CHAPITRE VII.

SOMMAIRE. --Les vestibules du lupanar. --La tragédie héroïque

est remplacée par la comédie libertine. --L'Église ne pouvait

laisser subsister le théâtre vis-à-vis de la chaire évangélique.

--Son indulgence pour les auteurs et les complices des désordres

scéniques. --Part de la Prostitution dans les habitudes du

théâtre. --Les _dicélies_. --Les _magodies_. --Les _mimes_.

--Les pantomimes. --Les atellanes. --Pantomime d'_Ariane et

Bacchus_. --Les comédiennes. --Les danses érotiques de la

Grèce. --L'_epiphallos_. --L'_hédion_ et l'_heducomos_. --La

_brydalica_. --La _lamptrotera_. --Le _strobilos_. --Le _kidaris_.

--L'_apokinos_. --Le _sybaritiké_. --Le _mothon_, etc. --Les danses

romaines. --La _cordace_. --Les équilibristes et les funambules.

--Immoralité théâtrale.

L'autorité ecclésiastique, qui se prononçait par la voix des

conciles et par les écrits des Pères, si tolérante qu'elle fût pour

la Prostitution légale, cette impérieuse infirmité du corps social

et politique, cherchait à en atteindre et à en détruire les causes,

avec un zèle et une sévérité qui ne se ralentirent jamais. Parmi ces

causes plus ou moins immédiates, que le christianisme avait signalées

à l'aversion des fidèles, il faut citer au premier rang les jeux du

cirque et du théâtre, qui comprenaient les danses, la pantomime et la

musique profane. Nous avons déjà parlé de l'obscénité de ces danses et

de ces pantomimes; nous avons dit que le cirque et le théâtre n'étaient

que les vestibules du lupanar (t. II, p. 9); nous avons indiqué quel

était le véritable métier des joueuses de flûte, des citharèdes, des

psaltérionistes, des danseuses et des saltatrices; mais le sujet a

été à peine effleuré dans le petit nombre de passages où il n'offrait

qu'une de ses faces, et nous ne pouvons nous dispenser d'y revenir

ici avec plus de détails, pour faire entrevoir le terrible foyer de

Prostitution, que l'Église chrétienne avait à étouffer ou du moins à

restreindre. Il est incontestable que le théâtre chez les Grecs et les

Romains avait une action funeste sur les moeurs publiques et ouvrait,

pour ainsi dire, une école permanente de Prostitution. On s'expliquera

mieux l'acharnement des docteurs de l'Église contre le théâtre et

contre tout ce qui en dépendait, lorsqu'on se rendra compte de la

démoralisation profonde, engendrée et développée par la passion du

théâtre dans la société païenne, qui se précipitait, sans règle et sans

frein, à la poursuite des plaisirs sensuels.

Quoique le polythéisme ait eu certainement une grande part dans la

création du théâtre antique, quoique la mythologie se fût incarnée dans

les drames populaires de la Grèce et de l'Italie, quoique la tragédie,

à son origine, n'ait été qu'une forme des mystères religieux, l'Église

aurait sans doute pardonné aux oeuvres tragiques et lyriques d'Eschyle,

de Sophocle et d'Euripide, et le théâtre, que nous appellerons

héroïque, eût trouvé grâce devant la censure la plus rigoureuse; mais,

par suite du relâchement des moeurs, à l'époque où le christianisme eut

besoin de se fonder sur la morale, la tragédie, cette vieille et chaste

muse qui enseignait jadis la vertu au peuple ému d'admiration et de

respect, la tragédie semblait descendue de son trépied et bannie de son

temple: la comédie l'avait remplacée, la comédie, cette muse folâtre

et libertine qui, sous prétexte de corriger les vices, s'amusait à les

peindre sous des couleurs engageantes, et qui mettait effrontément sur

la scène les turpitudes cachées dans l'intérieur des familles et dans

le secret des coeurs. L'école satirique d'Aristophane et d'Eupolis,

tout en se permettant de nombreuses indécences dans son langage, avait

surtout éveillé la malice des spectateurs plutôt que leur libertinage;

l'école joyeuse et plaisante de Ménandre et de Plaute avait donné à

rire et à réfléchir en même temps au public éclairé qui se plaisait à

la représentation de ces chefs-d'oeuvre comiques; mais ni Ménandre,

ni Philémon, ni Plaute, ni leurs émules et leurs imitateurs, ne

s'étaient guère préoccupés de la décence que la comédie ne paraissait

pas comporter alors, et ils s'abandonnèrent, au contraire, à toute

la licence de leur imagination, à toute la pétulance de leur esprit,

sans craindre d'offenser les yeux et les oreilles de leurs auditeurs.

