Ce n'est pas à l'homme que je parle, c'est au tems et à l'éternité dont

je vais faire partie; vous, élémens de la matière que j'ai hâte de

dépouiller, laissez ma voix dominer sur votre enveloppe, comme un pur

esprit! Ondes bleues qui portâtes ma bannière, vents qui la gonfliez

comme si vous la voyiez avec amour, et qui vous glissiez dans mes voiles

déployées comme pour assister à de nombreux triomphes! terre natale pour

laquelle j'ai répandu mon sang; terre étrangère que j'humectais avec

tant d'ardeur de mes nombreuses blessures; monumens sur lesquels mon

sang ne tombera pas, mais s'élèvera vers le ciel; firmament qui les

recevras; soleil qui éclaires toutes ces choses, et toi enfin qui

allumes et entretiens les soleils,--je vous atteste que je ne suis pas

innocent;--mais ceux-ci sont-ils donc sans crimes? Je meurs, mais je

serai vengé. Des siècles lointains flottent sur l'abîme du tems; mes

yeux, avant de se fermer, y découvrent la sentence de cette altière

cité, et je laisse à jamais sur elle et sur ses héritiers ma

malédiction!--Oui, chaque jour rapproche silencieusement l'heure où

celle qui construisit un boulevard contre Attila cédera elle-même et

cédera bassement sous la main d'un bâtard Attila, sans même verser pour

sa dernière défense autant de sang qu'en vont répandre ces veines déjà

si souvent entr'ouvertes pour lui servir de bouclier.--Elle sera vendue

et payée pour être l'apanage de ceux qui la mépriseront!--Elle tombera

du rang d'empire à celui de province, du nom de capitale à celui de

petite ville, avec des esclaves pour sénateurs, des mendians pour

patriciens, des agens de prostitution pour peuple[loc12]. Alors, quand,

en riant sur toi dédaigneusement, le Juif se promènera dans tes

palais[loc13], le Hun devant tes places orgueilleuses, et le Grec dans

tes marchés; quand tes patriciens demanderont leur pain amer dans les

rues les plus étroites, et rappelleront douloureusement leur ancienne

noblesse comme un titre de plus à la pitié; alors, quand le petit nombre

de ceux qui auront retenu quelques débris de l'héritage de leurs aïeux

bourdonneront autour du lieutenant de quelque vice-gouverneur des rois

barbares, jusque dans le palais où ils siégèrent comme souverains,

jusque dans le palais où ils mirent à mort leur souverain; fiers de

quelque reste de noblesse qu'ils auront avilie, ou nés de quelque femme

adultère qui se sera fait gloire de s'être livrée au large gondolier, ou

au soldat étranger; fiers d'une telle bâtardise qu'ils citeront avec

complaisance jusqu'à la troisième génération;--quand les enfans seront

placés au dernier échelon de l'existence, rendus par leurs vainqueurs

les esclaves des peuples vaincus, méprisés des lâches par leur lâcheté

plus grande encore, méprisés, même des hommes vicieux, pour des vices

qui, dans leur énormité monstrueuse, ont porté à tous les codes de lois

le défi de les décrire où de les nommer; alors, quand de l'île de

Chypre, aujourd'hui soumise à ton empire, tu n'auras hérité que de sa

honte pour tes filles; quand elles passeront dans le monde entier en

proverbe pour leur infâme prostitution;--quand tu rassembleras dans tes

murs toutes les calamités des nations conquises, le vice sans splendeur,

le péché sans l'excuse de l'amour pour le farder; mais partout les

habitudes de la plus grossière débauche, des libertins sans passion et

livrés à cette froide et savante incontinence qui fait un art des

dépravations de la nature;--quand tout cela et de plus grands maux

encore pèseront sur toi, que ton sourire sera sans allégresse, tes

divertissemens sans plaisir, ta jeunesse sans honneur, ta vieillesse

sans respect; quand la faiblesse, l'inertie et le sentiment d'un malheur

contre lequel tu ne pourras lutter, et trembleras de murmurer, auront

fait de toi le dernier et le pire des déserts peuplés; alors, dans le

dernier soupir de ton agonie, entourée de tes nombreux meurtriers,

souviens-toi de _moi_! toi, caverne de gens qui ont soif du sang des

princes[loc14]! prison des eaux, Sodome des mers, je te dévoue aux dieux

infernaux, toi et ta race de vipère. (Ici le Doge se tournant vers le

bourreau.) Esclave, fais ton office; frappe comme j'ai frappé l'ennemi!

frappe comme j'aurais frappé ces tyrans! frappe aussi fortement que ma

malédiction! frappe et d'un seul coup!

