Quoi qu'il en soit, ce que nous avons suffit à troubler profondément, et
le contrôle que permettent les fragments sauvés de l'antiquité
historique écarte absolument, quant aux éléments essentiels, tout
soupçon de fraude ou de mystification plus ou moins récente. Au surplus,
une fraude ou une mystification de ce genre ne paraît guère possible et
serait tellement géniale qu'il faudrait l'admirer comme un phénomène
presque égal à celui dont elle voudrait donner l'illusion, et convenir
que jamais l'esprit de l'homme ne plongea plus avant dans l'infini du
temps et de l'espace, dans l'origine des choses et ne s'éleva à de
pareilles hauteurs. Elle aurait profité, cette révélation, de tout
l'acquis de la science et de la pensée d'aujourd'hui, qu'elle n'aurait
pu, sur le rythme des éternités, sur le va-et-vient du toujours devenir,
sur le cycle sans fin et les existences périodiques du moi, sur la
naissance, le mouvement et l'évolution des mondes, sur les souffles
divins de l'intelligence qui les animent, sur Maya, l'éternelle illusion
de l'ignorance, sur la lutte pour la vie, la sélection naturelle, le
développement graduel et la transformation des astres et des hommes, sur
les fonctions et les énergies de l'éther, sur la justice immortelle et
infaillible, sur l'activité intermoléculaire et fantastique de la
matière, sur la nature de l'âme et sur l'existence de l'immense
puissance innommable qui gouverne l'univers, en un mot sur toutes les
énigmes qui nous assaillent et tous les mystères qui nous accablent,
nous donner des hypothèses plus satisfaisantes, plus logiques, plus
cohérentes, plus plausibles, plus synthétiques, plus dignes de l'infini
qu'elles cherchent à embrasser et que bien souvent elles semblent
étreindre.
* * * * *
Mais, hâtons-nous de le répéter, il ne saurait être sérieusement
question de fraude, puisque les textes ou les traditions qu'on pourrait
suspecter se trouvent corroborés par d'autres textes, les inscriptions
sacrées de l'Égypte, par exemple, que nul ne songe à contester. Tout au
plus, rencontrera-t-on quelques passages antidatés par le zèle imprudent
d'adeptes ou de commentateurs, quelques interpolations qui ne font
qu'enguirlander les grandes lignes. Il s'agit bien, dans l'ensemble,
d'une révélation qui remonte infiniment plus haut que tout ce que nous
avons appelé la préhistoire, et dès lors il est légitime que notre
étonnement n'ait plus de bornes.