Leur but était peut-être, en exposant des tableaux pleins de hardiesse

et de crudité, de faire rougir, comme devant un miroir, les modèles

de ces peintures cyniques et honteuses; ils ne ménageaient pas les

expressions, pour caractériser les amours ridicules des vieillards,

les passions et les folies de la jeunesse, la bassesse des parasites,

l'avidité des usuriers, la perfidie des valets, les infamies des

marchands d'esclaves et des lénons, les ruses et les artifices des

courtisanes. Ces gens-là, d'ailleurs, parlaient leur langue au théâtre,

et jamais la crainte du scandale n'avait arrêté un bon mot malhonnête

sous la plume du poëte comique. Jamais aussi les applaudissements

frénétiques du vulgaire n'avaient fait défaut à ces impudiques

trivialités.

Et pourtant la rigidité chrétienne aurait sans doute fléchi devant

l'estime littéraire que les grands comiques grecs et latins avaient

acquise à travers tant d'images licencieuses et tant de préceptes

immoraux; mais cette haute comédie, qui n'admettait pourtant que des

scènes empruntées à la vie intime des courtisanes, s'était encore

prostituée davantage, pour ainsi dire, et avait fini par tomber

dans les mimes et dans les atellanes. L'Église de Jésus-Christ ne

pouvait en même temps prêcher la chasteté et laisser subsister le

théâtre vis-à-vis de la chaire évangélique. La ruine du théâtre fut

donc résolue, ainsi que celle des temples païens, mais les temples

résistèrent moins longtemps que le théâtre. La tragédie même se trouva

enveloppée dans cette proscription, qui frappait indifféremment tous

les genres de spectacles, tous les genres d'acteurs, tous les genres de

divertissements profanes. La loi ecclésiastique était d'accord avec la

loi romaine sur ce point, qu'elle notait d'infamie ceux qui prenaient

un rôle dans les jeux de la scène; de plus, elle les déclarait exclus

de sa communion, et elle ne traitait pas avec moins de rigueur les

poëtes et les musiciens qui prêtaient leur concours à l'_impudicité

théâtrale_. Ce n'était pas probablement à l'origine du théâtre, que

les Pères de l'Église croyaient devoir adresser ces représailles;

c'était plutôt à ses oeuvres d'impiété et de corruption, qu'ils

opposaient une barrière que rendit longtemps impuissante l'habitude

des divertissements de cette espèce. Ainsi, dans les anathèmes que

Tertullien, Lactance, saint Cyprien et d'autres Pères lancent contre

les théâtres, ils ne font pas même allusion à ces fêtes de Bacchus,

qui furent le berceau de l'art dramatique, et dans lesquelles un

choeur de bacchantes et de faunes, barbouillés de lie et enguirlandés

de pampres, chantaient des chansons lascives et dansaient autour des

images obscènes qu'on portait en triomphe. Les anciens Grecs avaient

jugé leur comédie aussi sévèrement que le firent plus tard les docteurs

de l'Église, car ils l'appelaient courtisane élégante et facétieuse

(_meretricula elegans et faceta_, dit le jésuite Boullenger dans son

livre _De theatro_); saint Cyprien la nomme école d'impureté; saint

Jérôme, arsenal de Prostitution.

Mais il ne s'agit pas de réunir ici toutes les accusations, tous

les griefs de l'Église contre les jeux scéniques, de quelque nature

qu'ils fussent; nous voulons seulement montrer quels étaient les excès

de scandale et d'obscénité, qui décidèrent les évêques chrétiens à

condamner sans distinction tout ce qui appartenait au théâtre païen.

Lorsque commença cette persécution canonique, qui avait pour objet

de poursuivre l'impureté dans les oeuvres du démon théâtral, le goût

blasé du public ne sentait plus autant de plaisir aux représentations

de la bonne comédie: Aristophane, Ménandre, Eupolis, Plaute et les

principaux comiques d'Athènes et de Rome figuraient moins souvent

sur la scène que dans les bibliothèques. C'est là que les rigueurs de

l'anathème catholique allèrent les chercher, et il y eut un déplorable

zèle religieux pour la destruction de tous ces chefs-d'oeuvre de poésie

et de gaieté, que les moeurs grecques et romaines avaient entachés

d'un vernis licencieux. Ce furent les courtisanes, les proxénètes,

les cinædes, les débauchés, qui causèrent la perte de tant de belles

pièces que ces malhonnêtes personnages remplissaient de leurs sales

portraits et de leurs crapuleuses doctrines. Voilà comment il ne nous

est parvenu que des fragments informes de Ménandre qui avait fait cent

dix comédies et qui s'était surpassé dans la peinture des choses de la

Prostitution. Il nous en est resté encore moins de Philémon, d'Eupolis

et des comiques grecs, que l'étrange liberté de leurs plaisanteries et

l'audace de leurs pinceaux avaient condamnés au feu sans absolution.

