiques: car la conception proposée

alors par Grothuss afin d'expliquer l'observation de Nicholson, d'après

la polarité électrique des molécules, contient réellement le germe

primitif de toutes les idées essentielles qui, graduellement étendues et

développées, à mesure que les phénomènes l'ont exigé, constituent

maintenant la théorie électro-chimique.

Une fois avertis, par cette observation fondamentale, de la puissance

analytique propre à la pile de Volta, il était naturel que les chimistes

s'efforçassent d'appliquer ce nouvel agent à la décomposition des

substances qui avaient résisté jusque alors à l'ensemble des moyens

connus. Cette première suite d'essais produisit, au bout de quelques

années, la brillante découverte de l'illustre Davy sur l'importante

analyse des alcalis proprement dits et des terres, que n'avaient pu

encore opérer les influences purement chimiques. La grande et belle

théorie de l'immortel Lavoisier avait conduit, dès sa naissance, à

prévoir un tel résultat général, en établissant que toute base

salifiable devait nécessairement provenir de la combinaison de l'oxigène

avec un métal quelconque. À la vérité, la découverte essentielle de

Berthollet sur la vraie composition de l'ammoniaque avait dû

naturellement altérer déjà la confiance, jusque alors complète,

qu'inspirait à tous les chimistes cette prévision rationnelle. Mais

cette exception encore isolée, quoique capitale, ne pouvait alors

prévaloir à cet égard sur l'ensemble des principales analogies

chimiques. Il était donc vraiment inévitable que les chimistes, mis en

possession d'un nouveau moyen analytique, dont l'énergie ne pouvait être

contestée, entreprissent de constater la présence de l'oxigène dans les

alcalis et dans les terres. L'importance majeure du beau résultat obtenu

par Davy ne doit pas, sans doute, faire illusion sur la difficulté

réelle d'une découverte aussi complétement préparée. L'institution du

procédé purement chimique, d'après lequel M. Gay-Lussac parvint, un peu

plus tard, à confirmer l'analyse électrique de la potasse, constituait

peut-être un problème plus difficile, quoique le succès dût en être

beaucoup moins éclatant.

L'importante observation de Nicholson avait commencé l'électro-chimie;

la belle découverte de Davy, outre sa haute valeur directe, détermina,

dans cette nouvelle direction, une impulsion générale et décisive, qui

fut la véritable source de tous les progrès ultérieurs. Néanmoins, il

restait encore à étudier en elle-même l'influence chimique de

l'électricité, envisagée sous un point de vue purement scientifique, et

non plus seulement comme un moyen prépondérant d'opérer des

décompositions nouvelles. Or le grand travail de Davy ne pouvait manquer

encore de déterminer bientôt, d'une manière indirecte, mais nécessaire,

cette indispensable conséquence philosophique. Car la chimie se trouvait

ainsi avoir, évidemment, réalisé tout d'un coup les plus importantes et

les plus difficiles des analyses inaccessibles jusque alors aux voies

ordinaires; et, en effet, la science n'a fait depuis, sous ce rapport,

aucune autre acquisition essentielle. Le sentiment de plus en plus

profond de cette vérité frappante devait inévitablement rendre de plus

en plus scientifique l'attention déjà irrévocablement fixée sur les

actions électro-chimiques, bientôt assujetties à une étude directe et

régulière. Cette dernière conséquence, qui a achevé de constituer

l'électro-chimie, comme une partie fondamentale de la science chimique,

a été surtout réalisée par l'importante série de recherches de M.

Berzélius sur la décomposition voltaïque de tous les sels, et ensuite

des principaux oxides et acides. De telles analyses, dont les résultats

étaient faciles à prévoir d'après les expériences de Davy, ne pouvaient

proprement avoir pour objet de dévoiler directement aucune nouvelle

vérité chimique; mais elles étaient essentiellement destinées à

présenter sous un aspect entièrement général l'influence chimique de

l'électricité, jusque alors bornée à certains phénomènes isolés, quoique

très importans. À cet égard, ce bel ensemble de recherches constituait

une phase indispensable du développement naturel de l'électro-chimie,

dès lors irrévocablement liée au système entier de la science chimique.

C'est par l'influence graduelle de ces grands travaux de M. Berzélius,

que la considération habituelle des propriétés électriques a pris une

importance croissante dans l'étude chimique de toutes les substances,

dont la division universelle en électro-négatives et électro-positives

est bientôt devenue fondamentale pour leurs définitions scientifiques,

comme on le voit surtout quant à la distinction générale entre les

acides et les alcalis, qu'il serait difficile d'établir solidement

aujourd'hui sur aucune autre base. Aussi est-ce à M. Berzélius qu'il

devait naturellement appartenir de concevoir l'ensemble de la théorie

électro-chimique sous une forme entièrement systématique, résultat

presque spontané de l'esprit général de ses recherches.

Quelle que fût la haute importance philosophique des travaux de M.

Berzélius sur l'électro-chimie, une dernière condition était néanmoins

encore indispensable à remplir pour donner à cette nouvelle branche

essentielle de la chimie tout son vrai caractère scientifique. Jusque

alors, en effet, l'action voltaïque avait été essentiellement envisagée

sous le point de vue analytique; il restait à la considérer aussi, afin

d'en avoir une notion complète, sous le point de vue synthétique. Cette

grande lacune a été enfin comblée, de la manière la plus satisfaisante,

par le bel ensemble des travaux de M. Becquerel. Sans doute, les

décompositions opérées par la pile étant fréquemment accompagnées de

certaines combinaisons, on ne pouvait depuis long-temps méconnaître,

sous ce rapport, l'influence chimique de l'électricité galvanique. Mais

ces observations accessoires ne dispensaient aucunement, pour un sujet

aussi important, de l'étude directe et féconde organisée par M.

Becquerel, qui a rendu pleinement irrécusable l'action synthétique de

l'électricité convenablement administrée, et qui surtout l'a employée à

réaliser de nouvelles et précieuses combinaisons, jusque ici impossibles

d'après les voies ordinaires.

Cette seconde face générale de l'électro-chimie a même nécessairement

exigé d'abord une profonde et indispensable modification dans le mode

primitif d'expérimentation. La première disposition de la pile, telle

que Volta l'avait imaginée, devait être essentiellement maintenue pour

opérer des décompositions, sauf les perfectionnemens successifs que

l'expérience a dû naturellement provoquer, et qui étaient surtout

destinés à augmenter l'énergie de l'appareil. Mais, à l'égard des

combinaisons, cette extrême énergie voltaïque eût constitué, au

contraire, un obstacle radical, en déterminant le plus souvent la

décomposition des principes immédiats que l'on voulait unir. Il a donc

fallu recourir inévitablement ici à l'action très prolongée de

puissances électriques extrêmement faibles, dont l'efficacité fût

augmentée par la disposition avantageuse suivant laquelle les diverses

substances seraient habituellement soumises à leur influence. M.