[Note loc12: Si cette peinture dramatique semblait chargée, qu'on

jette les yeux sur l'histoire du tems prophétisé par le Doge, ou plutôt

sur quelques années antérieures à l'époque où nous vivons. Voltaire a

calculé le nombre de leurs _nostre bene merite meretrici_ à douze mille

de troupe régulière, sans compter la milice locale de volontaires, dont

j'ignore l'importance; mais c'est peut-être la seule partie de la

population qui n'ait pas diminué. Venise contenait jadis deux cent mille

habitans; aujourd'hui il en reste quatre-vingt-dix mille: et _quels_

encore! Il est difficile de concevoir et impossible de décrire l'état

déplorable dans lequel la tyrannie plus qu'infernale de l'Autriche a

plongé cette ville infortunée.]

[Note loc13: Les principaux palais sur la Brenta appartiennent

maintenant aux Juifs, qui, dans les premiers tems de la république, ne

pouvaient habiter au-delà de Mestri, et n'avaient pas la liberté

d'entrer dans Venise. Tout le commerce est entre les mains des Juifs et

des Grecs, et des Hongrois composent la garnison.]

[Note loc14: Sur les cinquante premiers doges, _cinq_ abdiquèrent;

_cinq_ furent bannis après qu'on leur eut arraché les yeux; _cinq_

furent massacrés, et _neuf_ déposés. Ainsi, sur cinquante, dix-neuf

perdirent le trône par violence, outre ceux qui moururent dans les

camps; et tout cela arriva long-tems avant le règne de Marino Faliero.

Son prédécesseur le plus immédiat, André Dandolo, était mort par suite

de vexations; Marino Faliero lui-même périt comme nous l'avons dit.

Parmi ses successeurs, Foscari fut déposé après avoir vu son fils

plusieurs fois torturé et banni: il mourut lui-même en entendant la

cloche de Saint-Marc donner le signal de l'élection de son successeur.

Morosini fut incarcéré pour la perte de Candie; mais pendant son règne

il avait conquis la Morée et reçu le surnom de Péloponésien. Faliero

pouvait donc dire ce que je lui fais dire.]

(Le Doge se met à genoux, le bourreau lève son épée, la toile tombe.)

SCÈNE IV.

(La Piazza et Piazetta de Saint-Marc.--Le peuple en foule se presse

autour des portes grillées du palais ducal. Ces portes sont fermées.)

PREMIER CITOYEN.

Enfin, je touche la porte, je puis discerner les Dix, vêtus de leurs

robes d'état, et rangés autour du Doge.

DEUXIÈME CITOYEN.

J'ai beau faire, je ne puis aller jusqu'à toi. Que vois-tu? Parle du

moins, puisque la vue en est défendue au peuple, excepté à ceux qui

touchent la grille.

PREMIER CITOYEN.

En voici un qui approche le Doge; voilà qu'on ôte de sa tête le bonnet

ducal.--Maintenant, le Doge lève les yeux au ciel, je les vois remuer;

ses lèvres s'agitent;--silence, silence!--non, ce n'est qu'un

murmure.--Maudite distance! Ses paroles semblent inarticulées; mais sa

voix retentit comme un tonnerre lointain. Ne pourrons-nous saisir une

seule phrase!

DEUXIÈME CITOYEN.

Chut! peut-être entendrons-nous le son.

PREMIER CITOYEN.

Impossible; je ne l'entends pas moi-même.--Le vent agite ses cheveux

blancs, comme si c'était la mousse des vagues. Oh! voilà qu'il

s'agenouille;--ils forment un cercle autour de lui; ils m'empêchent de

rien voir; mais je distingue l'épée nue dans l'air.--Ah! entendez-vous?

il tombe.

(Mouvement parmi le peuple.)

TROISIÈME CITOYEN.

Ainsi, ils ont tué celui qui voulait nous rendre libres!

QUATRIÈME CITOYEN.

Il avait toujours été bon au peuple!

PREMIER CITOYEN.