Plaute aurait péri comme Ménandre qu'il a imité, si un heureux hasard

n'eût conservé vingt de ses comédies, qui nous donnent une idée de

ce qu'était la comédie grecque consacrée à l'histoire des courtisanes

et de leurs amours, comme la tragédie l'était à l'histoire des dieux

et des héros. Quant à Aristophane, on serait bien en peine de dire

pourquoi il a survécu presqu'en entier à l'anéantissement systématique

des oeuvres de théâtre: s'il a été épargné, en dépit des abominables

saletés qui hérissent le dialogue de ses pièces, on peut supposer,

avec quelque apparence de probabilité, que les Pères de l'Église

n'étaient pas fâchés de prouver qu'un poëte païen avait traîné sur

la scène les dieux et les déesses du paganisme, en les fustigeant du

fouet de la satire, et en les couvrant de boue et de crachats. Lucien

dut à un motif analogue l'entière conservation de ses ouvrages, malgré

les obscénités qui les eussent fait mettre à l'index de l'Église

chrétienne.

Cette Église, qui ne pardonnait pas aux monuments écrits de la licence

théâtrale, était plus indulgente pour les auteurs ou les complices

de ces désordres scéniques. Quiconque avait monté sur un théâtre en

gardait une tache indélébile suivant la loi romaine; mais cette tache

s'effaçait dans la communion des chrétiens, si le repentant histrion

abjurait son état ignominieux. «Si quelque comédien, disent les

Constitutions apostoliques (liv. VIII, ch. 32), est reçu dans le sein

de l'Église, que ce soit un homme ou une femme, un cocher du cirque,

un gladiateur, un coureur, un directeur de théâtre, un athlète, un

choriste, un joueur de harpe ou de lyre, un équilibriste ou un maître

de bateleurs, il faut qu'il renonce à son métier ou qu'il soit exclu

de la communion des fidèles.» L'excommunication pesait également,

comme nous l'avons déjà dit, sur tous les pécheurs qui vivaient du

théâtre, et qui n'étaient pas tous aussi coupables; mais, aux yeux des

Pères, le théâtre, quel qu'il fût, était le domaine de la luxure et

de l'obscénité: _Theatra luxuriant_, disait saint Jérôme (_Epist. ad

Marcel._): «Les théâtres engendrent la luxure.» Tertullien, dans son

livre sur l'hérésie de Marcion, dénonçait les criminelles voluptés du

cirque en fureur, de l'orchestre en vertige et du théâtre en licence

(_voluptates circi furentis, caveæ insanientis, scenæ lascivientis_).

Nous avons vu ce qui se passait dans le grand cirque de Rome, à la

fête des Florales où la présence de Caton empêcha le peuple de donner

le signal de ce hideux spectacle. Malgré Caton, malgré les admonitions

des philosophes, malgré les édits des consuls, les Florales se

célébraient encore de la même manière; et Lactance, qui les décrit

(liv. I, ch. 20), nous prouve assez quelles difficultés rencontrait le

christianisme pour enlever à la populace païenne ses ignobles plaisirs.

«Outre la licence des paroles qui débordent en torrent d'obscénité,

dit le saint auteur des _Divines institutions_, les mérétrices, aux

cris impatients des spectateurs, sont dépouillées de leurs vêtements.

Ce sont elles qui ce jour-là sont chargées de l'office des mimes, et

sous les yeux de tout le peuple, jusqu'à ce que ses regards impudiques

soient assouvis, elles exécutent des mouvements infâmes (_cum pudendis

motibus detinentur_).» Arnobe, en racontant aussi ces incroyables

scandales, pense que la courtisane Flora ferait elle-même une retraite

honorable, comme celle de Caton, si elle pouvait voir les abominations

qu'on célébrait en son honneur, et qui transportaient les lupanars

dans les théâtres (_si suis in ludis flagitiosas conspexerit res

agi et migratum ab lupanaribus in theatra_). Si les Florales avaient

encore lieu à la face des Romains, dans le cours du troisième siècle

de l'ère chrétienne, on peut juger par là quelle était l'obscénité des

représentations scéniques, auxquelles l'Église catholique opposait déjà

victorieusement ses prédications et ses abstinences.

La comédie en toge, _togata_, ne s'adressait qu'aux esprits cultivés,

et, par conséquent, au petit nombre; saint Cyprien, dans son Épître

103, n'en condamne pas moins les éléments de la comédie grecque et

latine, les intrigues des personnages, les tromperies des adultères,

les impudicités des femmes, et les bouffons ridicules, et ces honteux

parasites, et ces pères de famille, ces patriciens, tantôt niais et

tantôt obscènes: «tous ces acteurs, dit-il avec indignation, qu'ils

jouent un sujet sacré ou profane, remuent les fanges du théâtre,

non-seulement parce que les pièces qu'ils représentent sont indécentes,

mais parce que leurs mouvements et leurs gestes sont impudiques, parce

que souvent les actes de la Prostitution sont traduits sur la scène,

et que la Prostitution s'exerce en même temps sous la scène (_actores

omnes, cum sacri tum profani, spurcitiam scenæ exagitant, non modo

quod fabulæ obscenæ in scena agerentur, sed etiam quod motus, gestusque

essent impudici, atque adeo prostibula ipsa in scenam sæpe venirent et

sub scena prostarent_).» Nous avons, en effet, d'après le témoignage

des poëtes érotiques, dépeint la Prostitution qui se trafiquait dans

les théâtres et dans les cirques et qui accomplissait ensuite ses

marchés impurs aux portes, aux environs de ces lieux publics, et jusque

sous les voûtes (_fornices_) de l'édifice où l'on célébrait les jeux.

