III

«Il n'est pas digne d'un chrétien (ajoutons d'un homme), dit quelque

part Bossuet, le grand poète du tombeau, il n'est pas digne d'un

chrétien de ne s'évertuer contre la mort qu'au moment qu'elle se

présente pour l'enlever.» Il serait salutaire que chacun de nous en

préparât l'idée dans la clarté des jours et dans la force de son

intelligence et apprît à s'y tenir. Il dirait à la mort: «Je ne sais qui

tu es, sinon je serais ton maître; mais aux jours où mes yeux y voyaient

plus haut qu'aujourd'hui, j'ai appris ce que tu n'es pas; c'est assez

pour que tu ne deviennes pas le mien». Il porterait ainsi, gravé dans la

mémoire, une image éprouvée contre laquelle ne prévaudraient point les

dernières angoisses et où s'iraient rassurer les regards assaillis de

fantômes. Au lieu de l'effrayante prière des agonisants, qui est la

prière des abîmes, il dirait sa propre prière, celle des sommets de sa

vie où seraient réunies, comme des anges de paix, les pensées les plus

nettes, les plus lucides de son existence. N'est-ce pas la prière par

excellence? Qu'est-ce, au fond, qu'une véritable et digne prière, sinon

l'effort le plus ardent et le plus désintéressé pour atteindre et saisir

l'inconnu?

La Mort · 第 11 / 78 题