Fort bien, dira-t-on, cette interprétation de l'univers, cette
anthropo-cosmogénèse est la plus haute, la plus vaste, la plus
admirable, la plus inattaquable qu'on ait jamais conçue; elle déborde de
toutes parts l'imagination et la pensée de l'homme; mais sur quoi tout
cela repose-t-il? Il n'y a là, en fin de compte, que de magnifiques
hypothèses audacieusement travesties en affirmations magistrales,
péremptoires et dogmatiques, mais qui sont toutes invérifiables. C'est
l'objection que j'ai faite moi-même, un peu hâtivement, dans un des
premiers chapitres de la _Mort_.
Il est, en effet, incontestable que nous ne connaîtrons pas de si tôt,
que nous ne connaîtrons peut-être jamais la vérité sur l'origine et la
fin de l'univers ni sur tous les autres problèmes que ces affirmations
résolvent. Seulement, il est curieux de constater que la science, chaque
jour, se rapproche, malgré elle, de l'une ou l'autre de ces
affirmations, et qu'elle ne peut en écarter ou démentir aucune. Il y a
telle étude du chimiste Crookes, par exemple, sur la genèse des éléments
qui, à son insu, devient nettement occultiste, tandis que la découverte
de la radio-activité de la matière reproduit exactement la théorie des
tourbillons de l'initié Anaxagore. Il en est de même, _mutatis
mutandis_, du rôle attribué à l'éther, dernier et indispensable postulat
de nos savants. Il en est de même des fonctions souveraines et
essentielles de certaines glandes minuscules dont la médecine moderne
commence à peine à retrouver l'importance et qui recèlent probablement
les secrets primordiaux de la vie: la glande thyroïde qui préside à la
croissance et à l'intelligence, la glande surrénale qui régente ce
muscle inconscient qu'est le coeur et la glande pinéale, la plus
mystérieuse de toutes, qui nous met en rapport avec les mondes inconnus.
Il en est encore de même en astronomie où l'insuffisance manifeste de
nos soi-disant lois cosmiques, notamment celle de la gravitation et de
la formation des nébuleuses, pose une foule de questions auxquelles
répond seule la cosmogonie orientale. Mais ceci demanderait une longue
étude que je n'ai pas qualité pour entreprendre.
Au demeurant, rien ne nous oblige à accepter ces affirmations comme des
dogmes. Il ne s'agit pas ici d'une religion qui nous impose sa foi
aveugle, son _Credo quia absurdum_. Il nous est parfaitement loisible de
les considérer comme de simples hypothèses, d'immenses, d'incomparables
poèmes antédiluviens, dont la genèse de Moïse n'est qu'un fragment
défiguré. Mais, en tant qu'hypothèses ou poèmes, il faut convenir
qu'elles sont prodigieuses, que nous n'avons rien de meilleur, rien de
plus vraisemblable à leur opposer et, qu'étant donnée leur antiquité
indiscutable, leur origine préhistorique, elles semblent réellement
surhumaines.
Faut-il admettre, comme le prétendent les occultistes, qu'elles nous
viennent d'êtres supérieurs à l'homme, d'entités plus spirituelles
vivant dans des conditions inconnues, qui occupaient notre terre ou les
planètes voisines, avant notre venue; d'une civilisation
lémuro-atlantéenne qui a laissé en la mémoire des peuples et sur le sol
de notre globe, dans ses monuments mégalithiques, des traces
indélébiles? C'est fort possible, mais ici encore nous sommes libres
d'attendre les confirmations de l'archéologie hindoue, égyptienne,
chaldéenne, assyrienne et persane, qui, sur ce point, comme sur tant
d'autres, n'a pas dit son dernier mot.