Ce seul fait démontre assez quelle part avait la Prostitution dans les

habitudes du théâtre. Il est vrai que les femmes honnêtes, les mères

et les matrones, n'assistaient que rarement aux représentations; mais

les lènes et les lénons, les courtisanes fameuses et les mérétrices

populaires, les cinædes et les spadons, avaient le champ libre, et

chacun d'eux profitait des entraînements sensuels inséparables de ces

jeux scéniques, pour vaquer à son méprisable métier. Le proscénium

ou l'avant-scène du théâtre était spécialement réservé aux jeunes et

imberbes courtisans de la débauche la plus dégoûtante. Plaute cependant

veut les expulser du proscénium, dans le prologue du _Poenulus_:

_Scortum exoletum ne quis in proscenio sedeat_. Sur les gradins

les plus apparents, on voyait triompher les étrangères à la mode,

les porteuses de mitre, qui envoyaient leurs émissaires attendre,

recueillir ou solliciter çà et là une offre ou une proposition. Les

gradins les plus élevés étaient occupés par la lie de la Prostitution,

qui se répandait dans les vomitoires et qui souillait de ses impuretés

les vastes et sombres substructions du théâtre ou de l'amphithéâtre. Ce

n'étaient pas seulement des mérétrices, mais encore des enfants vendus

à la débauche, qui se prostituaient dans ces mauvais lieux, dépendant

de tous les spectacles, pour ainsi dire. Le jésuite Boullenger le dit

expressément, dans son traité _De Circo romano_, et il ne cherche

pas à dissimuler l'exécrable destination des voûtes d'un théâtre:

_Certè ad omnia pene gymnasia_, dit-il, _et spectacula, erant popinæ

et ganeæ utrique veneri masculæ et femineæ_. On suppose d'après deux

passages du livre des Machabées, que ces ignobles sanctuaires de la

Vénus mâle s'appelaient en grec +ephêbia+, et en latin _ephebia_.

Le christianisme, pour arriver à la fermeture des _éphèbes_ et à

l'anéantissement de ces moeurs détestables, ne voulait pas laisser un

seul théâtre debout.

Les spectateurs et les acteurs faisaient donc assaut d'impudeur,

mais la comédie la plus effrontée était chaste auprès des pantomimes

et des mimes, qui semblaient n'avoir été inventés que pour servir

d'auxiliaires à la Prostitution. Chez les Grecs, les actions scéniques,

tantôt muettes et traduites en gestes, tantôt dialoguées et parlées,

tantôt chantées et dansées, dérivaient des fêtes champêtres qui furent

instituées en l'honneur de Bacchus, de Pan, de Flore et des divinités

rurales. Ce n'étaient plus des hymnes phalliques, que répétaient en

choeur des paysans ivres, en sautant autour de leurs amphores à moitié

vides, tandis que d'autres agitaient avec des cordes certaines images

obscènes (_oscilla_) suspendues à des pins et recevant, du mouvement

qu'on leur communiquait, les formes et les aspects les plus licencieux.

Les chants phalliques s'étaient perpétués sans doute dans les villages

de l'Attique, où se promenait encore le joyeux chariot de Thespis

à l'époque des Bacchanales. Mais ce spectacle grossier avait pris

dans les villes un caractère plus scénique, sans rien perdre de son

obscénité primitive. Telle fut l'origine des _dicélies_, des _magodies_

et des _mimes_. Les dicélistes, que les Sicyoniens appelaient

_phallophores_, ne montaient sur le théâtre que parés des attributs

de Priape, du dieu Terme, de Pan et des satyres qui présidaient à ces

débauches de gaieté populaire: toutes leurs bouffonneries ne sortaient

pas de là. Quant aux magodies, les acteurs, qu'Athénée désigne sous

le nom de _magodes_, s'habillaient en femmes ou en débauchés, dont

l'insigne emblématique était un bâton droit, nommé +areskos+, jouaient

des rôles d'ivrognes et de villageois grotesques, et s'exprimaient par

gestes et par grimaces. Dans les mimes, au contraire, les baladins

ajoutaient, à ces grimaces et à ces gestes déshonnêtes, d'infâmes

chansons et des dialogues non moins indécents. Les mimes passèrent

à Rome et y furent accompagnés de tous les accessoires voluptueux

de la danse et de la musique. Les bouffons, qui jouaient dans ces

comédies de carrefour, avaient la tête rasée et portaient, avec des

souliers plats, un habit bariolé comme celui des prostituées de bas

étage. Les pantomimes, qui n'avaient pas recours à la pétulante

vivacité du dialogue, employaient les prodigieuses ressources de

l'art mimique pour mettre en scène les épisodes les plus obscènes de

la mythologie. Enfin les atellanes, qui rappelaient souvent la verve

satirique d'Aristophane, et qui s'attaquaient aux personnes en accusant

hautement leurs vices et leurs défauts, ne dédaignaient pas de ramasser

leurs bons mots dans le bourbier de la Prostitution. Ces atellanes,

originaires d'Atella, ville des Orques, étaient la comédie nationale

de l'Italie, et conservaient plus d'une tradition des faunes et des

luperques.

