Cet Univers ainsi conçu serait sinon intelligible, du moins acceptable à
notre raison; mais en lui flottent des milliards de mondes bornés par
l'espace et le temps. Ils naissent, meurent et renaissent. Ils font
partie du tout, et l'on voit donc qu'il y a des parties de ce qui n'a
commencement ni fin, qui commencent et finissent. Nous ne connaissons
même que ces parties, et elles sont en nombre tellement infini qu'à nos
yeux elles occupent tout l'infini. Ce qui ne va nulle part est plein de
ce qui semble aller vers quelque chose. Ce qui sait ce qu'il veut depuis
toujours ou jamais ne l'apprendra, paraît faire éternellement des
expériences plus ou moins malheureuses. Où veut-il en venir, lui qui est
arrivé? Tout ce que nous découvrons dans ce qui ne saurait avoir un but
a l'air d'en poursuivre un avec une ardeur inconcevable; et l'esprit qui
anime ce que nous voyons dans ce qui devrait tout savoir et se posséder
paraît tout ignorer et se chercher sans trêve. Ainsi tout ce qui tombe
sous nos sens dans l'infini contrarie ce que notre raison est obligée de
lui prêter. A mesure que nous l'approfondissons, nous comprenons
davantage la profondeur de notre incompréhension, et plus nous nous
efforçons de pénétrer les deux incompréhensibles qui s'affrontent, plus
ils se contredisent.