Becquerel a très heureusement satisfait à l'ensemble de ces conditions

indispensables, en opérant presque toujours à l'aide d'un seul élément

voltaïque, et en saisissant chaque corps dans l'état que les chimistes

ont toujours reconnu comme le plus favorable à la combinaison,

c'est-à-dire l'état _naissant_. Ce changement essentiel dans

l'institution ordinaire des expériences, constitue le principal

caractère scientifique de la marche propre à cet illustre savant, et qui

ne pouvait être, sans doute, mieux adaptée à la nature des phénomènes

qu'il voulait étudier. Non-seulement il a déterminé ainsi la combinaison

directe de plusieurs corps, qu'on ne peut unir encore par aucun procédé

purement chimique; mais, à l'égard même des composés susceptibles d'être

autrement obtenus, ce nouveau mode présente la propriété remarquable de

faire toujours éminemment ressortir leur structure géométrique, par une

suite nécessaire de la lenteur et de la régularité de leur formation

graduelle; ce caractère est surtout frappant envers certains sulfures

métalliques, quelques oxides, et plusieurs sels.

Il ne convient nullement d'insister ici sur l'importance évidente que

doivent avoir un jour les principaux résultats de M. Becquerel

relativement à l'histoire naturelle du globe, pour expliquer, d'une

manière satisfaisante, un grand nombre d'origines minérales, quand le

temps sera vraiment venu d'aborder avec succès un tel ordre de questions

concrètes. Du point de vue abstrait, seul conforme à la nature de cet

ouvrage, nous devons surtout remarquer cette importante série de travaux

comme ayant directement perfectionné le système général de la méthode

chimique, en créant de nouveaux et puissans moyens de recomposition,

dont la valeur essentielle est d'autant plus grande que les progrès

fondamentaux de la synthèse chimique sont loin jusque ici d'être

suffisamment en harmonie avec ceux de l'analyse; la faculté de détruire

étant naturellement susceptible d'un développement beaucoup plus rapide

que celui de la puissance régénératrice. Enfin, quant à la suite de

considérations qui nous occupe spécialement ici, les recherches de M.

Becquerel ont évidemment complété la constitution générale de

l'électro-chimie, qui, étant désormais à la fois synthétique et

analytique, ne peut plus, quels que puissent être ses perfectionnemens

futurs, que s'étendre et se développer, à des degrés quelconques,

suivant quelqu'une des diverses directions principales, déjà pleinement

caractérisées par l'ensemble des travaux exécutés depuis le commencement

de notre siècle.

Telle est la filiation générale des découvertes essentielles faites

jusque ici dans l'étude des phénomènes électro-chimiques. Afin de mieux

saisir comment cette étude a graduellement conduit à une nouvelle

conception fondamentale pour l'ensemble des effets chimiques, il est

indispensable de considérer maintenant le grand phénomène qui a été le

sujet primitif de la théorie électro-chimique, après quoi l'appréciation

philosophique de cette théorie s'effectuera en quelque sorte

spontanément.

On a souvent remarqué, et avec beaucoup de raison, que par sa nature,

l'étude de la combustion constitue, pour ainsi dire, le point central du

système des considérations chimiques. Cette remarque n'est pas seulement

applicable aux époques les plus reculées de la chimie, envisagée dans un

état encore théologique: elle convient surtout à la constitution la plus

récente et la plus parfaite de son état métaphysique, principalement

caractérisée par la transformation de la combustibilité, sous le nom de

phlogistique, en une entité matérialisée, quoique insaisissable. Quand,

après une longue préparation, la science chimique a commencé enfin à

passer à l'état vraiment positif, sous l'influence prépondérante de

l'admirable génie du grand Lavoisier, cette glorieuse révolution a

essentiellement consisté dans l'établissement d'une nouvelle théorie

fondamentale de la combustion. Aujourd'hui, enfin, c'est la nécessité

reconnue de modifier profondément cette théorie, qui a surtout conduit à

la conception électrique des phénomènes chimiques. Une telle conception

ne saurait donc être nettement jugée, sans avoir préalablement apprécié

cette destination principale.

La théorie pneumatique de Lavoisier sur la combustion avait en vue deux

objets essentiels, fort hétérogènes, qui n'ont pas été jusque ici

nettement distingués: 1º l'analyse fondamentale du phénomène général de

la combustion; 2º l'explication des effets de chaleur et de lumière qui

en constituent, pour le vulgaire, le plus important caractère. L'une et

l'autre condition furent remplies de la manière la plus admirable,

d'après l'état des connaissances acquises: jamais, depuis cette grande

époque, aucune théorie chimique n'a été aussi nettement et aussi

profondément empreinte de ce double esprit de rationnalité et de

positivité, dont l'irrésistible influence devait entraîner

irrévocablement les intelligences vers un mode radicalement nouveau de

philosopher sur les faits chimiques. Toute combustion, brusque ou

graduelle, fut regardée comme consistant nécessairement dans la

combinaison du corps combustible avec l'oxigène, d'où, quand le corps

était simple, résulterait un oxide, le plus souvent susceptible de

devenir la base d'un sel, et, si l'oxigène était prépondérant, un

véritable acide, principe d'un certain genre de sels. Quant au

dégagement de chaleur et de lumière, il fut attribué, en général, à la

condensation de l'oxigène, et accessoirement à celle du combustible,

dans cette combinaison. Il importe de juger séparément ces deux parties

essentielles de la théorie anti-phlogistique.

Sous le premier point de vue, en effet, cette théorie présente

naturellement un caractère beaucoup plus philosophique que sous le

second. Il était éminemment rationnel d'analyser avec exactitude, d'une

manière générale, le phénomène de la combustion, afin de saisir ce qu'un

tel phénomène, dont la nature chimique ne pouvait être contestée,

offrait réellement de commun à tous les cas divers. Comme cet examen ne

pouvait être d'abord rigoureusement complet, les conclusions fournies

par une telle étude pouvaient pécher, sans doute, par une trop grande

généralité, ainsi qu'on la constaté depuis: mais, restreintes dans leurs

limites naturelles, elles constituaient nécessairement un précieux

ensemble de vérités ineffaçables, qui, en effet, formera toujours une

partie essentielle de la science chimique, quelles que puissent jamais

être ses révolutions futures.

Il en était tout autrement pour l'explication de la chaleur et de la

lumière dégagées. D'abord, cette seconde question générale n'appartient

point réellement, par sa nature, à la chimie, mais à la physique; en

sorte que, quelle que doive être sa solution finale, on ne saurait

comprendre comment elle entraînerait rationnellement un changement

radical dans la manière de concevoir les phénomènes vraiment chimiques.

