VII

Fort bien, dira-t-on, cette interprétation de l'univers, cette

anthropo-cosmogénèse est la plus haute, la plus vaste, la plus

admirable, la plus inattaquable qu'on ait jamais conçue; elle déborde de

toutes parts l'imagination et la pensée de l'homme; mais sur quoi tout

cela repose-t-il? Il n'y a là, en fin de compte, que de magnifiques

hypothèses audacieusement travesties en affirmations magistrales,

péremptoires et dogmatiques, mais qui sont toutes invérifiables. C'est

l'objection que j'ai faite moi-même, un peu hâtivement, dans un des

premiers chapitres de la _Mort_.

Il est, en effet, incontestable que nous ne connaîtrons pas de si tôt,

que nous ne connaîtrons peut-être jamais la vérité sur l'origine et la

fin de l'univers ni sur tous les autres problèmes que ces affirmations

résolvent. Seulement, il est curieux de constater que la science, chaque

jour, se rapproche, malgré elle, de l'une ou l'autre de ces

affirmations, et qu'elle ne peut en écarter ou démentir aucune. Il y a

telle étude du chimiste Crookes, par exemple, sur la genèse des éléments

qui, à son insu, devient nettement occultiste, tandis que la découverte

de la radio-activité de la matière reproduit exactement la théorie des

tourbillons de l'initié Anaxagore. Il en est de même, _mutatis

mutandis_, du rôle attribué à l'éther, dernier et indispensable postulat

de nos savants. Il en est de même des fonctions souveraines et

essentielles de certaines glandes minuscules dont la médecine moderne

commence à peine à retrouver l'importance et qui recèlent probablement

les secrets primordiaux de la vie: la glande thyroïde qui préside à la

croissance et à l'intelligence, la glande surrénale qui régente ce

muscle inconscient qu'est le coeur et la glande pinéale, la plus

mystérieuse de toutes, qui nous met en rapport avec les mondes inconnus.

Il en est encore de même en astronomie où l'insuffisance manifeste de

nos soi-disant lois cosmiques, notamment celle de la gravitation et de

la formation des nébuleuses, pose une foule de questions auxquelles

répond seule la cosmogonie orientale. Mais ceci demanderait une longue

étude que je n'ai pas qualité pour entreprendre.

Au demeurant, rien ne nous oblige à accepter ces affirmations comme des

dogmes. Il ne s'agit pas ici d'une religion qui nous impose sa foi

aveugle, son _Credo quia absurdum_. Il nous est parfaitement loisible de

les considérer comme de simples hypothèses, d'immenses, d'incomparables

poèmes antédiluviens, dont la genèse de Moïse n'est qu'un fragment

défiguré. Mais, en tant qu'hypothèses ou poèmes, il faut convenir

qu'elles sont prodigieuses, que nous n'avons rien de meilleur, rien de

plus vraisemblable à leur opposer et, qu'étant donnée leur antiquité

indiscutable, leur origine préhistorique, elles semblent réellement

surhumaines.

Faut-il admettre, comme le prétendent les occultistes, qu'elles nous

viennent d'êtres supérieurs à l'homme, d'entités plus spirituelles

vivant dans des conditions inconnues, qui occupaient notre terre ou les

planètes voisines, avant notre venue; d'une civilisation

lémuro-atlantéenne qui a laissé en la mémoire des peuples et sur le sol

de notre globe, dans ses monuments mégalithiques, des traces

indélébiles? C'est fort possible, mais ici encore nous sommes libres

d'attendre les confirmations de l'archéologie hindoue, égyptienne,

chaldéenne, assyrienne et persane, qui, sur ce point, comme sur tant

d'autres, n'a pas dit son dernier mot.

Les sentiers dans la montagne · 第 58 / 76 题