Les pantomimes mythologiques furent toujours celles qui parlaient le

plus aux sens du spectateur. Longtemps avant qu'elles osassent se

montrer sur la scène, elles faisaient les délices des comessations

et des veillées en Grèce ainsi qu'à Rome. Xénophon, dans le livre du

_Banquet_, a décrit une de ces pantomimes, qui, quoique assez libre,

ne donnera pas même une idée de ce que devint par la suite ce genre de

spectacle, quand il eut passé du mystère des salles du festin au grand

jour de la représentation publique. Un Syracusain, maître de pantomime,

annonce en ces termes celle qu'il va offrir aux convives: «Citoyens,

voici Ariane qui va entrer dans la chambre nuptiale; Bacchus, qui a

fait un peu la débauche avec les dieux, viendra la trouver, et tous

deux se plongeront dans l'ivresse de la volupté.» On voit entrer

Ariane, vêtue de ses habits d'épousée; elle s'assied, pensive et

tremblante. Bacchus paraît, en costume de dieu, marchant sur le rhythme

des airs de triomphe qui sont consacrés à ses fêtes solennelles. Ariane

témoigne par ses gestes combien elle est charmée de l'arrivée de son

époux, mais elle se garde bien d'aller au-devant de lui; elle ne quitte

même pas sa position; mais son sein qui bat, ses joues qui rougissent,

tout son corps qui frissonne, ont trahi son émotion. Bacchus l'aperçoit

tout à coup et s'avance vers elle avec des mouvements passionnés. La

pantomime exprimait clairement, sinon chastement, ce que la parole

n'aurait pas su rendre, et elle suppléait, en quelque sorte, à la

langue des dieux. On se figure sans peine ce que pouvait être la

fable de Pasiphaé, celle de Léda, celle d'Ixion et tant d'autres aussi

monstrueuses, interprétées par cette pantomime, qui s'étudiait à être

aussi fidèle qu'éloquente. Ordinairement, les rôles de femmes étaient

remplis par des jeunes gens qui, suivant l'énergique expression de

saint Jérôme, avaient été rompus dès l'enfance à ce manége féminin:

«_In scenis theatralibus_, dit saint Jérôme, _unus atque idem histrio

nunc mollis in Venerem frangitur, nunc tremulus in Cybelem_.» On

comprend qu'à la vue de ces impures gesticulations (_impuris motibus

scenicorum_), comme dit saint Augustin dans sa _Cité de Dieu_, ceux qui

conservaient un reste de pudeur se détournaient en rougissant; mais ils

n'en apprenaient pas moins, à cette école de lubricité, les débauches

hideuses qu'ils s'efforçaient ensuite d'imiter, sinon de surpasser.

Il y avait pourtant des comédiennes, quoique la plupart des rôles

de femmes fussent confiés à des hommes, pour exciter davantage les

passions les plus dépravées. Ces comédiennes, quel que fût leur

emploi sur la scène, étaient encore plus méprisées que les histrions,

et à leur note d'infamie venait s'adjoindre la marque d'impudicité,

si honnêtes qu'elles fussent peut-être d'ailleurs. Elles avaient

besoin, en effet, d'oublier la pudeur de leur sexe, pour se prêter aux

honteuses servitudes de leur profession. Procope, dans son histoire,

a fait le portrait d'une courtisane de théâtre, que son art indécent

avait rendue aussi fameuse que sa beauté; ce portrait, tracé d'après

nature au sixième siècle, nous montrera qu'à cette époque, malgré les

constants efforts de l'Église chrétienne, le théâtre ne s'était pas

encore soumis à une réforme morale réclamée par tous les docteurs et

les évêques: «Dès qu'elle eut atteint l'âge de puberté, bien que née

de condition libre, elle voulut se faire inscrire sur la liste des

femmes qui se prostituaient sur la scène. Elle fut donc mérétrix au

théâtre, comme ces malheureuses qu'on appelle pédestres ou pédanées,

parce qu'elles vont chercher fortune dans les festins sans y apporter

d'instruments de musique ou plutôt parce qu'elles se couchent par

terre pour se livrer à leurs grossiers assaillants (_quia ad terram se

subigendas moechis substernerent_, traduction du jésuite Boullenger);

car elle n'avait ni flûte ni harpe; elle n'avait point appris à danser

dans l'orchestre; mais elle vendait sa personne à tous ceux qu'elle

rencontrait, faisant trafic de toutes les parties de son corps.

