On peut relever trois idées principales dans la théorie morale qui se
dégage des écrits de Leibniz: sa notion du _bonheur_; sa notion de _la
valeur des choses_; et celle qu'il s'est faite des _mobiles de nos
actions_.
A) Le bonheur.--«Tout le but de l'homme est d'être heureux, dit Bossuet
dans la première de ses _méditations sur les Evangiles_.» C'est aussi la
pensée que Leibniz exprime à plusieurs reprises et sous différentes
formes. A ses yeux, la soif du bonheur est le levier unique de notre
activité. Nous n'avons aucun dessein, aucune crainte, aucune espérance,
nous ne produisons aucun effort qui n'ait là son ressort caché et
toujours tendu. «Nous faisons tout pour notre bien; et il est impossible
que nous ayons d'autres sentiments, quoi que nous puissions dire[281].»
Ce n'est pas que l'on soit incapable d'aimer autre chose que soi-même.
L'amour désintéressé, «celui où l'on ne cherche pas son propre profit»,
demeure possible[282]. Mais il ne vient jamais entièrement de la tête;
il y entre toujours quelque joie plus ou moins aperçue qui lui donne
toute sa force: «L'amour est cet acte ou état actif de l'âme qui nous
fait trouver notre plaisir dans la félicité ou satisfaction
d'autrui[283].»
[Note 281: LEIBNIZ, _Sentiment de M. Leibniz sur le livre de M.
l'Archevêque de Cambrai et sur l'amour de Dieu désintéressé_, p.
789b et 790a.]
[Note 282: LEIBNIZ, _Sentiment de..._, p. 789b; _N. Essais_, p.
246b, 15.]
[Note 283: LEIBNIZ, _Sentiment de..._, p. 789{b}; _N. Essais_, p.
246b, 15.]
Le bonheur: voilà le cri de la nature. Or la nature ne peut nous tromper
de tous points; car sa corruption n'est pas radicale, comme l'ont
prétendu certains protestants de la première heure; elle conserve un
fond de droiture. Et, par conséquent, l'instinct de félicité que nous y
trouvons doit contenir de quelque manière l'indication de notre fin
suprême, de la fin qui se suffit. La morale tout entière ne peut être
que notre penchant fondamental, purifié à la lumière de la réflexion,
«exprimé par l'entendement», et élevé à «l'état de précepte ou vérité de
pratique[284]».
[Note 284: LEIBNIZ, _N. Essais_, p. 213b; p. 214a, 3.]
Qu'est-ce donc que le bonheur? «C'est un contentement durable», dont on
sait qu'il est tel. Et ce contentement n'est pas simple de sa nature; il
enveloppe une multitude de composantes plus ou moins confusément
perçues: c'est une _synthèse de plaisirs_. Un plaisir isolé ne fait pas
plus le bonheur «qu'une hirondelle ne fait le printemps», pour employer
une comparaison d'Aristote; il y faut un concours de la nature entière:
le bonheur est comme l'écho que produit en notre sensibilité
l'harmonieux exercice des fonctions de la vie[285].
[Note 285: LEIBNIZ, _Von der Glückseligkeit_, p. 671a; _N. Essais_,
p. 261a, 41.]
Par le fait même que le bonheur est harmonie, il exige une certaine
coordination des éléments qu'il contient. Les plaisirs des sens
acquièrent presque toujours une intensité excessive qui les transforme
en souffrance ou du moins en dégoût; de plus, et par là même, ils nous
engouffrent dans leur objet et nous empêchent de voir aux conséquences
qu'ils peuvent entraîner: ce sont comme des vases de tristesse
enveloppés de joie. Au contraire, les plaisirs de l'esprit sont purs,
parce qu'ils sont calmes; et ils s'accompagnent toujours de prévoyance.
Il faut donc choisir ses jouissances et les échelonner en quelque sorte,
pour arriver à la félicité[286]. Considéré de plus près, le bonheur
devient une _hiérarchie_ de plaisirs.
[Note 286: LEIBNIZ, _N. Essais_, p. 261b, 41; p. 264b, 58; _Von der
Glückseligkeit_, p. 671a.]
