_Preparation._
On dispose tout comme dans l'expérience précédente, avec cette
différence seulement qu'on introduit dans le tube EF vingt-huit
grains de charbon concassé en morceaux de médiocre grosseur, & qui
préalablement a été long-tems exposé à une chaleur incandescente dans
des vaisseaux fermés. On fait, comme dans l'expérience précédente,
bouillir l'eau de la cornue A jusqu'à évaporation totale.
_Effet._
L'eau de la cornue A se distille dans cette expérience comme dans
la précédente; elle se condense dans le serpentin, & coule goutte à
goutte dans le flacon H; mais en même tems il se dégage une quantité
considérable de gaz, qui s'échappe par le tuyau KK, & qu'on recueille
dans un appareil convenable.
L'opération finie, on ne retrouve plus dans le tube EF que quelques
atômes de cendre; les vingt-huit grains de charbon ont totalement
disparu.
Les gaz qui se sont dégagés examinés avec soin, se trouvent peser
ensemble 113 grains 7/10[4]; ils sont de deux espèces, savoir 144
pouces cubiques de gaz acide carbonique, pesant 100 grains, & 380
pouces cubiques d'un gaz extrêmement léger, pesant 13 grains 7/10, &
qui s'allume par l'approche d'un corps enflammé lorsqu'il a le contact
de l'air. Si on vérifie ensuite le poids de l'eau passée dans le
flacon, on la trouve diminuée de 85 grains 7/10.
[4] On trouvera dans la dernière partie de cet Ouvrage, le détail des
procédés qu'on emploie pour séparer les différentes espèces de gaz &
pour les peser.
Ainsi dans cette expérience, 85 grains 7/10 d'eau, plus 28 grains de
charbon ont formé 100 grains d'acide carbonique, plus 13 grains 7/10
d'un gaz particulier susceptible de s'enflammer.
Mais j'ai fait voir plus haut, que pour former 100 grains de gaz acide
carbonique, il falloit unir 72 grains d'oxygène à 28 grains de charbon;
donc les 28 grains de charbon placés dans le tube de verre ont enlevé
à l'eau 72 grains d'oxygène; donc 85 grains 7/10 d'eau sont composés
de 72 grains d'oxygène & de 13 grains 7/10 d'un gaz susceptible de
s'enflammer. On verra bientôt qu'on ne peut pas supposer que ce gaz ait
été dégagé du charbon, & qu'il est conséquemment un produit de l'eau.
J'ai supprimé dans l'exposé de cette expérience quelques détails qui
n'auroient servi qu'à la compliquer & à jetter de l'obscurité dans
les idées des lecteurs: le gaz inflammable, par exemple, dissout un
peu de charbon, & cette circonstance en augmente le poids & diminue
au contraire celui de l'acide carbonique; l'altération qui en résulte
dans les quantités n'est pas très-considérable; mais j'ai cru devoir
les rétablir par calcul, & présenter l'expérience dans toute sa
simplicité, & comme si cette circonstance n'avoit pas lieu. Au surplus,
s'il restoit quelques nuages sur la vérité des conséquences que je
tire de cette expérience, ils seroient bientôt dissipés par les autres
expériences que je vais rapporter à l'appui.