Ensuite, elle offrit son concours aux mimes, pour tout ce qui concerne

le théâtre, et devenue la compagne des bouffons et des grotesques,

elle prit part à leurs travaux scéniques et joua son rôle dans les

représentations. Souvent elle était mise toute nue sous les yeux du

peuple, et elle restait dans cet état de nudité, au milieu de la scène,

sans autre vêtement qu'un voile léger autour des reins (+boubônas

diazôma echousa monon+).»

Ces nudités impudentes, ces gestes obscènes, ces pantomimes dégoûtantes

ne confirment que trop le jugement rigoureux que portait Tertullien

sur le théâtre, en général, et sur les tristes victimes du libertinage

public, en particulier (_publicæ libidinis hostiæ_): «Ces bourreaux

de leur propre pudeur, disait-il, rougissent au moins une fois dans

l'année, de leurs horribles prostitutions qu'ils osent étaler au grand

jour, et dont le peuple est souvent épouvanté!» Saint Basile ajoute

un dernier coup de pinceau à l'effrayante peinture que les Pères de

l'Église ont faite de l'impureté théâtrale, en nous initiant à la

contenance des spectateurs pendant la représentation des pantomimes:

«L'orchestre, qui abonde en spectacles impudiques, dit-il dans sa

quatrième homélie _ad Examer._, est une école publique et commune

d'impudicité pour tous ceux qui vont s'y asseoir, et les sons des

flûtes et les chants dissolus, qui s'emparent de l'âme des auditeurs,

n'aboutissent pas à d'autre résultat qu'à saisir de folie tous ces

insensés qui s'adonnent à la turpitude, et qui battent la mesure

avec les citharèdes et les joueurs de flûte.» Le grec est tellement

expressif dans ce passage singulier, que nous n'avons pas réussi à le

traduire en français aussi littéralement que le jésuite Boullenger

l'a traduit en latin: _Orchestra_, dit-il, _quæ abundat spectaculis

impudicis publica et communis schola impudicitiæ iis qui assident, et

tibiarum cantus et cantica meretricia insidentia audientium animis,

nihil aliud persuadent, quam ut omnes foeditati studeant et imitentur

citharistarum aut tibicinum pulsus_. Au reste, les Pères, en condamnant

les turpitudes du théâtre, ne se font pas scrupule de les dépeindre ou

de les caractériser sans réticence; Arnobe parle de ces crispations

de reins (_clunibus crispatis_), qu'on ne pouvait voir avec calme;

saint Cyprien dit que la pantomime est l'art d'exprimer avec les

mains tout ce qu'il y a d'obscénité dans les fables de la mythologie;

Lactance affirme que cette pantomime théâtrale se composait surtout

des gestes et des poses, par lesquels on imite en dansant toutes les

nuances du plaisir (_impudici gestus, quibus infames feminæ imitantur

libidines quas saltando exprimunt_); Salvien déclare qu'il serait trop

long d'énumérer toutes les imitations de choses honteuses, toutes

les obscénités des mots et des consonnances, toutes les turpitudes

des mouvements, toutes les saletés des gestes. Les Pères, quoique

chrétiens, s'indignent de voir les dieux et les déesses du paganisme

livrés aux ignobles mascarades et aux atroces profanations des

pantomimes; Arnobe s'étonne qu'on ait osé faire de Vénus une vile

courtisane et une affreuse bacchante, à Rome où Vénus avait tant de

temples et de statues comme aïeule divine du peuple romain (_saltatur

Venus et per affectus omnes meretriciæ vilitatis impudica exprimitur

imitatione bacchari_).