Ils ont bien fait de barrer leurs portes; si nous avions deviné ce

qu'ils voulaient faire, nous serions venus ici avec des armes, nous les

aurions brisées.

CINQUIÈME CITOYEN.

Êtes-vous bien sûr qu'il soit mort?

PREMIER CITOYEN.

Puisque j'ai vu tomber l'épée. Mais, qu'allons-nous voir?

(Un chef des Dix[loc15] paraît sur le balcon du palais qui est en face

de la place Saint-Marc, avec une épée ensanglantée. Il l'élève trois

fois devant le peuple, et crie:)

La justice a frappé le grand traître!

(Les portes s'ouvrent, la populace se précipite sur les degrés de

l'escalier du Géant, où l'exécution s'est faite. Les plus avancés disent

à ceux qui les suivent:)

La tête ensanglantée roule encore sur les marches!

(La toile tombe.)

[Note loc15: Un _capo de' Dieci_. Telles sont les expressions de la

chronique de Sanuto.]

FIN DE MARINO FALIERO.

APPENDICE.

N° I.

Fu eletto da' quarantuno elettori, il quale era cavaliere e conte di Val

di Marino in Trivigiana, ed era ricco. Si trovava ambasciadore a Roma; e

a di 9 dì settembre, dopo sepolto il suo predecessore, fù chiamato il

gran consiglio, e fù preso di fare il Doge giusta il solito. E furono

fatti i cinque correttori, ser Bernardo Giustiniani, procuratore; ser

Paolo Loredano; ser Filippo Aurio; ser Pietro Trivisano, e ser Tommaso

Viadro. I quali a dì misero x°. queste correzioni alla promessione del

Doge: che i consiglieri non odano gli oratori et nunzi de' signori,

senza i capi de' quaranta, e delle due parti del consiglio de' quaranta,

nè possono rispondere ad alcuno, se non saranno quattro consiglieri e

due capi de' quaranta, e che osservino la forma del suo capitolare. E

che messer lo Doge si metta nella miglior parte, quando i giudici tra

loro non fossero d'accordo. E che egli non possa far vendere i suoi

imprestiti, salvo con legitima causa, e con voler di cinque consiglieri,

di due capi de' pregati. _Item._ che in luogo di tre mila pelli di

conigli, che debbon dare i Zaratini per regalia al Doge, non trovandosi

tante pelli, gli diano ducati ottanta l'anno. E poi a di xi°. detto,

misero _etiam_ altre correzioni, che se il Doge, che sarà eletto, fosse

fuori di Venezia, i savj possano provvedere del suo ritorno. E quando

fosse il Doge ammalato, sia vice-doge uno de' consiglieri, da essere

eletto tra loro. E che il detto sia nominato viceluogotenente di messer

lo Doge, quando i giudici faranno i suoi atti. E nota, perchè fù fatto

Doge, uno, ch'era assente, che fu vice-doge ser Marino Badoero più

vecchio de' consiglieri. _Item_, che' il governo del ducato sia commesso

a' consiglieri, e a' capi de' quaranta, quando vacherà il ducato, finchè

sarà eletto l'altro Doge. E così a dì 11 di settembre fù creato il

prefato Marino Faliero Doge. E fù preso, che il governo del ducato, sia

commesso a consiglieri e a' capi de' quaranta. I quali stiano in palazzo

di continuo, fino che verrà il Doge; sicchè di continuo stiano in

palazzo due consiglieri, un capo de' quaranta. E subito furono spedite

lettere al detto Doge, il quale era a Roma oratore al legato di papa

Innocenzo IV, ch' era in Avignone. Fù preso nel gran consiglio

d'eleggere dodici ambasciadori incontro a Marino Faliero Doge, il quale

veniva da Roma. E giunto a Chioggia, il podestà mandò Taddeo Giustiniani

suo figliuolo incontro, con quindici Ganzaruoli. E poi venuto a S.