Toutefois, ce qu'il faut surtout remarquer, à cet égard, c'est qu'une

semblable explication, pour ne pas dégénérer en une tentative de

pénétrer la nature intime du feu et son mode essentiel de production,

devait nécessairement consister en une simple assimilation d'une telle

source de chaleur avec une autre plus étendue, déjà reconnue. Car,

chaque cas de manifestation du feu ne saurait être expliqué, d'une

manière vraiment positive, qu'en établissant son analogie réelle avec un

autre plus général, sans que nous puissions d'ailleurs, en aucun cas,

découvrir jamais quelle est la véritable cause du phénomène. Or, en

considérant la recherche proposée sous ce point de vue, le seul

strictement scientifique, on ne pouvait nullement garantir d'avance que

la similitude sur laquelle devait reposer l'explication désirée, ne

serait point nécessairement gratuite et précaire, et, par suite,

susceptible d'être renversée, comme en effet il arriva bientôt, par une

étude ultérieure de la question. Aucun philosophe n'aurait voulu, à

cette époque, et nul ne voudrait, sans doute, même aujourd'hui, ne

reconnaître, en principe, qu'une seule source fondamentale de chaleur, à

laquelle il faudrait inévitablement ramener toutes les autres: une telle

obligation ne pourrait être remplie que par des rapprochemens très

vagues et purement hypothétiques, qui ne sauraient avoir un vrai

caractère scientifique. Dès lors, si l'on s'accorde à reconnaître, en

général, plusieurs sources principales, parfaitement distinctes et

indépendantes les unes des autres, pourquoi la combustion, ou, sous un

point de vue plus étendu, toute action chimique très prononcée, ne

constituerait-elle pas un de ces cas primordiaux, nécessairement

irréductibles à aucun autre? Pourquoi une source de chaleur aussi

puissante et aussi universelle serait-elle regardée comme secondaire,

tandis que le frottement, par exemple, continuerait à être unanimement

envisagé comme une source principale? Sans doute, on ne saurait se

refuser à admettre, sous ce rapport, les analogies que l'observation

aurait réellement constatées: mais il faut, néanmoins, reconnaître

qu'il n'existait vraiment, à cet égard, aucun grand besoin scientifique

d'anticiper hypothétiquement sur les résultats de l'étude expérimentale,

ni même aucun espoir rationnel de le tenter avec succès. Nous aurons

lieu, dans la seconde partie de ce volume, d'appliquer de nouveau les

mêmes remarques philosophiques à une autre question capitale, d'un genre

analogue, celle de la chaleur vitale, et spécialement animale, dont

l'étude positive est jusqu'ici radicalement entravée par de vains

efforts hypothétiques pour réduire cette grande source de chaleur aux

sources purement physiques et surtout chimiques, sans qu'on veuille

s'accorder à reconnaître enfin que l'action nerveuse peut constituer, en

effet, une source distincte et primordiale, indépendante de toutes les

autres, et susceptible d'altérer, plus ou moins profondément, les

résultats naturels de leur influence directe. La philosophie

métaphysique, pour laquelle les rapprochemens étaient nécessairement

très faciles, parce qu'ils n'avaient aucune réalité, nous a laissé

encore, à beaucoup d'égards, une tendance exagérée à la généralisation;

et, quoique le principe de cette tendance soit aujourd'hui éminemment

respectable, en vertu de son indispensable participation aux plus

grandes découvertes scientifiques, sa prépondérance immodérée n'en est

pas moins très préjudiciable au progrès naturel de nos connaissances

positives.

Cette suite de considérations nous amène à conclure que, tout en

prononçant, comme il a dû le faire, sur l'analyse fondamentale du grand

phénomène de la combustion, Lavoisier eût plus sagement procédé s'il se

fût abstenu de tenter aucune explication générale pour les effets de

chaleur et de lumière qui l'accompagnent ordinairement, ce qui l'eût

dispensé de supposer, en principe, une condensation inévitable, qui

n'est point la conséquence nécessaire d'un tel phénomène, et qui, en

effet, a été, plus tard, trouvée fréquemment en défaut. Sans doute, la

science serait plus parfaite si ce remarquable effet thermologique

pouvait être constamment rattaché à la loi plus étendue, découverte

antérieurement par Black, sur le dégagement de chaleur propre à tout

passage d'un corps quelconque d'un état à un autre plus dense; et c'est

certainement une telle espérance qui a surtout excité Lavoisier. Mais,

cette perfection, qui n'est nullement indispensable, deviendrait

totalement illusoire, si elle ne pouvait être obtenue qu'en altérant la

réalité des phénomènes, ou même si la condensation supposée, sans être

expressément contraire à l'observation, n'était pas effectivement

indiquée par elle, dans la plupart des cas. Toutefois, il serait

évidemment très déraisonnable d'exiger une réserve scientifique aussi

difficile chez ceux qui, les premiers, tentent de ramener à des théories

positives une science jusque alors essentiellement dominée par les

conceptions métaphysiques; ces restrictions sévères, ces distinctions

délicates, eussent probablement, imposées dès l'origine, arrêté le

premier essor du génie positif. Mais, une semblable justification ne

saurait être appliquée, dans le développement ultérieur de la science, à

ceux qui, après avoir reconnu formellement l'insuffisance réelle des

explications primitives, s'efforcent d'en construire d'analogues sur le

même sujet, sans avoir préalablement examiné avec attention, d'après les

règles essentielles de la saine philosophie, si ce sujet est

effectivement susceptible d'une explication quelconque. Or, telle me

paraît être aujourd'hui la grande erreur philosophique des chimistes qui

ont voulu substituer la théorie électro-chimique à la théorie

anti-phlogistique proprement dite. Afin de motiver convenablement ce

jugement général, il faut maintenant poursuivre l'examen direct des

principales considérations chimiques qui ont mis graduellement en

évidence l'imperfection essentielle de la théorie de Lavoisier, que nous

devons continuer à envisager sous les deux aspects ci-dessus

distingués.

Le plus illustre émule de Lavoisier reconnut bientôt la nécessité de

modifier, sous un rapport très important, quoique indirect, la manière

générale dont ce grand philosophe avait analysé le phénomène fondamental

de la combustion. Une des principales conséquences de cette analyse

consistait en ce que tout acide et toute base salifiable devaient

inévitablement résulter d'une véritable combustion, c'est-à-dire de la

combinaison d'un élément quelconque avec l'oxigène. Or Berthollet

découvrit d'abord que l'un des alcalis les mieux caractérisés,

l'ammoniaque, est uniquement formé d'hydrogène et d'azote, sans aucune

participation de l'oxigène; et, peu de temps après, il établit aussi que

le gaz hydrogène sulfuré, où l'oxigène n'existe pas davantage, présente

néanmoins toutes les propriétés essentielles d'un acide réel. Ces deux

points remarquables de doctrine ont été confirmés depuis par toutes les

voies dont la science chimique peut jusqu'ici disposer, et spécialement

par la méthode électrique. Une fois que les chimistes ont été ainsi

avertis, par un double exemple aussi décisif, que, la théorie de

Lavoisier exagérait beaucoup la prépondérance chimique de l'oxigène, ils

ont successivement multiplié et diversifié, à un haut degré, soit à

l'égard des alcalis, soit surtout envers les acides, ces exceptions

capitales, dont la comparaison approfondie a graduellement investi les

notions fondamentales de l'acidité et de l'alcalinité de cette haute

généralité qui les distingue aujourd'hui. En outre, la théorie primitive

de la combustion a été peu à peu modifiée, sous un point de vue plus

direct, quoique moins important, en ce qu'on a positivement constaté

qu'un rapide dégagement de chaleur et de lumière n'est pas toujours

l'indice certain d'une combinaison quelconque avec l'oxigène. Le chlore,

le soufre, et plusieurs autres corps, même non-élémentaires, ont été

successivement reconnus susceptibles d'opérer de vraies combustions, si,

comme il convient, on donne à l'usage scientifique de cette expression

le sens général indiqué par son acception vulgaire. Enfin, le phénomène

du feu n'est plus désormais exclusivement attribué à aucune combinaison

spéciale, mais, en général, à toute action chimique à la fois très

intense et très vive.

