Que deviendrons-nous dans tout cet inintelligible? Quitterons-nous le
fini que nous habitons pour être engloutis dans l'un ou l'autre infini?
En d'autres termes, finirons-nous par nous confondre avec l'infini que
conçoit notre raison ou demeurerons-nous éternellement dans celui que
voient nos yeux, c'est-à-dire en des mondes sans nombre, changeants et
éphémères? Ne sortirons-nous jamais de ces mondes qui semblent devoir
éternellement mourir et renaître, pour entrer enfin dans ce qui de toute
éternité n'a pu naître ni mourir et existe sans avenir comme sans passé?
Échapperons-nous quelque jour, avec tout ce qui nous environne, aux
expériences malheureuses, pour pénétrer enfin dans la paix, la sagesse,
la conscience immuable et sans limite, ou dans l'inconscience sans
espoir? Aurons-nous le sort que prévoient nos sens ou celui qu'exige
notre intelligence? Ou bien sens et intelligence ne sont-ils
qu'illusions, petits outils, vaines armes d'une heure qui ne furent
jamais destinés à scruter ou braver l'Univers? S'il y a vraiment
contradiction, est-il sage de s'y arrêter et de juger impossible ce que
nous ne comprenons point, vu que nous ne comprenons presque rien? La
vérité n'est-elle pas à d'incommensurables distances de ces contrariétés
qui nous paraissent énormes et irréductibles, et sans doute n'ont pas
plus d'importance que la pluie qui tombe sur la mer?