Clemente nel Bucintoro, venne un gran caligo, _adeo_ che il Bucintoro

non si potè levare. Laonde il doge co' gentiluomini nelle piatte vennero

di lungo in questa Terra a 5 d'ottobre del 1354. E dovendo smontare alla

riva della Paglia per lo caligo andarano ad ismontare alla riva della

Piazza in mezzo alle due colonne dove si fa la giustizia, che fù un

malissimo augurio. E a 6 la mattina venne alla chiesa di San Marco alla

laudazione di quello. Era in questo tempo cancellier grande messer

Benintende. I quarantuno elettori furono ser Giovanni Contarini, ser

Andrea Giustiniani, ser Michele Morosini, ser Simone Dandolo, ser Pietro

Lando, ser Marino Gradenigo, ser Marco Dolfino, ser Niccolo Faliero, ser

Giovanni Quirini, ser Lorenzo Soranzo, ser Marco Bembo, ser Stefano

Belegno, ser Francesco Loredano, ser Marino Veniero, ser Giovanni

Mocenigo, ser Lorenzo Barbarigo, ser Bettino da Molino, ser Andrea

Errizo procuratore, ser Marco Celsi, ser Paolo Donato, ser Bertucci

Grimani, ser Pietro Steno, ser Luca Duodo, ser Andrea Pisani, ser

Francesco Caravello, ser Jacopo Trivisano, ser Schiavo Marcello, ser

Maffeo Aimo, ser Marco Capello, ser Pancrazio Giorgio ser Giovanni

Foscarini, ser Tommaso Viadro, ser Schiavo Polani, ser Marco Polo, ser

Marino Sagredo, ser Stefano Mariani, ser Francesco Suriano, ser Orio

Pasqualigo, ser Andrea Gritti, ser Buono da Mosto.

