Je sais bien que cette révélation, comme apparemment toutes celles qu'on
pourra faire dans la suite des temps, remonte et aboutit à
l'inconnaissable, à l'insoluble mystère de la divinité, de l'être ou de
l'existence, et forcément s'arrête net devant cet inconnaissable aussi
impénétrable, aussi inattaquable qu'une falaise de toutes parts infinie
et formée d'un seul bloc de diamant noir. Il n'y a rien à faire, il n'y
a qu'à s'arrêter; il n'y a pas à essayer de la tourner, de la prendre à
revers; le revers, si l'on pouvait l'atteindre, étant nécessairement
pareil à l'avers, attendu que l'inexistence de tout serait exactement
aussi inexplicable, aussi incompréhensible que son existence. Il est
vrai que dans les replis secrets de la doctrine, l'Univers et tout ce
qu'il renferme est appelé Maya, c'est-à-dire l'illusion éternelle, et
qu'ainsi, les deux mystères inconciliables s'unissent en un mystère plus
haut dont l'intelligence de l'homme ne peut plus approcher.
Au fond, l'énigme primitive, le mystère primordial n'étant pas éclairci,
tout le reste n'éclaire que des degrés qui mènent de la connaissance
relative à l'ignorance absolue. Il est probable qu'il en sera de même
pour toutes les révélations qui s'adressent à l'intelligence de l'homme
tant qu'il vivra sur cette planète; car cette intelligence a des limites
qu'aucun effort ne pourra reculer. Mais en attendant, il est certain que
ces degrés, qui ne mènent à rien, l'ont néanmoins, d'emblée et dès les
premiers jours, conduite au plus haut point qu'elle ait atteint, qu'elle
puisse espérer d'atteindre. L'explication la plus ancienne embrasse du
premier coup tous les essais d'explications proposés jusqu'ici. Elle
concilie le positivisme scientifique avec l'idéalisme le plus
transcendantal, elle admet la matière et l'esprit, elle accorde
l'impulsion mécanique des atomes et des mondes avec leur direction
intelligente. Elle nous donne une divinité inconditionnée, «cause sans
cause de toutes les causes», digne de l'univers qu'elle est elle-même et
dont celles qui lui ont succédé dans toutes nos religions ne sont que
des membres épars, mutilés et méconnaissables. Elle nous offre enfin,
par sa loi de Karma, en vertu de laquelle chaque être porte dans ses
vies successives les conséquences de ses actes et se purifie peu à peu,
le principe moral le plus haut, le plus juste, le plus inattaquable, le
plus fécond, le plus consolant, le plus chargé d'espoirs qu'il soit
possible de proposer à l'homme. Il semble que tout cela mérite qu'on
l'examine, qu'on la respecte et qu'on l'admire.