IX

Cette admiration et ce respect n'empêchent pas d'ailleurs que nous ne

soyons libres de choisir, de rejeter beaucoup de choses ou de les

réserver en attendant d'autres clartés. Quand on nous dit, par exemple,

que le Cosmos est guidé par une série infinie de hiérarchies d'êtres

sensibles, ayant chacun une mission à remplir et qui sont les agents des

lois karmiques et cosmiques; quand on ajoute que chacun de ces êtres a

été un homme dans un Manvantara précédent ou se prépare à le devenir

dans le Manvantara actuel ou dans un Manvantara futur, qu'ils sont des

hommes perfectionnés ou des hommes naissants et que dans leurs sphères

supérieures et moins matérielles, ils ne diffèrent moralement des êtres

humains terrestres qu'en ce qu'ils ne possèdent pas le sentiment de la

personnalité et de la nature émotionnelle humaine; quand on affirme

enfin que ce que nous appelons la Nature inconsciente est, en réalité,

un ensemble de forces manipulées par des êtres semi-intelligents

(Élémentals), dirigés par les hauts esprits planétaires (Dhyan-Chohans),

dont le total forme le Verbe manifesté du Logos non manifesté et

constitue, en même temps, l'intelligence de l'univers et sa loi

immuable; nous pouvons rendre hommage à l'ingéniosité de ces

spéculations comme à celles de milliers d'autres qui peut-être serrent

la vérité de plus près que nos meilleures et nos plus récentes

hypothèses scientifiques; nous sommes libres d'en prendre et d'en

laisser ce qui nous plaît. Tout cela, je l'accorde, n'est nullement

prouvé, n'est vérifié ou ne sera vérifiable qu'en certains détails,

tandis que les grandes lignes fondamentales échapperont probablement

toujours au contrôle de notre intelligence désarmée. Mais ce que nous

devons, je le répète, admirer sans réserve, c'est le prodigieux édifice

spirituel qu'offre l'ensemble de cette révélation, l'immense effort

intellectuel qui, dès l'aube de l'humanité, tenta de débrouiller

l'insondable chaos de l'origine, de la structure, de la marche, de la

direction et de la fin de l'univers, et semble y avoir réussi de façon

telle que jusqu'ici on n'a rien trouvé qui l'égale, ne s'en inspire ou,

souvent à son insu, n'y retourne.

X

Je disais, dans la première partie de cette étude, qu'une révélation

trop haute, fût-elle incontestable, n'aurait guère d'influence sur notre

vie, y transformerait peu de chose, passerait trop loin de nous dans

l'immensité de l'espace et ne descendrait pas dans notre pensée et notre

coeur. En alla-t-il ainsi de celle dont nous parlons, qui est la seule

vraiment surhumaine et encore acceptable et presque inattaquable que

nous ayons eue? Oui et non, selon le point de vue où l'on se place. Tout

ce qu'il y a en elle de trop grand, excepté sa notion de l'éternité, n'a

pas réellement modifié nos idées, n'a pas imprégné nos moeurs. Elle n'a

même pas atteint profondément les peuples qui nous l'ont transmise et

qui, renonçant à la comprendre, l'ont transformée en un polythéisme

anthropomorphe, barbare et monstrueux. Il en est à peu près de même

partout ailleurs. Toutes les religions, du paganisme, en passant par la

Chine et le Japon, la Gaule et la Germanie, le Mexique et le Pérou,

jusqu'au christianisme avec ses variantes et ses surgeons, en sont

issues; mais toutes n'ont pu vivre et régner sur les hommes, qu'en la

défigurant, en la mutilant, en la rapetissant à la plus petite taille

des âmes de leur temps, en la rendant méconnaissable. Il est donc assez

probable qu'il en irait pareillement de toute autre plus grande, s'il

était possible, eût-elle tous les caractères d'une révélation divine,

directe, authentique, indubitable, irréfutable, irrécusable; en un mot,

de celle que nous attendons encore sans oser l'espérer.

Les sentiers dans la montagne · 第 60 / 76 题