Et cette hiérarchie, ce n'est pas la sensibilité qui la peut établir.
«Notre penchant va non pas à la félicité proprement, mais à la joie,
c'est-à-dire au présent[287].» «Les appétitions sont comme la tendance
de la pierre, qui va le plus droit, mais non pas toujours le meilleur
chemin vers le centre de la terre, ne pouvant pas prévoir qu'elle
rencontrera des rochers où elle se brisera, au lieu qu'elle se serait
approchée davantage de son but, si elle avait eu l'esprit et le moyen de
s'en détourner[288].» Ou, si l'on veut une autre comparaison, les
appétitions sont «semblables à un héritier prodigue, qui, pour la
possession présente de peu de chose, renoncerait à un grand héritage qui
ne lui pourrait manquer[289]». C'est à l'entendement de subvenir à
l'insuffisance de la sensibilité. Lui seul a des idées distinctes, lui
seul pénètre le fond des choses et en déduit les conséquences: lui seul
sait faire des calculs qui ne trompent pas[290]. Le bonheur est une
_hiérarchie rationnelle de plaisirs_.
[Note 287: LEIBNIZ, _N. Essais_, p. 214a, 3.]
[Note 288: _Ibid._, p. 259a, 36.]
[Note 289: _Ibid._, p. 265a, 62.]
[Note 290: _Ibid._, p. 259a. 36; _Von der Glückseligkeit_, p. 672a.]
De plus, cette hiérarchie rationnelle n'est pas _statique,_ comme on l'a
cru si longtemps; elle est _en progrès continu_.
Dieu jouit, il est vrai, d'une béatitude qui ne souffre aucun
changement; car il est la pensée adéquate de l'être: il a par essence
toute la joie possible, vu qu'il a par essence toute la connaissance
possible.
Mais il en va différemment de l'homme. L'homme s'élève sans cesse de la
perception confuse à la perception distincte, et par là même d'un
bonheur moindre à un plus grand bonheur. Sa félicité, à lui, ne peut
être que le contentement qu'il trouve à la poursuivre toujours sans en
avoir jamais la plénitude: c'est «pour ainsi dire un chemin par des
plaisirs[291]». Et le ressort interne qui le pousse en avant, qui lui
fait continuer sans relâche sa marche ascensionnelle vers la joie d'une
lumière plus vive et plus pure, n'est autre chose qu'une sorte
_d'inquiétude constante_(uneasiness), qui lui vient à la fois de son
esprit et de son affectivité. Il lui reste toujours quelque chose à
connaître ou du moins à mieux connaître. De plus, il éprouve à chaque
instant une multitude «d'éléments ou rudiments de douleurs», «qui ne
vont pas jusqu'à l'incommoder», mais qui «ne laissent pas d'être
suffisants pour servir d'aiguillon et pour exciter la volonté[292]». De
là un amas de «petits succès continuels», qui le mettent de plus en plus
à son aise, soit «en tendant au bien», soit «en diminuant le sentiment
de la douleur[293]». Et l'on peut raisonner de même à l'égard des
esprits qui nous sont supérieurs, c'est-à-dire des anges et des
archanges. Le besoin «est essentiel à la félicité des créatures,
laquelle ne consiste jamais dans une parfaite possession, qui les
rendrait insensibles et comme stupides, mais dans un progrès continuel
et non interrompu à de plus grands biens[294]»: les créatures ne peuvent
connaître que la forme inquiète du bonheur.
[Note 291: LEIBNIZ, _N. Essais_, p. 261a, 41.]
[Note 292: _Ibid._, p. 247a, 6; p. 258b-259a, 36.]
[Note 293: _Ibid._, p. 258b, 36.]
[Note 294: _Ibid._, p. 259b, 36.]
Le bonheur se compose de plaisirs; et le plaisir, pris en lui-même, ne
saurait se définir; car il est chose essentiellement simple. Mais on en
peut fournir une _définition causale_. Le plaisir est «le sentiment
d'une perfection», comme la douleur est le sentiment d'une imperfection.