Le christianisme, en proscrivant tous les jeux scéniques, avait

moins en vue la comédie que la danse à laquelle se rattachaient tous

les genres de Prostitution. «La danse, comme le dit Lucien dans son

dialogue sur cet art voluptueux, remonte au berceau du monde et naquit

avec l'amour.» Lucien rapporte, à ce sujet, une fable bithynienne

qui voulait que Priape, chargé de l'éducation de Mars enfant, l'eût

formé à la danse plutôt qu'à l'exercice des armes, pour développer

à la fois les forces physiques et le caractère belliqueux de son

élève. Voilà pourquoi, disait la morale de cette fable allégorique, la

dixième partie du butin fait par Mars à la guerre retourne toujours

au profit de Priape. Les Pères de l'Église ne trouvèrent pas que

cette origine guerrière pût absoudre la danse érotique. En effet,

depuis longtemps, on ne dansait plus la pyrrhique et les autres danses

martiales, qui avaient jadis exalté le courage de Lacédémone, et enivré

la Grèce aux sons des boucliers; les danses religieuses elles-mêmes

semblaient froides et muettes. Mais partout, dans les théâtres, dans

les gymnases, dans les festins, on avait introduit la danse lascive

et la pantomime mythologique. C'était une fureur chez les vieillards

ainsi que chez les jeunes gens: on ne se lassait pas de voir danser

des baladins depuis le lever jusqu'au coucher du soleil (_ab orto

sole ad occasum_, dit la traduction de saint Basile, Hom. IV, _ad

Examer._). Ces danses excitaient une sorte de délire dans les rangs

des spectateurs, qui, fussent-ils chauves et portassent-ils une longue

barbe blanche, s'agitaient en cadence sur leurs siéges et poussaient

de honteuses acclamations, en applaudissant les danseurs, ces vils

histrions d'impudicité, ces hommes dégradés et ces femmes perdues,

marqués du sceau de l'infamie par la loi romaine. C'est ainsi que

Lucien nous représente un vieux philosophe au milieu des courtisanes

et des débauchés, secouant sa tête blanchie et se pâmant de plaisir

vis-à-vis d'un misérable efféminé, indigne du nom d'homme: «Vous

allez vous asseoir à l'orchestre, dit Craton à Lucien qu'il gourmande,

pour enivrer vos oreilles et du chant, et des sons de la flûte, pour

charmer vos yeux au spectacle d'un infâme, qui, revêtu des habits de la

mollesse et obéissant à des cantilènes lascives, imite, dans tous leurs

excès, les passions de quelques femmes éhontées telles que Phèdre,

Parthénope, Rhodope, et gesticule aux sons mourants de la lyre, au

bruit des pieds qui marquent la cadence!» Lucien qui prend parti pour

l'art de la danse, et qui le proclame utile autant qu'agréable, ne peut

cependant se dispenser de parler des gymnopédies et d'autres danses

grecques, dans lesquelles figuraient nus des vierges et des enfants:

«La danse, dit-il, doit peindre au vif les moeurs et les passions...

La danse n'a point de limites: elle embrasse tous les objets; c'est un

spectacle qui réunit tous les autres, les instruments, le rhythme, la

mesure, les voix et les choeurs.» On s'explique alors l'empire suprême

qu'exerçait un pareil art sur des sens toujours préparés à la volupté;

on s'explique, en même temps, pourquoi les évêques chrétiens avaient

tant à coeur d'étouffer les séductions irrésistibles de la danse.

Il serait trop long de citer ici tous les genres de danses théâtrales

ou conviviales, qui avaient sollicité la sévère vigilance de l'Église,

et qui lui semblaient surtout entachées de Prostitution, nous avons

déjà indiqué plus particulièrement celles qui rappelaient quelque fait

mythologique des amours de l'Olympe. Les plus connues et les moins

décentes étaient les danses de Vénus, +aphroditê+, sorte d'épopée

licencieuse qui se composait d'une foule de scènes de pantomime

accompagnées de chants obscènes et de musique énervante. L'histoire

entière de Vénus et ses innombrables adultères étaient reproduits

avec une impure vérité, tellement que le poëte de la _Métamorphose_

et de l'_Art d'aimer_, le voluptueux Ovide, rougissait de retrouver

ses vers traduits en mouvements, en gestes et en postures érotiques:

_Scribere si fas est imitantes turpia mimos_, disait-il étonné de la

licence de pareils tableaux. Athénée nous donne les noms d'un certain

nombre de danses de la même espèce, qu'il ne décrit pas, mais dont il

caractérise plus ou moins l'indécence. Telles étaient l'_epiphallos_,

qui descendait directement des fêtes et des jeux phalliques; l'_hédion_

et l'_heducomos_, danses mêlées de chansons lubriques; la _brydalica_,

originaire de Laconie, dansée par des femmes qui avaient des masques

ridicules d'une monstrueuse indécence; la _lamptrotera_, dont les

danseuses entièrement nues, se provoquaient par des propos libertins;

le _strobilos_ ou l'ouragan, qui soulevait les robes des acteurs

par-dessus leurs têtes; le _kidaris_ ou le chapeau, danse immodeste

des Arcadiens; l'_apokinos_, qui consistait dans un prodigieux

frémissement des hanches; le _sybaritiké_, qui justifiait complétement

son nom; le _mothon_ ou l'esclave, qui se permettait bien des libertés;

le _ricnoustai_ et _diaricnoustai_, qui avaient à leur service une

quantité de titillements et de tressaillements du corps, etc. Le savant

Meursius a fait un volume de dissertations sur les danses des Grecs,

et il est loin d'avoir épuisé ce sujet délicat, en ce qui concerne les

danses de l'amour.

Les Romains avaient encore renchéri sur la mollesse et sur l'impudence

de ces danses qui se produisaient sans voile sur les théâtres, et qui

favorisaient journellement la corruption des moeurs. Chaque danseur,

chaque danseuse, en vogue, inventait la sienne et lui appliquait son

nom: c'est ainsi que Bathylle, Pylade, Phabaton et d'autres célèbres

pantomimes furent des créateurs de diverses danses qui ne le cédaient

pas en lasciveté aux danses de l'Égypte et de la Grèce. Mais la danse

la plus estimée à Rome, celle dont raffolaient les Romains, c'était la

cordace, qui devait ses succès à un merveilleux remuement des reins et

des cuisses. Sénèque se plaint de ce que cette danse libidineuse avait

été introduite sur la scène (_Nat. Quæst._ l. I, c. 16). Il paraîtrait,

d'après l'étymologie du nom de cette danse grecque, que les premiers

danseurs se suspendaient à un câble et se balançaient dans l'air

avec mille postures bouffonnes et malhonnêtes: c'était un souvenir

traditionnel de ces _oscilla_, qu'on faisait brimbaler dans les fêtes

de Bacchus, et qui affectaient parfois de si singulières formes.

