--Élisa!
--Madame?
--Monte, ma fille!
Le dialogue avait lieu du haut en bas de l'escalier.
--De quoi, Madame? fit Élisa, arrivée sur le seuil de la chambre à la
porte toujours ouverte.
--Qu'est-ce qu'on me dit... Des messieurs se plaignent que vous n'êtes
plus amoureuse... En voilà un renom propre pour ma maison... C'est les
sales livres que tu lis toute la journée... Un peu vite que tu vas me
ficher tout ça dans les lieux de l'Enfer, petite traînée!...
Jamais Madame, d'habitude toute sucrée, toute mielleuse, et dont les
observations étaient toujours adoucies par une voix hypocritement
_plaignarde_, ne prenait avec une de ses femmes un pareil ton. C'est que
l'ignoble vieille femme avait de chaudes entrailles pour son enfant, et
que la désespérée jalousie qu'elle éprouvait, au fond de son coeur
déchiré, de voir l'agonie du mourant accepter les soins d'Élisa et
repousser les siens, éclatait, sur un prétexte quelconque, en la plus
outrageante bordée d'injures.
Aussi, après le premier étonnement de ces paroles, lui tombant à
l'improviste sur la tête ainsi que des soufflets, le mouvement
instinctif de la rageuse Élisa fut-il de se précipiter sur la grosse
femme, que la peur faisait tomber de sa chaise, pendant qu'Élisa roulait
sur son corps dans une violente attaque de nerfs.
Après deux heures de soins, de tapes dans les mains, d'aspersions de
vinaigre des _quatre-voleurs_, Élisa revenue à elle, au milieu d'un flot
de paroles, dont les notes irritées étaient mouillées de larmes,
déclarait qu'elle ne resterait pas une minute de plus dans un endroit où
on la traitait ainsi. Elle grimpait dans sa chambre, commençait à trier
ses affaires de celles de la maison, les entassait pêle-mêle dans sa
malle de bois au couvercle de poil de sanglier.