L'homme veut vivre et d'une vie toujours plus pleine et plus
harmonieuse: c'est le fond de son être, aussi bien que celui de toutes
les autres créatures. Et, par conséquent, il se réjouit naturellement de
tout ce qui tend à développer sa nature, et s'attriste naturellement de
tout ce qui tend à l'amoindrir[295]. Sur ce point, comme sur beaucoup
d'autres, que l'on a signalés au passage, Leibniz s'inspire de Spinoza
et ne fait guère que donner à sa théorie métaphysique du plaisir une
forme plus humaine.
[Note 295: LEIBNIZ, _N. Essais_, p. 246b, 1; p. 261b, 42; _Von der
Glückseligkeit_, p. 671a.]
B) La valeur des choses.--Si le bonheur est notre fin suprême, c'est
aussi par le bonheur que tout le reste vaut et rien que par là: les
êtres n'ont de bonté morale que dans la mesure où ils sont source de
félicité. Et cette conséquence, Leibniz l'admet.
«On divise, dit-il, le bien en honnête, agréable et utile; mais dans le
fond, il faut qu'il soit agréable lui-même, ou servant à quelque autre
chose qui nous puisse donner un sentiment agréable, c'est-à-dire le bien
est agréable ou utile, et l'honnête lui-même consiste dans un plaisir de
l'esprit[296].» «Le bien, ajoute-t-il un peu plus loin, est ce qui sert
ou contribue au plaisir, comme le mal ce qui contribue à la
douleur[297].» Et il veut parler en cet endroit, non du plaisir brut,
mais du plaisir en tant qu'il est réglé de manière à faire partie du
bonheur.
[Note 296: LEIBNIZ, _N. Essais_, p. 246b, 1.]
[Note 297: _Ibid._, p. 261b, 42.]
Or, ce qui contribue le plus à l'oeuvre du bonheur, ce sont les _idées
distinctes_, soit parce qu'elles nous causent directement les joies les
plus durables et les plus pures, soit parce qu'elles nous servent à
instituer la véritable arithmétique des plaisirs, soit enfin parce
qu'elles sont les motifs qui nous poussent le plus puissamment à mettre
cette arithmétique en exercice[298].
[Note 298: LEIBNIZ, _De vita beata_, p. 71.]
Les idées distinctes, à leur tour, ont deux sources, dont l'une est
subjective, et l'autre objective. Un être acquiert d'autant plus d'idées
distinctes qu'il a plus de force _d'intelligence_; il en acquiert aussi
d'autant plus que les choses vers lesquelles il se tourne ont un degré
plus haut _d'intelligibilité._
Mais un être possède d'autant plus et d'intelligence et
d'intelligibilité qu'il enveloppe moins de matière, et qu'il est par là
même plus actif; car ce sont là deux choses qui croissent en raison
inverse l'une de l'autre. Et, partant, ce qui fait en définitive la
bonté morale d'un être, c'est son degré _d'activité_. Leibniz reste
d'accord avec lui-même, en éthique comme en métaphysique: c'est du
principe fondamental de sa philosophie qu'il déduit sa notion du bien.
De cette notion du bien dérive toute une hiérarchie de perfections
morales.
D'après Malebranche, les êtres n'ont pas seulement des rapports de
grandeur; ils ont aussi des rapports de qualité. Une plante vaut plus
qu'un silex, un animal plus qu'une plante, l'homme plus qu'un animal, et
Dieu infiniment plus que tout le reste, vu qu'il est la cause
universelle et suprême de la création entière. Leibniz admet une telle
gradation; et, de plus, il ne se contente pas d'en affirmer l'existence:
il l'explique ou du moins s'efforce de l'expliquer par sa théorie de
l'activité.
Nous avons donc, à son sens, une règle de notre estime et de notre
conduite, qui n'enveloppe rien de conventionnel, que l'opinion des
hommes n'a point faite, comme le voulait Locke; qui ne vient pas non
plus de la liberté divine, comme le voulait Descartes: mais qui se fonde
sur la nature même des choses, qu'il faut tenir pour éternelle et
nécessaire, au même titre que les vérités géométriques[299]. Et cette
règle est faite de proportion et d'harmonie, comme les mathématiques, la
musique et l'architecture: la bonté morale des choses est eurythmie; son
vrai nom est celui de la beauté[300].