Il importe, néanmoins, de remarquer ici, comme je l'ai précédemment

indiqué, que, sous chacun de ces divers rapports essentiels, les

éminentes vérités chimiques découvertes par le génie de Lavoisier ont

nécessairement conservé toute leur valeur directe, et que ces études

ultérieures ont seulement altéré leur généralité rigoureuse. Cette

inévitable altération a même bien moins porté sur les phénomènes

vraiment naturels que sur les cas principalement artificiels, à la

considération desquels, il est vrai, la chimie générale, du point de vue

abstrait qui la caractérise, doit rationnellement attacher une aussi

grande importance. Ainsi, quoiqu'il existe des acides et des alcalis

sans oxigène, il n'en reste pas moins incontestable que la plupart

d'entre eux, et surtout les plus puissans, sont ordinairement oxigénés:

de même, quoique l'oxigène ne soit pas réellement indispensable à la

combustion, il en demeure néanmoins le principal agent, surtout à

l'égard des combustions naturelles. Aussi, pour l'histoire naturelle

proprement dite, la théorie de Lavoisier pourrait-elle, sans aucun

inconvénient majeur, être encore appliquée dans son intégrité primitive,

quoique le progrès fondamental de la science chimique exige

impérieusement que son imperfection générale soit prise en haute

considération abstraite. En un mot, si la souveraineté universelle de

l'oxigène a été désormais irrévocablement abolie, il sera toujours

cependant le principal élément de tout le système chimique.

Sous le second aspect général, c'est-à-dire quant à l'explication du

feu, la théorie primitive de la combustion a éprouvé, au contraire, un

sort très différent; car, elle a été tout d'un coup radicalement

détruite, pour ainsi dire aussitôt qu'on a tenté de la soumettre à un

examen direct. Quoique des préoccupations plus importantes n'aient

permis que très tard aux chimistes d'entreprendre cet examen, la théorie

anti-phlogistique, était à cet égard, si peu positive et si peu

rationnelle au fond, surtout comparativement à l'analyse de la

combustion, que son renversement n'a pas exigé, comme sous ce premier

rapport, la considération ultérieure de phénomènes nouveaux et

difficiles à découvrir, mais seulement une appréciation plus

scientifique des phénomènes universellement envisagés. Loin de pouvoir,

ainsi que sous l'autre point de vue, être encore essentiellement

maintenue par les naturalistes, comme suffisant à peu près aux besoins

principaux des études concrètes, on peut dire qu'elle n'a jamais

réellement expliqué les effets même les plus vulgaires, incessamment

reproduits par la plupart des combustions naturelles.

L'explication proposée obligeait nécessairement à constater, dans toute

combustion, simple ou composée, une condensation quelconque, assez

intense pour correspondre, d'une manière approchée, au dégagement

effectif de chaleur, et qui ne fut point simultanément compensée par une

dilatation presque équivalente. Or, dès l'origine, cette indispensable

condition générale n'a été remplie qu'envers un petit nombre de cas,

qui, sous ce rapport, n'étaient pas, à beaucoup près, les plus

importans; et, surtout, elle a été manifestement en défaut à l'égard de

plusieurs autres phénomènes, dont la considération était, au contraire,

prépondérante. Aussi, sans la confusion vicieuse, mais radicale, d'une

telle explication avec l'analyse de la combustion, qui devait être si

justement admirée, on ne saurait comprendre comment elle a pu se

maintenir jusqu'à une époque très récente, malgré que l'attention des

chimistes dût être alors principalement absorbée par d'autres

spéculations théoriques.

Dans la combustion du phosphore, du fer, et de la plupart des métaux, en

général quand la combinaison produit un composé solide, la condition

précédente peut être regardée comme suffisamment remplie; quoique

d'ailleurs on n'ait jamais examiné si le dégagement effectif de chaleur

est réellement en harmonie avec celui qui correspondrait à une semblable

condensation directe de l'oxigène, ce qui doit néanmoins sembler

nécessaire pour justifier complétement l'explication; cette

vérification supplémentaire serait, même aujourd'hui, presque impossible

à instituer positivement. Mais, à l'égard des combustions nombreuses

dont les produits sont, au contraire, essentiellement gazeux, et qui,

cependant, présentent d'ordinaire, au degré le plus prononcé, le

phénomène du feu, toute explication de ce genre est évidemment

chimérique. Car, non-seulement on n'y remarque point le plus souvent une

condensation suffisante; mais, en sens inverse, on observe clairement,

dans les cas les plus énergiques, une dilatation totale très

considérable, qui, suivant une telle théorie, devrait donner lieu à un

immense refroidissement. Quelques exemples, choisis parmi les plus

essentiels, feront aisément sentir l'irrésistible puissance de cette

critique générale, qui est désormais à l'abri de toute réclamation, et

dont il importe néanmoins à notre sujet actuel de préciser exactement la

nature, afin de mieux apprécier le caractère fondamental de la théorie

électro-chimique, sur la formation primitive de laquelle un tel ordre de

considérations a exercé une influence principale et directe.

