I
La femme, la prostituée condamnée à mort, était la fille d'une
sage-femme de la Chapelle. Son enfance avait grandi dans l'exhibition
intime et les entrailles secrètes du métier. Pendant de longues
maladies, couchée dans un cabinet noir attenant à la chambre aux
_speculum_,--le cabinet de visite de sa mère,--elle entendit les
confessions de l'endroit. Tout ce qui se murmure dans des larmes, tout
ce qui parle haut dans un aveu cynique, arriva à ses jeunes oreilles. La
révélation des mystères et des hontes du commerce de l'homme et de la
femme de Paris vint la trouver dans sa couchette, presque dans son
berceau. La croyance naïve de la petite fille au nouveau-né trouvé sous
le buisson de roses de l'enseigne maternelle fut emportée par des
paroles cochonnes, instruisant son ignorance avec d'érotiques détails,
des matérialités de la procréation. Du milieu de la nuit de son cabinet,
l'enfant alitée, l'enfant à la pensée inoccupée, rêvassante, assista aux
aventures du déshonneur, aux drames des liaisons cachées, aux histoires
des passions hors nature, aux consultations pour les maladies
vénériennes, à la divulgation quotidienne de toutes les impuretés
salissantes, de tous les secrets dégoûtants de l'Amour coupable et de la
Prostitution.