TROISIÈME EXPÉRIENCE.

_Préparation._

On dispose tout l'appareil comme dans l'expérience précédente, avec

cette différence seulement, qu'au lieu des 28 grains de charbon, on met

dans le tube EF, _planche VII, fig. 11_, 274 grains de petites lames

de fer très-doux roulées en spirales. On fait rougir le tube comme

dans les expériences précédentes; on allume du feu sous la cornue A,

& on entretient l'eau qu'elle contient toujours bouillante, jusqu'à ce

qu'elle soit entièrement évaporée, qu'elle ait passé en totalité dans

le tube EF, & qu'elle se soit condensée dans le flacon H.

_Effet._

Il ne se dégage point de gaz acide carbonique dans cette expérience,

mais seulement un gaz inflammable 13 fois plus léger que l'air de

l'atmosphère: le poids total qu'on en obtient est de 15 grains, & son

volume est d'environ 416 pouces cubiques. Si on compare la quantité

d'eau primitivement employée avec celle restante dans le flacon H, on

trouve un déficit de 100 grains. D'un autre côté, les 274 grains de

fer renfermés dans le tube EF se trouvent peser 85 grains de plus que

lorsqu'on les y a introduits; & leur volume se trouve considérablement

augmenté: ce fer n'est presque plus attirable à l'aimant, il se dissout

sans effervescence dans les acides; en un mot, il est dans l'état

d'oxide noir, précisément comme celui qui a été brûlé dans le gaz

oxygène.

_Réflexions._

Le résultat de cette expérience présente une véritable oxidation du

fer par l'eau; oxidation toute semblable à celle qui s'opère dans

l'air à l'aide de la chaleur. Cent grains d'eau ont été décomposés; 85

d'oxygène se sont unis au fer pour le constituer dans l'état d'oxide

noir, & il s'est dégagé 15 grains d'un gaz inflammable particulier:

donc l'eau est composée d'oxygène & de la base d'un gaz inflammable,

dans la proportion de 85 parties contre 15.

Ainsi l'eau indépendamment de l'oxygène qui est un de ses principes, &

qui lui est commun avec beaucoup d'autres substances, en contient un

autre qui lui est propre, qui est son radical constitutif, & auquel

nous nous sommes trouvés forcés de donner un nom. Aucun ne nous a

paru plus convenable que celui d'hydrogène, c'est-à-dire, principe

générateur de l'eau, de υδορ _eau_, & de γεινομαι _j'engendre_. Nous

appellerons gaz hydrogène la combinaison de ce principe avec le

calorique, & le mot d'hydrogène seul exprimera la base de ce même gaz,

le radical de l'eau[A].

[A] Ajout dans l'errata du tome 2:

On a critiqué même avec assez d'amertume cette expression _hydrogène_,

parce qu'on a prétendu qu'elle signifioit fils de l'eau, & non pas

qui engendre l'eau. Mais qu'importe, si l'expression est également

juste dans les deux sens? les expériences rapportées dans ce

Chapitre, prouvent que l'eau, en se décomposant, donne naissance

à l'hydrogène, & sur-tout l'hydrogène donne naissance à l'eau en

se combinant avec l'oxigène. On peut donc dire également que l'eau

engendre l'hydrogène, & que l'hydrogène engendre l'eau.

Voilà donc un nouveau corps combustible, c'est-à-dire, un corps qui

a assez d'affinité avec l'oxygène pour l'enlever au calorique & pour

décomposer l'air ou le gaz oxygène. Ce corps combustible a lui-même

une telle affinité avec le calorique, qu'à moins qu'il ne soit engagé

dans une combinaison, il est toujours dans l'état aériforme ou de

gaz au degré habituel de pression & de température dans lequel nous

vivons. Dans cet état de gaz, il est environ 13 fois plus léger que

l'air de l'atmosphère, il n'est point absorbable par l'eau, mais il est

susceptible d'en dissoudre une petite quantité; enfin il ne peut servir

à la respiration des animaux.

La propriété de brûler & de s'enflammer n'étant pour ce gaz comme pour

tous les autres combustibles, que la propriété de décomposer l'air

& d'enlever l'oxygène au calorique, on conçoit qu'il ne peut brûler

qu'avec le contact de l'air ou du gaz oxygène. Aussi lorsqu'on emplit

une bouteille de ce gaz & qu'on l'allume, il brûle paisiblement au

gouleau de la bouteille & ensuite dans son intérieur, à mesure que

l'air extérieur y pénètre; mais la combustion est successive & lente,

elle n'a lieu qu'à la surface où le contact des deux airs ou gaz

s'opère. Il n'en est pas de même lorsqu'on mêle ensemble les deux airs

avant de les allumer: si par exemple après avoir introduit dans une

bouteille à gouleau étroit une partie de gaz oxygène, & ensuite deux de

gaz hydrogène, on approche de son orifice un corps enflammé, tel qu'une

bougie ou un morceau de papier allumé, la combustion des deux gaz se

fait d'une manière instantanée & avec une forte explosion. On ne doit

faire cette expérience que dans une bouteille de verre vert très-forte

qui n'excède pas une pinte de capacité & qu'on enveloppe même d'un

linge, autrement on s'exposeroit à des accidens funestes par la rupture

de la bouteille dont les fragmens pourroient être lancés à de grandes

distances.

Si tout ce que je viens d'exposer sur la décomposition de l'eau est

exact & vrai, si réellement cette substance est composée, comme j'ai

cherché à l'établir, d'un principe qui lui est propre, d'hydrogène

combiné avec l'oxygène, il en résulte qu'en réunissant ces deux

principes, on doit refaire de l'eau, & c'est ce qui arrive en effet,

comme on va en juger par l'expérience suivante.

Traité élémentaire de chimie, tome 1 Présenté dans un ordre nouveau et d'après les découvertes modernes; avec Figures · 第 19 / 81 题