La chaleur dégagée dans la combustion du carbone, a pu être d'abord

attribuée, avec une certaine vraisemblance, malgré la grande dilatation

de cet élément, à la condensation de l'oxigène, d'après la pesanteur

spécifique très supérieure du gaz acide carbonique formé, quoique un tel

accroissement de densité fût loin d'ailleurs de correspondre à

l'intensité de l'effet thermologique. Mais, lorsqu'il a été reconnu, par

des mesures exactes, qu'un volume quelconque d'oxigène fournit un volume

parfaitement égal d'acide carbonique, ce qui constitue un fait essentiel

pour la doctrine des proportions définies, il est aussitôt devenu

évident que ce phénomène ne donnait lieu à aucune condensation, et que

l'excès de pesanteur spécifique était seulement produit par

l'interposition moléculaire du carbone, dont la vaporisation

non-compensée eût dû alors déterminer, au contraire, un refroidissement

très notable. À la vérité, tant qu'on n'a pas su évaluer avec quelque

précision la chaleur spécifique des gaz, l'annulation d'une telle

explication a pu être provisoirement retardée, en regardant _à priori_

la chaleur spécifique de l'acide carbonique comme très inférieure à

celle de l'oxigène, quoique cette inégalité supposée n'eût pû réellement

satisfaire à l'ensemble des conditions du phénomène, sans excéder

beaucoup toutes les limites probables. Toutefois, cette dernière et

insuffisante ressource a été radicalement détruite, lorsqu'on est

parvenu à constater d'une manière irrécusable, que si, à poids égal, la

chaleur spécifique de l'oxigène est légèrement supérieure à celle de

l'acide carbonique, celle-ci, au contraire, à volume égal, surpasse, de

plus d'un tiers, la première: or, ici, il n'était nullement douteux,

surtout d'après la composition numérique du gaz acide carbonique, que la

comparaison devait porter sur les volumes et non sur les poids; en sorte

que l'analyse exacte et complète du phénomène ne laissait plus aucune

issue à la théorie primitive. La combustion du soufre donne lieu à des

remarques essentiellement analogues. Quant à celle de l'hydrogène, la

condensation des deux élémens paraissait d'abord devoir expliquer, d'une

manière vraiment satisfaisante, l'énorme dégagement de chaleur dont elle

est si évidemment accompagnée, parce que la densité de ces élémens était

seulement mise en opposition avec celle de l'eau à l'état liquide. Mais,

en réfléchissant que le produit immédiat d'une telle combinaison est, en

réalité, de la vapeur d'eau, même très raréfiée, on a facilement reconnu

que, au lieu d'une véritable condensation, ce phénomène détermine une

dilatation très sensible, dont les expériences eudiométriques constatent

d'ailleurs directement l'existence. La comparaison des chaleurs

spécifiques est encore ici en sens inverse de l'explication primitive,

qui, par l'ensemble judicieusement apprécié des circonstances

caractéristiques de ce phénomène, devrait faire présumer, au contraire,

un refroidissement très prononcé. J'indiquerai enfin, comme un dernier

exemple frappant, pris dans les combustions indirectes et composées, le

phénomène si vulgaire de l'inflammation de la poudre ordinaire. Tous les

matériaux de cette réaction chimique sont solides, à l'exception de

l'oxigène atmosphérique, dont la participation n'y est point

numériquement considérable; tous les produits essentiels sont, au

contraire, des gaz extrêmement dilatés, sauf un résidu solide, presque

négligeable: et, néanmoins, malgré une réunion de conditions aussi

défavorables d'après la théorie anti-phlogistique, le phénomène

s'accomplit avec un intense échauffement. Les composés fulminans donnent

lieu à une contradiction encore plus prononcée, quoique moins

universellement connue, surtout dans le cas où une substance liquide, et

même solide, se décompose presque spontanément, à la température

ordinaire, en deux principes gazeux; en produisant néanmoins un

échauffement très notable, et quelquefois une véritable inflammation.

L'ensemble des considérations précédentes peut être suffisamment résumé,

d'une manière aussi frappante que philosophique, par cette réflexion

naturelle que, si le feu ordinaire de nos foyers n'était point pour nous

le sujet d'une expérience intime et continue, son existence serait

rendue très douteuse, et même formellement rejetée, par les prétendues

explications scientifiques qu'on a jusqu'ici tenté si vainement

d'établir pour ce grand phénomène. Rien n'est plus propre, ce me semble,

qu'une telle pensée à faire sentir que la production chimique du feu ne

saurait comporter, en général, aucune explication rationnelle. Car, s'il

en était autrement, il devrait paraître incompréhensible, que, à une

époque aussi rapprochée de nous, des hommes de génie, dont l'instruction

essentielle, à cet égard, était presque équivalente à la nôtre, se

fussent, sous ce rapport, aussi grossièrement trompés. Le feu

électrique, tant recommandé maintenant pour une telle explication,

était, sans doute, assez connu de Lavoisier, de Cavendish, de

Berthollet, etc., pour que ces illustres philosophes eussent pu en faire

la base principale de leur théorie, si une semblable hypothèse avait

réellement, sur celle qu'ils ont adoptée, une prépondérance aussi

parfaite qu'on le pense communément aujourd'hui. Mais, cette

considération préjudicielle, quelle que soit son importance effective,

ne saurait nullement nous dispenser d'un examen direct de la conception

électro-chimique, qui se trouve ainsi convenablement préparé, et qui,

par suite, peut être entrepris ici d'une manière satisfaisante, quoique

très rapide, sous le point de vue philosophique.

Suivant cette nouvelle théorie, le feu produit dans la plupart des

fortes réactions chimiques devrait être attribué à une véritable

décharge électrique qui s'opérerait au moment de la combinaison, par la

neutralisation mutuelle, plus ou moins complète, des deux états

électriques opposés propres aux deux substances considérées, dont l'une

serait toujours électro-positive et l'autre électro-négative. Mais, il y

a tout lieu de craindre que, lorsque cette nouvelle explication aura pu

être soumise à une discussion aussi approfondie que l'ancienne, elle ne

soit pas trouvée, au fond, plus rationnelle. Quoique la plupart des

chimistes et des physiciens paraissent s'accorder aujourd'hui à

reconnaître des effets électriques dans tous les phénomènes chimiques,

cette électricité n'est pourtant jusqu'ici admise le plus souvent que

d'après une simple induction analogique, en sorte que, si réellement

elle existe toujours, elle doit être ordinairement assez peu intense

pour avoir directement échappé à l'exploration très délicate de

l'électrologie actuelle. Il est particulièrement digne de remarque que

les phénomènes chimiques sur lesquels on a le plus justement insisté

pour renverser l'ancienne explication, et dont je viens d'indiquer les

principaux, fassent précisément partie de ceux où l'on n'a pu parvenir

encore, par aucune voie, à constater réellement aucun symptôme

électrique. Dans les cas où l'électrisation n'est point douteuse, son

influence chimique est jusqu'ici tellement équivoque que les uns la

regardent comme la cause, et les autres, au contraire, comme l'effet de

la combinaison: cette dernière opinion est même devenue très

vraisemblable, depuis que l'explication chimique des effets généraux de

la pile de Volta a été définitivement établie par Wollaston. Quand M.

Berzélius, pour mieux caractériser sa théorie électrique du feu

chimique, a rapproché ce phénomène de la production de l'éclair et du

tonnerre, il a involontairement donné lieu à une comparaison très

défavorable pour sa conception, par le contraste si prononcé de

l'admirable enchaînement de preuves positives d'après lequel l'immortel

Franklin a si complétement démontré la nature électrique de ce grand

phénomène atmosphérique, avec l'ensemble des considérations hasardées et

insuffisantes sur lesquelles on veut fonder une opinion analogue à

l'égard d'une multitude de phénomènes beaucoup plus variés et plus

complexes. L'explication anti-phlogistique proprement dite, quoique

radicalement vicieuse, avait néanmoins le mérite d'être, sinon

rigoureusement démontrée, du moins extrêmement plausible, dans quelques

cas particuliers, par exemple quant à la combustion du fer ou du zinc

dans l'oxigène pur, où elle ne laisse rien à désirer qu'une exacte

confrontation numérique des effets thermologiques. Au contraire,

l'explication électrique n'est réellement établie jusqu'ici, d'une

manière positive, pour aucun phénomène convenablement analysé.