_Trattato di messer Marino Faliero Doge, tratto da una cronica antica._

Essendo venuto il giovedì della caccia, fù fatta giusta il solito la

caccia. E a que' tempi dopo fatta la caccia s'andaya in palazzo del Doge

in una di quelle sale, e con donne facevasi una festicciuola, dove si

ballava sino alla prima campana, e veniva una colazione; la quale spesa

faceva messer lo Doge, quando v' era la dogaressa. E poscia tutti

andavano a casa sua. Sopra la qual festa, pare che ser Michele Steno,

molto giovane e povero gentiluomo, ma ardito e astuto, il qual' era

innamorato in certa donzella della dogaressa, essendo sul solajo

appresso le donne facesse cert' atto non conveniente, _adeo_ che il Doge

comandò che fosse buttato giù dal solajo. E così quegli scudieri del

Doge lo spinsero giù di quel solajo. Laonde a ser Michele parve, che

fossegli stata fatta troppo grande ignominia. E non considerando

altramente il fine, ma sopra quella passione fornita la festa, e andati

tutti via, quella notte egli andò, e sulla cadrega dove sedeva il Doge

nella sala dell' audienza (perchè allora i Dogi non tenevano panno di

seta sopra la cadrega, ma sedevano in una cadrega di legno) scrisse

alcune parole disoneste del Doge et delle dagoressa, cioè: _Marino

Faliero dalla bella moglie: altri la gode ed egli la mantiene._ E la

mattina furono vedute tali parole scritte. E parve una brutta cosa. E

per la signoria fu commessa la cosa agli avyogadori del commune con

grande efficacia. I quali avvogadori subito diedero taglia grande per

venire in chiaro della verità di chi avea scritto tal lettera. _E

tandem_ si seppe, che Michele Steno avea le scritte. E fù per la

Quarantia preso di ritenerlo, e ritenuto. Confessò, che in quella

passione d' essere stato spinto giù del solajo, presente la sua amante,

egli aveale scritte. Onde poi fu placitato nel detto consiglio si per

rispetto all' età, come per la caldezza d' amore, di condannarlo a

compiere due mesi in prigione serrato, e poi ch' e' fosse bandito da

Venezia e dal distretto per un' anno. Per la qual condennazione tanto

piccola il Doge ne prese grande sdegno, parendoli che non fosse stata

fatta quella estimazione della cosa, che ricercava la sua dignità del

ducato. E diceva, ch' eglino doveano averlo fatto appicare per la gola,

o _saltem_ bandirlo in perpetuo da Venezia. E perchè (quando dee

succedere un' effetto, è necessario che vi concorra la cagione a fare

tal' effetto), era destinato, che a messer Marino Doge fosse tagliata la

testa. Perciò occorse, che intrata la quaresima il giorno dopo che fù

condannato il detto ser Michele Steno, un gentiluomo da cà Barbaro, di

natura collerico, andasse all' arsenale, domandasse certe cose ai

padroni; ed era in presenza de' signori l'amiraglio dell' arsenale, il

quale, intesa la domanda, disse, che non si poteva fare. Quel gentiluomo

venne a parole coll' amiraglio, e diedegli un pugno su un' occhio. E

perchè avea un anello in detto, coll' annello gli ruppe la pelle, e fece

sangue. E l'amiraglio cosi battuto e insanguinato andò al Doge a

lamentarsi, acciocchè il Doge facesse fare gran punizioni contra il

detto da cà Barbaro. Il Doge disse: _Che vuoi che ti faccia? Guarda le

ignominiose parole scritte di me, e il modo ch' è stato punito quel

ribaldo di Michele Steno, che le scrisse, e quale stima hanno i Quaranta

fatto della persona nostra!_ La onde l'amiraglio gli disse: _Messer lo

Doge, se voi volete farvi signore, e fare tagliare tutti questi becchi

gentiluomi a pezzi, mi basta l' animo, dandomi voi ajuto, di farvi

signore di questa terra; e allora voi potrete castigare tutti costoro._

Intese queste, il Doge disse: _come si può fare una simile cosa_? E così

entrarono in ragionamento.

Il Doge mandò a chiamare ser Bertucci Faliero suo nipote, il quale stava

con lui in palazzo, ed entrarono in questa machinazione. Nè si partirono

di lì, che mandarono ser Filippo Calendaro uomo maritimo e di gran

seguito, e ser Bertucci Israello, ingegnere e uomo astutissimo. E

consigliatisi insieme diedero ordine di chiamare alcuni e altri. E così

per alcuni giorni la notte se riducevano insieme in palazzo in casa del

Doge. E chiamarono a parte a parte altri, _videlicet_ Niccolo Fagiuolo,

Giovanni da Corfù, Stefano Fagiano, Niccolo dalle Bende, Niccolo Biondo,

e Stefano Trivisano. E ordinò di fare sedici o diciasette capi in

diversi luoghi della terra, i quali avessero cadaun di loro quarant'

uomini provvigionati preparati, non dicendo a' detti suoi quarenta

quello che volessero fare. Ma che il giorno stabilito si mostrasse di

far quisitione tra loro in diversi luoghi; acciocchè il Doge facesse

sonare a San Marco le campane, le quale non si possono sonare, s' egli

nol comanda. E al suono delle campane questi sedici o diciasette co'

suoi uomini venissero a San Marco alle strade, che buttano in piazza. E

così i nobili e primari cittadini, che venissero in piazza, per sapere

del romore ciò ch' era, li tagliassero a pezzi. E seguito questo, che

fosse chiamato per signore messer Marino Faliero Doge. E fermate le cose

tra loro, stabilito fù, che questo dovess' essere a' 15 d'aprile del

1355, in giorno di mercoledi. La quale machinazione trattata fù tra loro

tanto segretamente, che mai nè pure se ne sospettò, non che se ne

sapesse cos' alcuna. Ma il signor' Iddio, che ha sempre ajutato questa

gloriosissima città, e che per le santimonie e giustizie sue mai non l'

ha abbandonata, ispirò ad un Bertramo Bergamasco, il quale fu messo capo

di quarant' uomini per una de' detti congiurati (il quale intese qualche

parola, sicchè comprese l' effetto, che doveva succedere, e il qual era

di casa di ser Niccolo Lioni da Santo Stefano) di andare a dì..... d'

aprile a casa del detto ser Niccolo Lioni, e gli disse ogni cosa dell'

ordinato. Il quale intese le cose, rimase come morto, e intese molte

particolarità, il detto Bertramo il pregò che lo tenesse segreto, e

glielo disse, acciocche il detto ser Niccolo non si partisse di casa a

di 15 acciocchè egli non fosse morto. Ed egli volendo partirsi, il fece

ritenere a suoi di casa, e serrarlo in una camera. Ed esso andò a casa

di M. Giovanni Gradenigo Nasone, il quale fù poi Doge, che stava anch'

