II

Cet Univers ainsi conçu serait sinon intelligible, du moins acceptable à

notre raison; mais en lui flottent des milliards de mondes bornés par

l'espace et le temps. Ils naissent, meurent et renaissent. Ils font

partie du tout, et l'on voit donc qu'il y a des parties de ce qui n'a

commencement ni fin, qui commencent et finissent. Nous ne connaissons

même que ces parties, et elles sont en nombre tellement infini qu'à nos

yeux elles occupent tout l'infini. Ce qui ne va nulle part est plein de

ce qui semble aller vers quelque chose. Ce qui sait ce qu'il veut depuis

toujours ou jamais ne l'apprendra, paraît faire éternellement des

expériences plus ou moins malheureuses. Où veut-il en venir, lui qui est

arrivé? Tout ce que nous découvrons dans ce qui ne saurait avoir un but

a l'air d'en poursuivre un avec une ardeur inconcevable; et l'esprit qui

anime ce que nous voyons dans ce qui devrait tout savoir et se posséder

paraît tout ignorer et se chercher sans trêve. Ainsi tout ce qui tombe

sous nos sens dans l'infini contrarie ce que notre raison est obligée de

lui prêter. A mesure que nous l'approfondissons, nous comprenons

davantage la profondeur de notre incompréhension, et plus nous nous

efforçons de pénétrer les deux incompréhensibles qui s'affrontent, plus

ils se contredisent.

La Mort · 第 59 / 78 题