Karma, on le voit, est, en somme, l'entité immortelle que l'homme forme
par ses actes et ses pensées et qui le suit ou plutôt l'enveloppe et
l'absorbe à travers ses vies successives et se modifie comme il se
modifie sans cesse, mais en conservant toutes les empreintes
antérieures. Les pensées, dit très justement la doctrine, construisent
le caractère, les actions font l'entourage. Ce que l'homme a pensé, il
l'est devenu; ses qualités, ses dons naturels s'attachent à lui comme
les résultats de ses idées. Il est, en toute vérité, créé par lui-même.
Il est, dans le sens le plus complet du mot, responsable de tout ce
qu'il est. Il se trouve enveloppé dans le filet de tout ce qu'il a fait.
Il ne peut ni défaire ni détruire le passé; mais, autant que les effets
en sont encore à venir, il lui est possible de modifier ceux-ci ou de
les retourner par des forces nouvelles. Rien ne peut le toucher qu'il
n'ait mis en mouvement, aucun mal ne peut lui être fait qu'il ne l'ait
mérité. Dans le déroulement infini des éternités, il ne rencontrera
jamais d'autre juge que lui-même.