Toutefois, on peut craindre que sa nature vague ne permette point de la

détruire aussi radicalement, et surtout aussi promptement, que

l'ancienne. Car, celle-ci, en se rattachant à une condensation nettement

spécifiée et exactement appréciable, comportait aisément une critique

directe et irrécusable, qui a pu ne laisser aucune issue: tandis que la

nouvelle conception réserve presque toujours la ressource spécieuse de

regarder l'état électrique comme trop peu prononcé où trop fugitif pour

être perceptible à nos moyens actuels d'exploration positive. Mais une

semblable propriété devrait être loin, sans doute, de constituer aucun

motif de recommandation, en faveur d'une théorie quelconque, auprès

d'aucun esprit philosophique, surtout en considérant qu'il s'agit alors

d'attribuer mystérieusement à des causes aussi faibles ou aussi

équivoques des effets très intenses et fortement caractérisés. Ce n'est

pas, néanmoins, que je veuille regarder le dégagement de chaleur et de

lumière dans les grandes réactions chimiques comme ne pouvant jamais

avoir une origine vraiment électrique, pas plus que je ne voudrais

universellement exclure l'explication fondée sur la condensation. Mais,

en considérant l'ensemble des phénomènes sans aucune préoccupation

spéculative, je pense que, dans la plupart des combustions,

artificielles ou naturelles, il n'y a ni condensation, ni électrisation.

Enfin, du point de vue philosophique, ces vaines tentatives pour

expliquer, de diverses manières, la production chimique du feu, me

paraissent principalement résulter encore d'un reste de disposition

métaphysique à pénétrer la nature intime des phénomènes et leur mode

essentiel de génération. En un mot, l'action chimique constitue, à mes

yeux, une des diverses sources primordiales de la chaleur et de la

lumière, et ne saurait, par conséquent, comporter, le plus souvent, en

cette qualité, aucune explication positive, c'est-à-dire être

effectivement rattachée, sous ce rapport, à aucune autre influence

fondamentale.

Si la philosophie chimique n'était point aujourd'hui aussi

imparfaitement constituée, même dans ses notions les plus simples et les

plus élémentaires, il serait, sans doute, inutile de prouver

expressément que la considération du feu, qui, malgré son importance

réelle, constitue seulement un simple accessoire physique des vrais

phénomènes chimiques, ne saurait être rationnellement susceptible de

motiver un changement radical dans la conception fondamentale de toute

action chimique, lors même qu'on croirait pouvoir adopter, à cet égard,

l'explication vague et hasardée que je viens de caractériser. Quand nos

prédécesseurs devaient regarder la chaleur comme le principal agent

physique des phénomènes de composition et de décomposition, ils savaient

s'abstenir de dénaturer une telle considération au point d'assimiler les

effets chimiques à de simples effets thermologiques. On n'est pas, en

général, aussi réservé de nos jours, depuis que le développement et

l'extension des études expérimentales ont fait reconnaître la grande

influence chimique de l'électricité, quoique cette influence soit

d'ailleurs essentiellement analogue à celle de la chaleur, et seulement

plus complète et plus prononcée dans l'ensemble des cas explorés. L'idée

vague d'_attraction_, qui s'attache naturellement à toute considération

électrique, a suffi ici pour entraîner à confondre l'auxiliaire du

phénomène, ou, si l'on veut, son agent physique général, avec le

phénomène lui-même, et pour faire tendre à dénaturer profondément la

chimie en la confondant avec l'électrologie, par l'irrationnelle

assimilation des propriétés chimiques à de simples propriétés

électriques, comme on le voit surtout dans la théorie de M. Berzélius.

Mais y a-t-il réellement aucune comparaison scientifique à établir entre

la tendance de deux corps à rester mécaniquement adhérens l'un à l'autre

après un certain mode d'électrisation, et la disposition à unir

intimement toutes leurs molécules, intérieures ou extérieures, par suite

d'une véritable action chimique? M. Berzélius a franchement déclaré que

la cohésion proprement dite, c'est-à-dire la force qui réunit si

énergiquement entre elles les particules d'un même corps, ne comporte

réellement aucune explication électrique. Il serait difficile, en effet,

que la faible adhérence de deux corps électrisés, même par le mode

magnétique, si aisément surmontée, envers des masses considérables, par

de médiocres efforts mécaniques, pût véritablement faire comprendre

cette puissante liaison moléculaire, qui, sur le moindre fragment,

résiste à toutes les forces mécaniques. On a beau envisager les

particules d'un corps quelconque comme autant d'élémens voltaïques,

ayant chacun son pôle positif et son pôle négatif, et attachés les uns

aux autres par l'antagonisme électrique des pôles opposés; cette fiction

inintelligible, et qui ne saurait admettre aucune vérification, ne peut

pas donner la moindre idée de la véritable cohésion moléculaire. Mais

l'affinité elle-même, c'est-à-dire la tendance à la combinaison, n'est

pas, au fond, mieux expliquée par la théorie électro-chimique. Les

phénomènes électriques, en tant que physiques, sont, de leur nature,

éminemment généraux; ils ne présentent, d'un corps à un autre, que de

simples différences d'intensité: tandis que les phénomènes chimiques

sont, au contraire, essentiellement spéciaux ou électifs. On doit donc

regarder comme anti-scientifique toute tentative de faire rentrer, dans

une branche quelconque de la physique, l'ensemble de la chimie, qui

constitue nécessairement une science fondamentale, d'un caractère propre

et indépendant. Je sais que M. Berzélius croit avoir suffisamment égard

aux différences spécifiques des diverses substances chimiques, en

concevant, pour les corps élémentaires, un certain ordre électrique,

primordial et invariable, que j'ai déjà eu occasion d'indiquer dans

l'avant-dernière leçon, et suivant lequel ces élémens seraient toujours,

les uns envers les autres, ou électro-positifs ou électro-négatifs.

Mais l'existence d'un tel ordre, et surtout sa permanence rigoureuse,

semblent d'abord radicalement contraires aux notions les plus certaines

de l'électrologie, où l'on voit le plus léger changement, soit dans le

mode, soit dans les circonstances de l'électrisation, déterminer

souvent, entre les mêmes corps, le renversement de l'antagonisme

électrique. Quoi qu'il en soit, en admettant même cette disposition

fondamentale, on est loin de pouvoir aucunement en déduire les nouvelles

propriétés électriques que la théorie électro-chimique oblige à supposer

ensuite dans les composés des différens ordres. En se bornant à ceux du

premier ordre, suivant quelles lois leurs caractères négatifs ou

positifs dérivent-t-il de l'état électrique de chacun des deux élémens?

Faut-il seulement avoir égard, dans une telle appréciation, à la simple

composition numérique, ou bien doit-on considérer aussi l'énergie

électrique propre à chaque élément, et qui ne semble guère susceptible

d'estimation exacte? C'est ce que la théorie électro-chimique laisse

jusqu'ici profondément indéterminé. Dès lors, même en la supposant

réelle, comment pourrait-elle efficacement contribuer à nous rapprocher

du véritable but général de la science chimique, tel que je l'ai

caractérisé au commencement de ce volume, c'est-à-dire nous aider à

prévoir les affections des composés par celles des composans? Mais il y

a plus, quelque solution qu'on imagine à la question fondamentale qui

vient d'être posée, l'ensemble des phénomènes chimiques lui opposera des

difficultés inextricables. Ainsi, par exemple, dans la théorie

électro-chimique, on doit regarder, avec M. Berzélius, l'oxigène comme

l'élément le plus négatif, puisqu'il paraît l'être envers tous les

autres: et, néanmoins, certains oxides, où la quantité pondérale

d'oxigène est très considérable, doivent être ensuite envisagés comme

positifs envers certains acides, où il est beaucoup moins abondant,

quoique les radicaux des premiers soient souvent tout aussi négatifs que

ceux des derniers. En un mot, loin de tendre à perfectionner le système

de la science chimique, une telle théorie y introduit mal à propos de

nouvelles difficultés fondamentales, en faisant naître une longue suite

de questions vagues, obscures, insolubles même, et qui, en aucun cas, ne

sauraient faciliter la découverte rationnelle des lois chimiques.