[Note 299: LEIBNIZ, _N. Essais_, p. 286-287.]
[Note 300: LEIBNIZ, _Von der Glückseligkeit_, p. 671b; _Réflexions
sur l'art de connaître les hommes_, p. 135, Ed. Foucher de Careil,
Ladrange, Paris, 1854.]
C) Les mobiles de nos actions.--Sur ce point, Leibniz n'a rien de
l'excessive austérité de Kant; c'est le plus humain des moralistes.
On peut _agir par plaisir_ jusqu'à concurrence du devoir. Rien de plus
naturel. Le plaisir, étant le sentiment d'une perfection, enveloppe
toujours quelque bonté; l'abus seul en est blâmable.
On peut dans la même mesure _agir par passion_. Les passions trouvent
place dans une vie bien ordonnée et peuvent même servir à la vertu.
L'amour de soi a sa raison d'être[301]; il suffit de savoir en user.
L'ambition aussi est légitime de sa nature et peut avoir de bons effets.
Socrate n'eût pas montré tant de noblesse d'âme, s'il n'avait aimé la
gloire. Et «n'était-ce pas déjà une grande force d'esprit» que de
s'assujettir à cette belle passion «que je souhaiterais, écrit Leibniz,
à tous les hommes? Je dis davantage, quand on aura appris à faire des
actions louables par ambition, on les fera après par inclination[302]».
Pourquoi, d'ailleurs, ne pas s'exercer à «surmonter une passion par une
autre passion»? quel motif de négliger «de si grands aides[303]»?
[Note 301: _Ibid._, p. 138.]
[Note 302: _Ibid._, p. 136.]
[Note 303: _Ibid._, p. 137.]
Il n'est pas défendu non plus de _poursuivre son intérêt_, pourvu que
l'honnêteté n'en souffre pas. On n'est blâmable «que lorsqu'on préfère
l'utile prétendu à l'honnête et aux plaisirs plus purs de l'esprit». Il
est même très moral de songer pratiquement à nos intérêts d'ordre
supérieur. L'espérance du ciel et la crainte de l'enfer sont des mobiles
très puissants de la vertu[304].
[Note 304: LEIBNIZ, _Réflexions sur l'art de..._, p. 142-143.]
Toutefois, ce qui fait le mobile par excellence de la moralité, c'est le
_plaisir qu'on trouve dans les bonnes actions_. L'homme, il est vrai, ne
peut se détacher complètement de lui-même; ôter toute émotion à son
amour, c'est le détruire[305]. Mais il demeure capable de se complaire
dans le bien rationnel; et cette complaisance, qui prend son objet pour
fin: voilà ce qui constitue l'honnêteté proprement dite[306].
[Note 305: LEIBNIZ, _De notionibus juris et justitiæ_, daté de 1693,
p. 118, Ed. Erdmann;--_Epist. ad Hanschium_, datée de juillet 1707,
p. 446{b}, VI;--_Lettre à M. l'abbé Nicaise_, datée de 1698, p.
791b-792a;--_N. Essais_, p. 246b-247a, 5.]
[Note 306: LEIBNIZ, _N. Essais_, p. 246b, 1.]
Ce «plaisir de l'esprit se fortifie lui-même et de plus en plus,
lorsqu'on s'élève jusqu'à l'amour de Dieu: c'est une vérité dont on peut
fournir deux raisons principales. D'abord, Dieu est l'exemplaire éternel
et vivant de la sainteté; la beauté morale atteint en lui sa
plénitude[307]. Et de là un amour du bien qui va toujours croissant chez
ceux qui prennent la peine de méditer sur ses perfections infinies. De
plus, Dieu veut l'ordre dont il porte l'idéal en sa nature[308]; il se
doit à lui-même de le vouloir: il le veut essentiellement. Or le propre
de l'amour est de faire que celui qui aime se complaise en la volonté de
l'objet aimé[309].
[Note 307: LEIBNIZ, _Epist. ad Hanschium_, p. 446b, VI; _Réflexions
sur l'art de connaître..._, p. 142-143.]