egli a Santo Stefano; e dissegli la cosa. La quale parendogli, com' era,

d' una grandissima importanza, tutti e due audarono a casa di signor

Marco Cornaro che stava a San Felice, e dettogli il tutto, tutti e tre

deliberarono di venire a casa del detto signor Niccolo Lioni, ed

esaminare il detto Bertramo. E quello esaminato, intese le cose, il

fecero stare serrato. E andarono tutti e tre a San Salvatore in

Sacristia, e mandarono i loro famigli a chiamare i consiglieri, gli

avvogadori, i capi de' dieci, et quei del consiglio ridotti insieme

dissero loro le cose. I quali rimasero morti, e deliberarono di mandare

ser detto Bertramo, e fattolo venire cautamente, ed esaminatolo e

verificate le cose, ancorchè ne sentissero gran passione, pure pensarono

la provisione, e mandarono pe' capi de' quaranta, pe' signori di notte,

pe' capi de' sestieri, e pe' cinque della pace; e ordinato ch' eglino

co' loro uomini trovassero degli altri buoni, e mandassero a casa de'

capi de' congiurati, _ut supra_ metessero loro le mani addosso. E

tolsero i detti le maestrerie dell' arsenale, acciocchè i provvisionati

de' congiurati non potessero offenderli. E si redussero in palazzo,

verso la sera; dove ridotti fecero serrare le porte della corte del

palazzo, e mandarono a ordinare al campanaro, che non sonasse le

campane. E così fu seguito, e messe le mani addosso a tutti i nominati

di sopra, furono que' condetti al palazzo. Vedendo il consiglio de'

dieci, che il Doge era nella cospirazione, presero di eleggere venti de'

primarj della terra, di giùnta al detto consiglio a consigliare, non

però che potessero mettere pallotta.

I consiglieri furono questi: ser Giovanni Mocenigo del sestiero di San

Marco; ser Almoro Veniero da Santa Marina, del sestiero di Castello; ser

Tommaso Viadro, del sestiero di Caneregio; ser Giovanni Sanudo, del

sestiero di Santa Croce; ser Pietro Trivisano, del sestiero di san

Paolo; ser Pantalione Barbo il Grande, del sestiero d'Ossoduro. Gli

avvogadori del comune furono ser Zufredo Morosini, e ser Orio

Pasqualigo, e questi non ballottarono. Que' del consiglio de' dieci

furono: ser Giovanni Marcello, ser Tommaso Sanudo, e ser Michelento

Dolfino, capi del detto consiglio de' dieci; ser Luca da Legge, e ser

Pietro da Mostro, inquisitori del detto consiglio, ser Marco Polani, ser

Marino Veniero, ser Lando Lombardo, ser Nicoletto Trivisano da Sant

Angelo. Questi elessero tra loro una giunta, nella notte ridotti quasi

sul romper del giorno, di venti nobili di Venezia de' migliori, de' più

savj, e de' più antichi, per consultare, non però che mettessero

pallattola. E non vi vollero alcuno da Cà Faliero. E cacciarono fuori

del consiglio Niccolo Faliero da san Tommaso per essere della casata del

Doge. E questa provigione di chiamare i venti della giunta fù molto

commendata per tutta la terra. Questi furono i venti della giunta: ser

Marco Giustiniani procuratore, ser Andrea Erizzo procuratore, ser

Lionardo Giustiniani procuratore, ser Andrea Contarini, ser Simone

Dandolo, ser Niccolo Volpe, ser Giovanni Loredano, ser Marco Diedo, ser

Giovanni Gradenigo, ser Andrea Cornaro cavaliere, ser Marco Soranzo, ser

Rinieri da Mosto, ser Gazano Marcello, ser Marino Morosino, ser Stefano

Belegno, ser Niccolo Lioni, ser Filippo Orio, ser Marco Trivisano, ser

Jacopo Bragadino, ser Giovanni Foscarini. E chiamati questi venti nel

consiglio de' dieci, fu mandato per messer Marino Faliero Doge, il quale

andava pel palazzo con gran gente, gentiluomini e altra buona gente, che

non sapeano anchora come il fatto stava. In questo tempo fù condotto,

preso e ligato, Bertucci Israello, uno de' capi del trattato, per que'

di Santa Croce, a ancora fù preso Zanello del Brin, Nicoletto di Rosa, e

Nicoletto Alberto, il Guardiaga, e altri uomini da mare, e d' altre

condizioni. I quali furono esaminati, e trovata la verità del

tradimento. A dì 16 d' aprile fù sentenziato pel detto consiglio de'