Les composés organiques, suivant la franche déclaration de M. Berzélius

lui-même, opposent, en général, à cette théorie des obstacles

insurmontables, par la profonde et irrégulière perturbation que ces

nombreuses substances, toujours formées de trois ou quatre élémens

identiques, doivent naturellement jeter dans l'ordre primordial des

relations électriques, qui se trouve alors continuellement interverti. À

la vérité, M. Berzélius croit pouvoir suffisamment expliquer cette

immense anomalie, en alléguant le défaut de permanence d'une telle

classe de combinaisons. Mais, en principe, tout composé réel me semble

devoir être regardé comme nécessairement stable par lui-même,

c'est-à-dire comme n'étant susceptible d'aucune altération spontanée,

s'il est exactement soustrait à toute cause extérieure de décomposition;

et, en sens inverse, aucun composé ne saurait persister, d'une manière

absolue, contre des influences convenables. Les substances dites

organiques ne constituent point, par leur nature, la moindre exception

réelle à cette règle fondamentale, sans laquelle la science chimique me

paraîtrait radicalement impossible: soigneusement préservées du contact

de l'air et de l'eau, ainsi que de toute autre action perturbatrice,

elles persévèrent indéfiniment, tout aussi bien que les substances

spécialement qualifiées d'inorganiques. Si leur conservation est

habituellement plus difficile, c'est uniquement parce que,

essentiellement formées, des élémens les plus répandus autour de nous,

elles sont naturellement plus accessibles aux causes d'altération les

plus fréquentes. Une semblable justification serait donc entièrement

illusoire. On ne saurait non plus recourir ici au dualisme, dont la

considération a été si importante, dans la leçon précédente, pour faire

concevoir le moyen d'expliquer un jour, d'une manière pleinement

satisfaisante, les principales anomalies actuelles de la doctrine des

proportions définies. Quant à la théorie qui nous occupe maintenant, le

dualisme en diminuerait, sans doute, la difficulté essentielle; il y

serait même strictement indispensable, comme je l'indiquerai ci-dessous.

Mais il ne pourrait, évidemment, suffire à lever les objections

principales; car l'ordre invariable des relations électriques n'est pas,

en réalité, beaucoup mieux observé jusqu'ici envers les composés

notoirement assujettis au dualisme, qu'à l'égard de ceux qui ne sont pas

encore ainsi considérés. D'ailleurs l'obstacle fondamental consistant

ici dans l'identité des élémens opposée à la variété électrique, le

dualisme ne saurait, évidemment, permettre de le surmonter.

En faisant même abstraction de ces difficultés capitales, et en

concédant l'existence d'un système fixe et uniforme de propriétés

électro-chimiques, applicable à tous les degrés de composition, on

n'aurait encore nullement éclairci la notion élémentaire des phénomènes

chimiques, par leur vaine assimilation aux actions électriques

proprement dites; car on n'aurait établi ainsi aucune harmonie

intelligible entre les prétendues causes et les effets réels. En

considérant surtout la belle série des expériences électro-chimiques de

M. Becquerel, qui, par cela même qu'elles sont synthétiques et non

analytiques, doivent être, à ce sujet, plus spécialement envisagées, il

serait, sans doute, impossible de comprendre comment les faibles

puissances électriques qu'on y emploie le plus souvent, pourraient être

les véritables causes des combinaisons énergiques qui s'effectuent

alors, si l'on croyait devoir faire abstraction de tout effet spécifique

et spontané, inhérent aux substances combinées. De tels phénomènes sont,

ce me semble, éminemment propres à faire ressortir l'influence purement

auxiliaire, quoique très importante, de l'électricité dans les effets

chimiques, où elle agit essentiellement à la manière de la chaleur, sauf

l'énergie comparative. Cette conclusion est d'autant plus rationnelle,

qu'il n'y a presque point de combinaisons électro-chimiques qui ne

puissent aussi être opérées par les procédés chimiques ordinaires sans

aucun symptôme électrique: du moins l'ensemble des analogies doit faire

présumer, dès aujourd'hui, à cet égard, la régularisation future de

tous les cas encore exceptionnels. Si, par une vaine obstination, trop

ordinaire à l'esprit humain, on voulait sauver la théorie

électro-chimique en investissant arbitrairement l'influence électrique

de tous les attributs spécifiques et moléculaires qui caractérisent

essentiellement l'action chimique, une opération philosophique aussi

vicieuse n'aboutirait, en réalité, qu'à restaurer, sous une forme

nouvelle, l'entité primitive de l'_affinité_, décorée seulement alors de

quelques qualités matérielles purement hypothétiques, qui ne sauraient

la rendre plus positive. Ce rapprochement fictif et irrationnel ne

nuirait pas seulement à la chimie, mais aussi à la physique, par le

vague presque indéfini qu'il répandrait nécessairement désormais sur les

notions électriques, qui sont déjà fort loin d'être trop circonscrites.

Au fond, une telle direction scientifique me paraît essentiellement due

à la prépondérance prolongée de l'ancien esprit philosophique, qui, dans

l'étude totale de la nature, prétendait établir une vaine unité

systématique, non-seulement de méthode, mais de doctrine, radicalement

incompatible, soit avec les différences profondes des diverses

catégories générales de phénomènes, soit avec la faiblesse effective de

notre intelligence. Il est aisé d'apercevoir, en effet, que M. Berzélius

ne serait nullement éloigné, en thèse philosophique, de fondre

systématiquement, dans l'électrologie, non-seulement la chimie tout

entière, mais aussi la théorie de la chaleur, celle de la pesanteur, et

probablement, par suite, la mécanique céleste. En ajoutant à cet

assemblage hétérogène la confusion, très facile à établir d'une manière

spécieuse, du prétendu fluide nerveux avec le prétendu fluide

électrique, on arriverait aisément à une apparence de système universel,

qui ne saurait avoir aucune efficacité scientifique, et qui, aussitôt

qu'on essaierait de l'employer à des études réelles, se décomposerait

spontanément en plusieurs catégories de doctrines indépendantes, à peu

près analogues à nos sciences actuelles, sans que cet illusoire

échafaudage eût pu exercer d'autre influence essentielle que

d'embarrasser la philosophie naturelle de questions vagues,

mystérieuses, et insolubles, qu'il faudrait préalablement écarter de

nouveau.

