Nous voici dans l'infini de ces mondes, dans l'infini stellaire, dans
l'infini des cieux qui nous masque assurément autre chose, mais ne
saurait être une illusion totale. Il ne nous paraît peuplé que d'objets,
planètes, soleils, étoiles, nébuleuses, atomes, fluides impondérables
qui s'agitent, s'unissent et se séparent, se repoussent et s'attirent,
s'affaissent et s'épanouissent, se déplacent sans cesse et n'arrivent
jamais, mesurent l'espace dans ce qui n'a pas de borne et computent les
heures dans ce qui n'a pas de terme. En un mot, nous voici dans un
infini qui paraît avoir à peu près le même caractère, les mêmes
habitudes que cette puissance au sein de laquelle nous respirons et que
sur notre terre nous appelons la nature ou la vie.
Qu'y deviendrons-nous? Il n'est pas vain de se le demander, alors même
que nous nous y mêlerions après avoir perdu toute conscience, toute
notion du moi, alors même que nous n'y serions plus qu'un peu de
substance sans nom, âme ou matière, on ne le saurait dire, en suspens
dans l'abîme également sans nom qui remplace l'espace et le temps. Il
n'est pas vain de se le demander, car c'est de l'histoire des mondes ou
de l'Univers qu'il s'agit; et cette histoire, bien plus que celle de
notre petite existence, est notre propre et grande histoire, où
peut-être quelque chose de nous-mêmes ou d'incomparablement meilleur et
plus vaste que nous, finira par nous retrouver quelque jour.