Presque toutes les danses scéniques d'ailleurs demandaient une

incroyable agilité du corps et une souplesse extraordinaire des

membres. Les danseurs étaient tous plus ou moins équilibristes et

funambules. Dans le _Banquet_ de Xénophon, nous voyons une petite

danseuse qui fait la roue en arrière rapprochant sa tête des talons,

tandis qu'un bouffon fait la roue en avant, aux sons de la double

flûte. Les danseurs font une telle dépense de mouvements désordonnés,

en tournant sur eux-mêmes, qu'ils tombent épuisés de lassitude à

force de se remuer en tous sens. Dès la plus haute antiquité, ces

danseurs étaient nus, les uns chargés d'amulettes indécentes, les

autres barbouillés de cumin ou de safran, les uns simulant le sexe

féminin, les autres augmentant les proportions de leur sexe, tous la

tête et le menton rasés, beaucoup coiffés du pétase, en signe de moeurs

efféminées. Cette nudité ordinaire des coryphées de la danse ajoutait

particulièrement à son caractère honteux. Une fresque d'Herculanum

représente une danseuse enfantine, tout à fait nue, qui danse dans la

main d'un flûteur, assis au pied d'un lit de festin où deux convives

s'animent mutuellement à ce spectacle lubrique. Suidas mentionne une

autre danse nue, dans laquelle les acteurs appendaient autour de leurs

reins ou bien à leur cou, d'énormes vessies colorées en rouge, ayant

l'aspect des _oscilla_ et prenant à chaque mouvement de la danse une

physionomie impudique. (Voy. le passage de Suidas, dans le traité du

_Théâtre_, par Boullenger, l. I, c. 52.)

Il est tout naturel que les mercenaires qui se prêtaient à de pareils

jeux de Prostitution fussent notés d'infamie, et compris dans la

classe des mérétrices et des cinædes. Aussi, dans les premiers siècles

du théâtre latin, les acteurs qui s'exposèrent de la sorte au mépris

public, furent non-seulement exclus du rang des citoyens, mais encore

purent être chassés de Rome par ordre des censeurs. A cette époque de

pudeur censoriale, on n'admettait pas sur la scène un homme en habit

de femme, et la différence des sexes ne s'établissait aux yeux du

spectateur que par le caractère spécial du masque de théâtre. Mais,

nonobstant les décisions des magistrats, l'immoralité théâtrale avait

bientôt rompu toutes les digues, et la Prostitution s'était installée

en reine dans ces impures assemblées. Hormis certaines exceptions

que le talent de l'acteur et le caractère de l'homme pouvaient seuls

déterminer, tout ce qui figurait sur la scène était infâme et diffamé.

Les applaudissements du peuple ne faisaient que consacrer cette

infamie. Parmi les acteurs, il n'y eut que des eunuques, des cinædes,

des _patients_, des spadons et d'autres complices de la débauche

contre nature; parmi les actrices, ce n'étaient que prostituées de

tous les genres. Arnobe s'exprime, à cet égard, avec une énergie que

la traduction la plus exacte ne saurait égaler; il parle des effets

corrupteurs de la musique et de la pantomime: «Ces femmes, dit-il,

deviennent mérétrices, joueuses de harpe et d'instruments, pour livrer

leur corps à un ignoble trafic, pour afficher leur ignominie devant

un peuple qui leur appartient, promptes à se jeter dans les lupanars,

cherchant aventure sous les voûtes du théâtre, ne se refusant à aucune

impureté et offrant leur bouche à la débauche: _In feminis fierent

meretrices, sambucistriæ, psaltriæ, venalia ut prosternerent corpora,

vilitatem sui populo publicarent, in lupanaribus promptæ, in fornicibus

obviæ, nihil pati renuentes, ad oris stuprum paratæ_.» Et pourtant

ce fut parmi ces femmes déshonorées, que le christianisme recruta des

martyres et des saintes.

Les fondateurs du christianisme avaient senti la nécessité de

s'attaquer en face au théâtre païen, pour arriver à la réforme des

moeurs; ils réunirent toutes leurs forces, toute leur autorité, toute

leur éloquence contre cet ennemi formidable qui se défendait avec les

armes puissantes de la sensualité, du plaisir et de la Prostitution;

mais, pendant plus de six siècles, le théâtre soutint ces assauts,

et il ne s'écroula qu'après les derniers autels du polythéisme. La

Prostitution ne fut pas écrasée néanmoins sous les débris de la scène.

Histoire de la prostitution chez tous les peuples du monde depuis l'antiquité la plus reculée jusqu'à nos jours, tome 3/6 · 第 15 / 47 题