dieci, che Filippo Calendaro, e Bertucci Israello fossero appiccati alle

colonne rosse del balconate del palazzo, nelle quali sta a vedere il

Doge la festa della caccia. E cosi furono appiccati con spranghe in

bocca. E nel giorno seguente questi furono condannati: Niccolo Zuccuolo,

Nicoletto Blondo, Nicoletto Doro, Marco Giuda, Jacomello Dagolino,

Nicoletto Fedele figliuolo di Filippo Calendaro, Marco Torello detto

Israello, Stefano Trivisano cambiatore di Santa Margherita, Antonio

dalle Bende. Furono tutti presi a Chioggia, che fuggivano, e dipoi in

diversi giorni due a due, e uno a uno, per sentenza fatta nel detto

consiglio de' dieci, furono appiccati per la gola alle colonne,

continuando dalle rosse del palazzo, seguendo fin verso il canale. E

altri presi furono lasciati, perché sentirono il fatto, ma non vi furono

tal che fù dato loro ad intendere per questi capi, che venissero coll'

arme, per prendere alcuni malfattori in servigio della signoria, ne

altro sapeano. Fù ancora liberato Nicoletto Alberto, il Guardiaga, e

Bartolommeo Ciruola e suo figliuolo, e molti altri, che non erano in

colpa.

E a dì 16 d' aprile, giornò di venerdi, fù sentenziato nel detto

consiglio de' dieci, di tagliare la testa a messer Marino Faliero Doge

sul palo della scala di pietra, dove i Dogi giurano il primo sagramento,

quando montano prima il palazzo. E così serrato il palazzo, la matina

seguente a ora di terza, fù tagliata la testa a detto Doge a dì 17 d'

aprile. E prima la beretta fù tolta di testa al detto Doge, avanti che

venisse giù dalla scala. E compiuta la giustizia, pare che un capo de'

dieci andasse alle colonne del palazzo, sopra la piazza, e mostrasse la

spada insanguinata a tutti, dicendo: _È stata fatta la gran justizia del

traditore._ E aperta la porta tutti entrarono dentro con gran furia a

vedere il Doge ch' era stato giustiziato. È da sapere, che a fare la

detta giustizia non fù ser Giovanni Sanudo il consigliere, perchè era

andato a casa per difetto della persona, sicchè furono quatordici soli,

che ballottarono, cioè cinque consiglieri e nove del consiglio de dieci.

E fù preso, che tutti i bieni del Doge fossero confiscati nel commune,

et così degli altri traditori. E fù conceduto a detto Doge pel detto

consiglio de' dieci, ch' egli potesse ordenare del suo per ducati du'

mila. Ancora fù preso, che tutti i consiglieri e avvogadori del comune,

que' del consiglio de' dieci e della giunta, ch' erano stati a fare la

detta sentenza del Doge, et d' altri, avessero licenza di portar' arme

di dì e di notte in Venezia, e da Grado fino a Cavarzere, ch' è sotto il

dogato, con due fanti in vita loro, stando i fanti con essi in casa al

suo pane e al suo vino. E chi non avesse fanti, potesse dar tal licenza

a' suoi figliuoli ovvero fratelli, due però e non più. Eziandio fu data

licenza dell' arme a quattro notaj della cancellaria, cioè della corte

Maggiore, che furono a prendere le deposizioni e inquisizioni, in

perpetuo a loro soli; i quali furono Amadio, Nicoletto di Loreno,

Stefanello, e Pietro de' Compostelli, scrivani de' signori di notte. E

essendo stati impiccati i traditori, e tagliata la testa al Doge, rimase

la terra in gran riposo e quiete. E come in una cronica ho trovato, fù

portato il corpo del Doge in una barca con otto doppieri a seppelire

nolla sua arca a San Giovanni e Paolo, la quale al presente è quell'

andito per mezzo la chiesuola di Santa Maria della Pace, fatta fare pel

vescovo Gabriello di Bergamo, e un cassone di pietra con queste lettere:

heic jacet

dominus Marinus Faletro dux.

E nel gran consiglio non gli è stato fatto alcun brieve; ma il luogo

vacuo con lettereche dicono così:

Heic est locus Marini Faletro,

decapitati pro criminibus.

Œuvres complètes de lord Byron, Tome 06 comprenant ses mémoires publiés par Thomas Moore · 第 12 / 19 段