[Note 308: LEIBNIZ, _N. Essais_, p. 216b-217a, 12; p. 264b, 55, Ed.
Erdmann.]
[Note 309: LEIBNIZ, _Lettre à M. l'abbé Nicaise_, p. 791b-792a.]
Et une théorie à la fois si juste et si compréhensive révèle un bon sens
d'ordre supérieur. Leibniz a raison, en particulier, de distinguer
au-dessous de la zone du _devoir_ la zone de ce qui est simplement
_permis_: l'obligation morale n'englobe pas tout. Mais il semble que sa
hiérarchie des mobiles de nos actions ne s'élève pas assez haut. Non
seulement l'homme est capable de se complaire dans la vertu, d'éprouver
le plaisir de l'ordre, mais encore il peut accomplir le bien par le fait
même qu'il le comprend; et il arrive même qu'il le doit. L'impératif
catégorique s'adresse directement à la volonté pure et s'impose de soi,
que la sensibilité y trouve son compte ou non. En cette matière, encore
une fois, Kant parfait Leibniz; personne n'a montré, comme lui, ce qu'il
y a de rationnel et d'absolu dans les préceptes de la loi morale.
Harmonie, proportion, beauté: ce sont là des termes qui reviennent sans
cesse sous la plume de Leibniz, principalement lorsqu'il s'agit de
l'idée du bien: il pense et parle comme un Grec. Il est profondément
convaincu que tous les systèmes de morale, depuis l'hédonisme jusqu'au
rationalisme le plus raffiné, se concilient dans sa doctrine à lui: il
déclare que «le bonheur, le plaisir, l'amour, la perfection, l'être, la
force, la liberté», si longtemps opposés l'un à l'autre, se donnent en
quelque sorte le baiser de paix dans son système[310]. Mais il ne croit
point que cet accord complet se fasse dès cette vie. Si sa pensée lui
suffit, c'est qu'elle enveloppe, avec le temps, l'éternité elle-même.
Les choses sont bien, les choses sont parfaites, parce qu'il y a une
autre existence où l'ordre pourra trouver son achèvement.
[Note 310: LEIBNIZ, _Von der Glückseligkeit_, p. 672a.]
Il existe une Justice immanente: le bien appelle naturellement le bien,
et le mal, le mal. «L'intempérance, par exemple, est punie par des
maladies», et l'avarice par les privations qu'elle impose aux
avares[311]. Mais cette Justice des choses est lente: on peut y échapper
la vie tout entière; et il serait impossible de démontrer l'harmonie de
l'honnête et de l'utile, s'il n'y avait rien au-delà du tombeau. Si le
monde est le meilleur possible (et il l'est puisqu'il a pour auteur
l'Être parfait), il faut qu'il existe une autre région où tout crime
trouve son châtiment et toute bonne action sa récompense: la vie future
est une _exigence de la loi morale_[312]. De plus, comme Dieu est «le
centre de toutes les perfections», et que nous en portons naturellement
l'idée au fond de nous-mêmes, notre coeur ne peut être satisfait que si
nous en faisons pour ainsi dire une conquête progressive et indéfinie:
la vie future est une _exigence de l'amour_, tel qu'il se manifeste en
nous[313].
[Note 311: LEIBNIZ, _N. Essais_, p. 216b, 217b, 12; _Monadol._, p.
712b, 89-90.]
[Note 312: LEIBNIZ, _N. Essais_, p. 216b-217a, 12; p. 264b, 55; p.
268, 70.]
[Note 313: LEIBNIZ, _Epist. ad Hanschium_, p. 446b, VI.]
L'âme humaine, _physiquement_ immortelle en vertu de sa simplicité,
comme l'âme des animaux, l'est aussi _moralement_. Du moment qu'elle
«devient raisonnable et capable par là même de conscience et de commerce
avec Dieu, elle ne perd plus son droit de cité dans la république
divine[314]». Et c'est grâce à cette continuité d'existence que l'ordre
s'achève, que la finalité du monde moral s'accomplit.
[Note 314: LEIBNIZ, _Epist. ad Wagnerum..._, p. 467a, V; _Syst.
nouv. de la nature_, p. 125b, 126a, 6-9.]