QUATRIÈME EXPÉRIENCE.

_Recomposition de l'eau._

_Préparation._

On prend un ballon A de cristal, _planche IV, fig. 5_, à large

ouverture, & dont la capacité soit de 30 pintes environ; on y mastique

une platine de cuivre BC percée de quatre trous auxquels aboutissent

quatre tuyaux. Le premier H_h_ est destiné à s'adapter par son

extrêmité _h_ à une pompe pneumatique par le moyen de laquelle on

peut faire le vuide dans le ballon. Un second tuyau _gg_ communique

par son extrêmité MM avec un réservoir de gaz oxygène, & est destiné

à l'amener dans le ballon. Un troisième _d_D_d'_ communique par son

extrêmité _d_NN avec un réservoir de gaz hydrogène: l'extrêmité _d'_ de

ce tuyau se termine par une ouverture très-petite & à travers laquelle

une très-fine aiguille peut à peine passer. C'est par cette petite

ouverture que doit sortir le gaz hydrogène contenu dans le réservoir; &

pour qu'il ait une vîtesse suffisante, on doit lui faire éprouver une

pression de un ou deux pouces d'eau. Enfin la platine BC est percée

d'un quatrième trou, lequel est garni d'un tube de verre mastiqué,

à travers lequel passe un fil de métal GL, à l'extrémité L duquel

est adaptée une petite boule, afin de pouvoir tirer une étincelle

électrique de L en _d'_ pour allumer, comme on le verra bientôt, le gaz

hydrogène. Le fil de métal GL est mobile dans le tube de verre afin de

pouvoir éloigner la boule L de l'extrémité _d'_ de l'ajutoir D_d'_. Les

trois tuyaux _d_D_d'_, _gg_, H_h_ sont chacun garnis de leur robinet.

Pour que le gaz hydrogène & le gaz oxygène arrivent bien secs par les

tuyaux respectifs qui doivent les amener au ballon A, & qu'ils soient

dépouillés d'eau autant qu'ils le peuvent être, on les fait passer à

travers des tubes MM, NN d'un pouce environ de diamètre qu'on remplit

d'un sel très-déliquescent, c'est-à-dire, qui attire l'humidité de

l'air avec beaucoup d'avidité, tels que l'acétite de potasse, le

muriate ou le nitrate de chaux. _Voyez_ quelle est la composition de

ces sels dans la seconde partie de cet Ouvrage. Ces sels doivent être

en poudre grossière afin qu'ils ne puissent pas faire masse, & que

le gaz passe facilement à travers les interstices que laissent les

morceaux.

On doit s'être prémuni d'avance d'une provision suffisante de gaz

oxygène bien pur; & pour s'assurer qu'il ne contient point d'acide

carbonique, on doit le laisser long-tems en contact avec de la potasse

dissoute dans de l'eau, & qu'on a dépouillée de son acide carbonique

par de la chaux: on donnera plus bas quelques détails sur les moyens

d'obtenir cet alkali.

On prépare avec le même soin le double de gaz hydrogène. Le procédé le

plus sûr pour l'obtenir exempt de mêlange, consiste à le tirer de la

décomposition de l'eau par du fer bien ductile & bien pur.

Lorsque ces deux gaz sont ainsi préparés, on adapte la pompe

pneumatique au tuyau H_h_, & on fait le vuide dans le grand ballon A:

on y introduit ensuite l'un ou l'autre des deux gaz, mais de préférence

le gaz oxygène par le tuyau _gg_, puis on oblige par un certain degré

de pression le gaz hydrogène à entrer dans le même ballon par le tuyau

_d_D_d'_, dont l'extrémité _d'_ se termine en pointe. Enfin on allume

ce gaz à l'aide d'une étincelle électrique. En fournissant ainsi

de chacun des deux airs, on parvient à continuer très-long-tems la

combustion. J'ai donné ailleurs la description des appareils que j'ai

employés pour cette expérience, & j'ai expliqué comment on parvient à

mesurer les quantités de gaz consommés avec une rigoureuse exactitude.

_Voyez_ la troisième partie de cet Ouvrage.

_Effet._

A mesure que la combustion s'opère, il se dépose de l'eau sur les

parois intérieures du ballon ou matras: la quantité de cette eau

augmente peu à peu; elle se réunit en grosses goutes qui coulent & se

rassemblent dans le fond du vase.

En pesant le matras avant & après l'opération, il est facile de

connoître la quantité d'eau qui s'est ainsi rassemblée. On a donc dans

cette expérience une double vérification; d'une part le poids des

gaz employés, de l'autre celui de l'eau formée, & ces deux quantités

doivent être égales. C'est par une expérience de ce genre que nous

avons reconnu, M. Meusnier & moi, qu'il falloit 85 parties en poids

d'oxygène, & 15 parties également en poids d'hydrogène, pour composer

100 parties d'eau. Cette expérience qui n'a point encore été publiée, a

été faite en présence d'une Commission nombreuse de l'Académie; nous y

avons apporté les attentions les plus scrupuleuses, & nous avons lieu

de la croire exacte à un deux-centième près tout au plus.

Ainsi, soit qu'on opère par voie de décomposition ou de recomposition,

on peut regarder comme constant & aussi bien prouvé qu'on puisse le

faire en Chimie & en Physique, que l'eau n'est point une substance

simple; qu'elle est composée de deux principes, l'oxygène &

l'hydrogène, & que ces deux principes séparés l'un de l'autre, ont

tellement d'affinité avec le calorique, qu'ils ne peuvent exister que

sous forme de gaz, au degré de température & de pression dans lequel

nous vivons.

Ce phénomène de la décomposition & de la recomposition de l'eau s'opère

continuellement sous nos yeux, à la température de l'atmosphère & par

l'effet des affinités composées. C'est à cette décomposition que sont

dus, comme nous le verrons bientôt, au moins jusqu'à un certain point,

les phénomènes de la fermentation spiritueuse, de la putréfaction, &

même de la végétation. Il est bien extraordinaire qu'elle ait échappé

jusqu'ici à l'œil attentif des Physiciens & des Chimistes, & on doit

en conclure que dans les sciences comme dans la morale il est difficile

de vaincre les préjugés dont on a été originairement imbu, & de suivre

une autre route que celle dans laquelle on est accoutumé de marcher.

Je terminerai cet article par une expérience beaucoup moins probante

que celles que j'ai précédemment rapportées, mais qui m'a paru

cependant faire plus d'impression qu'aucune autre sur un grand nombre

de personnes. Si on brûle une livre ou seize onces d'esprit-de-vin ou

alkool dans un appareil propre à recueillir toute l'eau qui se dégage

pendant la combustion, on en obtient 17 à 18 onces[5]. Or une matière

quelconque ne peut rien fournir dans une expérience au-delà de la

totalité de son poids; il faut donc qu'il s'ajoute une autre substance

à l'esprit-de-vin pendant sa combustion: or j'ai fait voir que cette

autre substance étoit la base de l'air, l'oxygène. L'esprit-de-vin

contient donc un des principes de l'eau, l'_hydrogène_; & c'est l'air

de l'atmosphère qui fournit l'autre, l'_oxygène_: nouvelle preuve que

l'eau est une substance composée.

[5] Voyez la description de cet appareil dans la troisième partie de

cet Ouvrage.

Traité élémentaire de chimie, tome 1 Présenté dans un ordre nouveau et d'après les découvertes modernes; avec Figures · 第 20 / 81 题