I
Le premier infini, l'infini idéal est le plus conforme aux exigences de
notre raison, ce qui n'est pas une raison pour lui donner la préférence.
Il nous est impossible de prévoir ce que nous y deviendrons, puisqu'il
semble exclure tout devenir. Il ne nous reste donc qu'à interroger le
second, celui que nous voyons et imaginons dans le temps et l'espace. Au
surplus, il se peut qu'il précède le premier. Quelque absolue que soit
notre conception de l'Univers, nous avons vu qu'on peut toujours
admettre que ce qui n'eut pas lieu dans l'éternité d'avant, adviendra
dans celle d'après nous; et que rien, sinon d'innombrables hasards, ne
s'oppose à ce que l'Univers, s'il ne la possède pas encore, n'acquière
enfin la conscience intégrale qui le fixe à son apogée.