Ainsi, en résumé, la grande influence chimique de l'électricité, comme

celle de la pesanteur, et surtout comme celle de la chaleur, ne saurait

aujourd'hui être méconnue: et je me suis efforcé, dans cette leçon, de

faire d'abord convenablement ressortir la haute importance de

l'électro-chimie pour le perfectionnement général de la science

chimique, dont elle constitue désormais un des élémens essentiels.

Mais, je crois devoir, néanmoins, rejetter sans retour, comme

profondément irrationnelle et radicalement nuisible, la conception

générale par laquelle on a tenté de transformer tous les phénomènes

chimiques en de simples phénomènes électriques. Du point de vue

philosophique, la théorie de Lavoisier, surtout en la réduisant à

l'analyse fondamentale du phénomène de la combustion, me paraît, malgré

ses imperfections capitales, très supérieure, comme composition

scientifique, à celle qu'on s'est efforcé de lui substituer, et qui est

loin d'avoir été aussi fortement ni aussi heureusement conçue. La

première se rapportait directement au but essentiel de la science

chimique, l'établissement des lois générales de la composition et de la

décomposition, dont la nouvelle théorie tend, au contraire, à écarter la

considération immédiate, pour détourner l'attention sur une vaine

enquête de la nature intime des phénomènes chimiques. Aussi, la

conception anti-phlogistique a-t-elle réellement suggéré de nombreuses

et importantes découvertes chimiques, tandis qu'il est fort douteux que

cette propriété décisive puisse jamais appartenir à la conception

électrique, qui, depuis quinze ans, n'en a présenté aucun exemple

effectif[17].

[Note 17: Conformément à l'esprit de cet ouvrage, j'ai

dû me borner, à l'égard d'une conception qui, par sa nature,

est, à mes yeux, radicalement vicieuse, à considérer

seulement sa systématisation primitive, telle que M.

Berzélius l'a effectuée. Il eût été inutile, et même

intempestif, de discuter ici les diverses modifications

qu'elle a reçues postérieurement, sans que son caractère

essentiel ait été changé, d'après les hypothèses de M.

Faraday, de M. Becquerel, etc., et surtout de M. Ampère,

qui, en remplaçant la polarité électrique des molécules par

les notions des atmosphères électriques et de

l'électrisation permanente des atomes, a peut-être rendu

cette théorie encore plus vague et plus irrationnelle

qu'elle ne l'était d'abord, en s'écartant davantage de la

vraie considération fondamentale des phénomènes chimiques.]

Cette conception pourra, néanmoins, sous un point de vue indirect,

exercer aujourd'hui une heureuse influence accessoire, en ce que, par sa

nature, elle tend à pousser les esprits à l'établissement général du

dualisme chimique, dont j'ai fait ressortir, dans les leçons

précédentes, la haute nécessité pour le progrès philosophique de la

science. On voit aisément, en effet, que, l'antagonisme électrique étant

nécessairement toujours binaire, les efforts pour étendre la théorie

électro-chimique doivent conduire à dualiser tous les composés qui sont

encore supposés plus que binaires. M. Berzélius paraît avoir senti cette

liaison générale, et l'on pourrait s'étonner que sa prédilection pour la

théorie électro-chimique ne l'ait point amené à ériger le dualisme en un

principe fondamental, si une telle inconséquence apparente ne

s'expliquait chez lui par sa répugnance naturelle à s'affranchir de la

division primitive de la chimie en organique et inorganique. Mais, un

tel obstacle ne saurait arrêter les chimistes déjà disposés d'ailleurs à

détruire cette vicieuse distribution; et la théorie électro-chimique

contribuera, sans doute, à les préparer au dualisme général, quoique, en

principe, on ne doive pas compter sur la puissance des mauvais moyens

pour amener indirectement de bons résultats.

Sous un dernier point de vue collatéral, la théorie électro-chimique, et

surtout l'ensemble des phénomènes qui y ont donné lieu, tend à fixer

l'attention des chimistes sur un nouvel aspect très important de leur

science, jusqu'ici beaucoup trop négligé. Il s'agit de l'influence

propre exercée par le temps dans la production générale des effets

chimiques, influence que plusieurs phénomènes ont déjà hautement

manifestée, et qui, néanmoins, n'a pas encore été directement analysée.

Non-seulement, en effet, le temps augmente naturellement la masse des

produits de la réaction chimique, par la combinaison successive des

diverses parties des deux principes, qui, le plus souvent, ne peuvent

toutes agir à la fois. Mais, en outre, il est incontestable que la durée

suffisamment prolongée des mêmes influences chimiques détermine des

formations qui n'auraient pas eu lieu sans cela. C'est sous ce rapport

que la théorie chimique du temps constitue encore, dans la science, une

lacune essentielle. Or, les phénomènes électro-chimiques, et surtout

ceux que M. Becquerel a si bien examinés, me paraissent éminemment

propres à éclaircir nos idées à cet égard, comme rendant une telle

influence plus spécialement sensible. Je n'ai pas besoin d'insister

davantage ici sur cette importante indication, dont le sujet se rattache

directement aux plus hautes questions de la géologie chimique, tout en

constituant un élément indispensable des conceptions générales de la

chimie abstraite.

Telles sont les principales considérations philosophiques que je devais

présenter, dans cette leçon, sur l'électro-chimie actuelle; et tel est,

enfin, le jugement, suffisamment motivé, auquel j'ai dû soumettre la

théorie électro-chimique, qui en a été abusivement déduite. En créant un

nouvel ordre essentiel d'études chimiques, cette grande série de travaux

doit, néanmoins, maintenir inaltérable le caractère original et

indépendant, si évidemment propre à la science chimique, et qui est

strictement indispensable à ses progrès généraux. Si l'on voulait

s'abandonner à suivre de vaines fictions scientifiques sur la forme des

molécules élémentaires, et sur la petitesse de leurs dimensions

comparativement à leurs intervalles, ainsi que Laplace l'avait proposé

comme un simple jeu philosophique, on aboutirait à faire vaguement

rentrer les effets de l'action chimique dans ceux de la gravitation

générale, sans aucune utilité réelle pour le système des connaissances

chimiques. Il en est essentiellement ainsi quant à la fusion, non moins

hypothétique, et peut-être encore plus irrationnelle, de la chimie dans

l'électrologie, malgré l'indication spécieuse de phénomènes

mal-interprétés. La science chimique doit rester aujourd'hui, par son

immense développement, aussi distinctement caractérisée, sans doute,

qu'à l'époque où l'illustre Boërhaave avait si vainement entrepris, par

une autre voie, de la confondre avec la physique, sous l'influence

prépondérante de l'hypothèse des tourbillons.

Je dois, en dernier lieu, consacrer maintenant la leçon suivante à

l'examen direct des considérations philosophiques, déjà accessoirement

signalées par les leçons précédentes, qui appartiennent spécialement à

ce qu'on appelle la chimie organique, afin d'avoir envisagé le système

actuel de la science chimique sous ses divers aspects fondamentaux,

conformément à l'esprit général de cet ouvrage.

Cours de philosophie positive. (3/6) · 第 7 / 18 题