II

Nous voici dans l'infini de ces mondes, dans l'infini stellaire, dans

l'infini des cieux qui nous masque assurément autre chose, mais ne

saurait être une illusion totale. Il ne nous paraît peuplé que d'objets,

planètes, soleils, étoiles, nébuleuses, atomes, fluides impondérables

qui s'agitent, s'unissent et se séparent, se repoussent et s'attirent,

s'affaissent et s'épanouissent, se déplacent sans cesse et n'arrivent

jamais, mesurent l'espace dans ce qui n'a pas de borne et computent les

heures dans ce qui n'a pas de terme. En un mot, nous voici dans un

infini qui paraît avoir à peu près le même caractère, les mêmes

habitudes que cette puissance au sein de laquelle nous respirons et que

sur notre terre nous appelons la nature ou la vie.

Qu'y deviendrons-nous? Il n'est pas vain de se le demander, alors même

que nous nous y mêlerions après avoir perdu toute conscience, toute

notion du moi, alors même que nous n'y serions plus qu'un peu de

substance sans nom, âme ou matière, on ne le saurait dire, en suspens

dans l'abîme également sans nom qui remplace l'espace et le temps. Il

n'est pas vain de se le demander, car c'est de l'histoire des mondes ou

de l'Univers qu'il s'agit; et cette histoire, bien plus que celle de

notre petite existence, est notre propre et grande histoire, où

peut-être quelque chose de nous-mêmes ou d'incomparablement meilleur et

plus vaste que nous, finira par nous retrouver quelque jour.

La Mort · 第 67 / 78 题